À la mi-temps de cette finale contre le Leinster, l’UBB menait 35-7 et avait quasiment plié le match. Retour sur 40 minutes quasiment parfaites. Cinq essais encaissés, 35 points concédés à la mi-temps : de mémoire de journaliste irlandais, jamais le Leinster n’avait subi une pareille déroute avec son équipe premium sous les ordres de Leo Cullen, en fonction depuis 2015. Il faut d’ailleurs remonter à cette année-là, et un 6-33 de sinistre mémoire face aux Wasps, pour trouver trace d’une rouste aux proportions approchantes. C’est dire si la première période réalisée par l’Union Bordeaux-Bègles, dans cette finale triomphante, tient de la performance remarquable. « C’est peut-être la meilleure qu’on ait réalisée cette saison », admettait Yannick Bru. Au moment de rentrer aux vestiaires, son équipe avait quasiment mis les mains sur le trophée qu’elle remettait en jeu. Et pourtant, elle avait encaissé un essai dès la septième minute de jeu. « On ne s’est pas affolés, on s’est dit qu’il fallait rester dans le match et jouer dans leur camp », témoigne Yoram Moefana. Le centre international de l’UBB a ainsi été l’un des fers de lance de la tempête girondine qui allait ensuite balayer le Leinster.
Trop rapides, trop forts
« À l’exception du premier mouvement où on est allés trop vite sur l’aile, et où on a perdu la possession, on a pris les bonnes décisions avec le ballon, poursuit Bru. On voulait taper fort au milieu de terrain. Yoram a été fantastique, Marko Gazzotti aussi. C’est difficile de mettre en place une rush défense quand tu n’as pas le momentum au milieu du terrain. » De fait, les Irlandais ont énormément subi les collisions. « On a eu un problème sur les plaquages, on n’a pas été assez forts au contact et ça leur a permis d’imprimer un gros rythme », avançait le capitaine Caelan Doris. Les Bordelais étaient trop rapides et trop forts pour le Leinster, qui ne ressemblait vraiment pas au cador européen qu’il est pourtant, et dont la troisième ligne a été éteinte. « Dès les premières collisions, on a vu qu’on arrivait à prendre la ligne d’avantage, que les soutiens offensifs étaient proches dans les rucks, illustre Maxime Lucu, qui s’est régalé derrière un pack dominant. Je crois que c’est la première fois qu’on réussit aussi bien ces phases-là. » Dans de telles conditions, le pouvoir offensif de l’UBB ne pouvait que s’exprimer pleinement.
Cinq entrées dans les 22 mètres irlandais ? Cinq essais
« Ils ont été chirurgicaux », saluait Leo Cullen. Sous pression constante même les quelques fois où ils ont tenu le ballon, ses hommes ont été poussés à la faute, comme quand Harry Byrne a envoyé une passe directement dans les bras de Moefana, trop heureux de pouvoir filer sous les poteaux. La sirène avait retenti depuis plus d’une minute et cet essai a été reçu comme un uppercut par les Leinstermen.
Touchés par la grâce
Quelques minutes auparavant, comme touchés par la grâce, les Girondins avaient aussi eu les rebonds favorables sur un jeu au pied de Damian Penaud. « On a eu un peu de chance, souriait Bru. Mais le coup de pouce du destin vient aussi avec les efforts fournis. Quand on gagne quasiment tous les duels aériens, ça veut dire qu’il y a une envie supérieure chez nous. Peut-être que ces 35 points sont cher payés, mais on méritait d’être largement devant à la mi-temps. » 100 % en touche, 100 % en mêlée, et une défense magnifique, avec une seule pénalité concédée en 40 minutes. Comme un symbole, à la demi-heure, ces onze temps de jeu de pilonnage irlandais mis en échec, jusqu’à pousser Jack Conan à commettre un en-avant. « Il y a des séquences qui comptent plus que certains essais. Celle-là était magnifique », apprécie Bru. Qui n’a pas eu à délivrer la causerie la plus difficile de sa carrière dans le vestiaire.



