Evan Fournier : rock-star en Grèce, retour en bleu et quête du titre
Fournier : rock-star en Grèce, retour en bleu et quête du titre

Le sourire d'Evan Fournier à travers l'écran montre son bonheur. En Grèce, le Français est une immense star. À 33 ans, le natif de Saint-Maurice, qui porte toujours le numéro 94 en hommage à son département d'origine, le Val-de-Marne, est en demi-finale de l'Euroligue à Athènes, presque chez lui. Il y a entamé une deuxième vie après une fin de carrière NBA frustrante à New York. Après ce Final Four, il retrouvera l'équipe de France début juillet.

Un Final Four en terrain hostile

Interrogé sur l'ambiance à Athènes, où la demi-finale se joue dans la salle du club rival, le Panathinaïkos, Fournier confie : « C’est très spécial. Nous sommes clairement en terrain hostile, même pas neutre. On ne peut pas croiser quelqu’un depuis le début de saison sans que le sujet vienne dans la conversation. Pour nos fans, aller chez le Pana alors que lui n’est même pas qualifié, ça représente quelque chose. Ça rajoute au défi. Pour nous les joueurs en revanche, qu’on gagne ici ou à Abou Dhabi, c’est pareil. »

Une envie de gagner intacte

À quel point veut-il gagner cette année ? « Il y a eu la douleur de l’élimination en demi-finale contre Monaco en 2025 qui s’ajoute au contexte mais franchement, j’en ai autant envie qu’il y a un an. Quand tu arrives dans le dernier carré, tu as juste envie d’aller au bout. Tu ne veux pas passer à côté d’une opportunité qui risque de ne pas se présenter souvent. »

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Face à Nando de Colo

La demi-finale oppose l'Olympiakos au Fenerbahçe. En cas de victoire, Fournier enverrait son ami Nando de Colo à la retraite. « Il y aura forcément un perdant. Nando, c’est un vrai pote. On a vécu de sacrées choses ensemble. Disons que l’affronter maintenant n’est pas le meilleur côté de notre job. »

Une nouvelle vie en Grèce

Comment ce passage en Grèce a-t-il ravivé sa passion ? « Le goût du basket, je ne l’ai jamais perdu. Mais c’est vrai que rejouer au premier plan avec l’Olympiakos avec un rôle très important, vivre cette expérience à Athènes, c’est extraordinaire. Je vis quelque chose que beaucoup de joueurs n’ont pas la chance de connaître. J’en suis conscient et je prends beaucoup, beaucoup de plaisir. »

Arrivé en 2024 comme un Dieu vivant, l'engouement ne faiblit pas. « Pour être honnête, je ne me rendais pas compte que ça pouvait exister avant d’arriver. J’ai reçu un accueil extraordinaire et depuis, l’engouement n’a pas baissé. Au contraire, j’ai même l’impression qu’il ne fait qu’augmenter. C’est pour ça que je dis que je vis un truc incroyable. Il y a une vraie ferveur pour le basket en Grèce et c’est pour la vivre que je suis là. »

Un quotidien confortable mais exposé

Fournier habite à trente minutes au sud d'Athènes, en bord de mer. « Il y a le soleil, je suis en bord de mer. C’est une vie très confortable. On mange très bien, les gens sont adorables, intenses mais adorables et généreux. Je ne parle pas le grec, c’est une langue compliquée. Mais mes enfants, qui se plaisent ici, le pratiquent un peu. »

Peut-il visiter le Parthénon tranquillement ? « Non, c’est impossible. Franchement, je suis trop connu. Mais je ne me plains pas. Ça fait partie du truc. »

La quête d'un premier titre majeur

Mis à part le titre de champion de Grèce, Fournier n'a pas encore gagné de médaille d'or. « À un certain stade de ma carrière, c’est quelque chose dont j’ai souffert. Mais avec les années, je prends plus de distance même si je cours encore après cette grande victoire. J’ai traversé des déceptions, j’ai joué des matchs qu’on aurait dû gagner et d’autres qu’on a perdus sans avoir à en rougir. C’est le cas quand tu joues deux fois les États-Unis en finale olympique. »

La motivation à 33 ans

Qu'est-ce qui le fait encore courir ? « L’envie de gagner, tout simplement. Le quotidien du basketteur, jouer et m’entraîner, je prends toujours autant de plaisir à le faire. Là où j’ai un peu plus de mal, je l’avoue, c’est avec les déplacements. Partir loin de ma famille, de mes enfants, ça commence à me saouler un peu plus. »

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À ce point-là ? « Pendant la saison, tu peux te perdre dans les déplacements, des matchs à répétition parfois contre des équipes plus faibles. C’est le côté moins fun du métier. C’est un peu relou. Cela dit, quand tu arrives au moment des grandes échéances comme en ce moment, tu te dis au moins que tu n’as pas fait tout ça pour rien. »

L'amour du jeu l'emporte toujours sur les désagréments ? « Bien sûr. J’aime le basket, j’aime sa routine, j’adore tout ça. »

L'avenir du basket européen

Interrogé sur l'arrivée de la NBA en Europe, Fournier reste prudent : « Je n’ai pas grand-chose à en dire car je ne sais pas ce qui se passe. Personne ne sait. Ce qui est certain, c’est qu’à mes yeux, il y a mieux à faire pour le basket européen. Le truc aujourd’hui est mal foutu. »

Selon lui, il faut « mieux gérer le côté business, mieux vendre le produit et il faut le faire d’une seule et unique façon. Ce qui rend notre basket si spécial, ce sont les fans en Grèce, en Turquie, en Serbie et toute cette folie. Si tu veux rendre ça plat et lisse, ça ne marchera pas. Avec le temps et beaucoup de discussions, les deux côtés -NBA et Euroligue- vont bien finir par se mettre d’accord. J’espère. »

Retour en équipe de France

Fournier a évoqué une possible retraite en 2028, mais précise : « Je n’ai pas dit que c’était sûr. J’ai dit que c’était ce que j’avais en tête pour le moment. »

Sera-t-il présent pour les qualifications à la Coupe du monde 2027 ? « J’y serai. Enfin, si on m’appelle (sourire). Blessé, je n’ai pas fait l’Euro et ça me tient à cœur de revenir. »

Comment voit-il son rôle dans une équipe rajeunie ? « C’est un été particulier qui nous attend, un été de découverte pour beaucoup. J’espère que nous serons au complet pour relancer un cycle et poser les bonnes bases. Je me vois toujours comme quelqu’un d’ambitieux sans vouloir donner des leçons. Mais en tant qu’« ancien », il y a une responsabilité auprès des plus jeunes. Je suis arrivé en équipe de France à 21 ans et à cette époque, les anciens m’ont montré le chemin. C’est la logique des choses de transmettre à mon tour ce que je peux. »