Sans-faute des Bleus : voit-on la France trop belle ?
Sans-faute des Bleus : voit-on la France trop belle

Trois matchs, trois victoires : les Bleus ont réalisé un sans-faute lors de la première phase de la Coupe du monde 2026. Mais voit-on la France trop belle ? Deux journalistes du service des sports débattent sur ce thème.

Pour Pierre-Mickaël Ayi, c’est oui : le film n’est pas fini

Avant de trancher, j’aimerais rappeler une règle de survie élémentaire : ne jamais confondre la bande-annonce avec le film. Parce qu’en ce moment, autour des Bleus, on est davantage dans le teaser de blockbuster que dans le générique de fin. On voit Kylian soulever la Coupe au ralenti, musique épique en fond, tandis que quelqu’un lance un « Ramenez la coupe à la maison » dans les enceintes. Sauf que la maison est encore loin.

Oui, la France déroule. Oui, elle marque (beaucoup). Oui, elle impressionne. Mais elle vient surtout d’enchaîner contre des équipes à sa portée. Le vrai tournoi commence maintenant. À force de répéter que cette équipe est intouchable, on finit par oublier qu’une Coupe du monde obéit à la loi de Murphy. Un poteau rentrant devient sortant, un gardien adverse se prend pour Gianluigi Buffon, un carton rouge tombe au mauvais moment et, soudain, le chef-d’œuvre annoncé ressemble au dernier épisode de Games of Thrones : beaucoup d’attente, une fin qui laisse un goût étrange.

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Le plus dangereux, finalement, n’est peut-être pas l’Argentine, l’Espagne ou le Portugal. C’est notre certitude. Or il reste cinq matches. Et cinq matches, c’est parfois plus long qu’une trilogie du Seigneur des Anneaux.

Pour Léon Riva, c’est non : la France, c’est le chauvinisme

Les Français ne sont pas propres, ils ne mangent que des croissants et des cuisses de grenouille, sont de mauvaise foi et aiment dire qu’ils sont les meilleurs du monde dès qu’ils dominent un tant soit peu un sujet. Dans ce panier de préjugés, beaucoup sont faux bien sûr : on vous met par exemple au défi de trouver des concitoyens qui s’empiffrent de reinettes ou de réussir à prouver qu’on ignore sa salle de bains dès lors qu’on est en possession d’un passeport français. Mais comment vous mentir sur le chauvinisme tricolore ? Phénomène typique de chez nous, il se sublime dès qu’il s’agit de parler foot.

Et, franchement, difficile de ne pas lui donner de crédit quand Kylian Mbappé, décevant avec le Real Madrid, vous claque des buts venus d’ailleurs dès qu’il porte le coq en Coupe du monde ? Quand Mike Maignan fait de n’importe quel stade sa forteresse dès l’instant où il l’a décidé ? Ou quand le Ballon d’or Ousmane Dembélé décide de plier un match, 15 minutes avant la mi-temps, avec désinvolture ? Alors, oui, la défense tremble, les flèches offensives se cherchent mais, honnêtement, quand des joueurs comme Aurélien Tchouameni, Michael Olise ou Dayot Upamecano décident qu’ils sont les plus forts et martyrisent toute forme d’adversité dans une poule qu’on leur promettait « de la mort », on a bien envie d’y croire à cette satanée supériorité, non ?

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