Éléa Aubert, championne du monde de tétradécathlon en salle après son titre en plein air
Éléa Aubert, double championne du monde de tétradécathlon

Éléa Aubert, la Villeneuvoise qui surpasse les travaux d'Hercule

Neuf mois après un premier sacre en plein air à Besançon, l'athlète du Stade Villeneuvois Athlétisme a décroché le titre mondial en salle, le week-end dernier à Helsinki en Finlande. Éléa Aubert, âgée de 31 ans, a terrassé pas moins de 14 épreuves en deux jours, confirmant sa domination sans partage sur le tétradécathlon. Un exploit titanesque qui dépasse même les légendaires douze travaux d'Hercule !

Un doublé historique et un record du monde

Après avoir battu le record de France de la spécialité en juillet dernier, la Villeneuvoise s'est cette fois adjugée le record du monde avec un total impressionnant de 8 554 points. Cette performance est d'autant plus remarquable qu'elle a été réalisée malgré une périostite, une inflammation douloureuse des tissus entourant les os. Un double grand bonheur pour cette coach mentale et sportive, également professeure d'éducation physique au lycée Lot et Bastides de Villeneuve-sur-Lot.

« Ils sont à fond derrière moi ! » confie-t-elle au sujet de ses élèves qui l'ont soutenue dans cette aventure. Son compagnon Damien était également du voyage en Finlande avec la délégation française, composée d'une quinzaine d'athlètes. La réussite est collective puisque les Français ont réalisé le doublé avec également le titre mondial chez les garçons pour Hugo Sisternes, originaire de Saint-Berthevin en Mayenne.

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Un parcours atypique : de la gymnastique à l'athlétisme

Éléa Aubert n'a pourtant pas toujours été une reine de l'athlétisme. Dans ce qu'elle appelle « une autre vie », la Villeneuvoise a d'abord été une gymnaste aguerrie, s'essayant également au badminton et même à la boxe. « J'ai fait mes premiers pas sur la piste à partir de 2013. Mes deux frères étaient déjà au Stade Villeneuvois Athlétisme et ils me récupéraient pour les interclubs. »

C'est suite à une fracture du sternum qui l'a contrainte à renoncer à la gymnastique qu'Éléa s'est tournée tout naturellement vers l'athlétisme. « J'ai très vite progressé dans tous les domaines » explique-t-elle, avec une faculté particulière à briller sur les haies et le triple saut.

Les 14 travaux du tétradécathlon

Le tétradécathlon, cette discipline exigeante, comprend 14 épreuves réparties sur deux jours. Les 7 épreuves quotidiennes d'Éléa Aubert passent par :

  • Des lancers (poids et marteau lourd de 9 kg)
  • Des sauts (hauteur, perche, longueur et triple saut)
  • Des courses (60 m haies et plat, 200 m, 400 m, 800 m, 1 500 m, 3 000 m et 5 000 m)

En plein air, un an sur deux, le javelot et le disque remplacent le triple saut et la perche, avec des haies supplémentaires sur 100 m, 200 m et 400 m, mais le 5 000 m final est supprimé. « J'ai débuté l'ultra-combiné en 2021. Là, c'était mon quatrième tétradécathlon, mais mon premier en hiver. Il a fallu que je me forme à de nouvelles épreuves » précise l'athlète, qui a notamment été entraînée par ses parents sur les lancers.

Un entraînement intensif et des émotions fortes

En adaptant ses horaires de travail, Éléa Aubert n'a pas compté ses heures sur la piste de la Myre-Mory, située à côté de son lycée. « Ce sont deux entraînements par jour, quasi 7/7 » assure Jean-Pierre Schieffer, le président du Stade Villeneuvois Athlétisme, qui conseille notamment sur la hauteur la seule athlète du club en ultra-combiné.

« Elle arrive très bien à se gérer seule. Si elle s'était consacrée à une ou deux disciplines de prédilection, elle aurait pu aller loin » ajoute-t-il. C'est le cas notamment au triple saut, où elle a battu à Helsinki le record du monde en tétradécathlon, avec un triple bond de 11m47 sur cette 13e et avant-dernière épreuve.

« C'était mon deuxième saut. Sur le premier, le juge m'a enlevé 1 mètre, ça m'a énervé ! » raconte Éléa avec le sourire. Sur le lancer du marteau lourd aussi, l'athlète a connu des émotions fortes : « Je rate mes deux premiers jets et je fais la meilleure distance du plateau sur mon dernier lancer… C'est aussi pour les émotions que je fais de l'ultra-combiné. »

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Perspectives : objectif décathlon

Éléa Aubert s'est mise à l'ultra-combiné en 2021, après avoir croisé sur la piste de la Myre-Mory la Cenonnaise Fiona Espagnet, spécialiste de l'heptathlon. Pourquoi ne s'est-elle pas tournée vers cette discipline reconnue par la Fédération d'athlétisme ? « Il n'y a pas mes spécialités dans l'heptathlon. Le tétradécathlon est plus fait pour moi » explique-t-elle.

La Villeneuvoise va cependant s'essayer au décathlon, avec pour objectif les championnats de France à Blois, les 11 et 12 juillet. « C'est enfin ouvert aux femmes depuis trois ans. Il me faudra en faire un d'ici-là pour me qualifier » précise-t-elle. Éléa a aussi prévu de courir les meetings sur 400 m haies, comme à Gujan-Mestras à la fin du mois, « pour gagner des petites primes ».

« J'ai un corps qui me permet d'être forte un peu partout, même si j'ai encore une grosse marge de progression sur le demi-fond » conclut l'athlète. « Et puis je m'ennuierais à me spécialiser. Je n'ai pas forcément envie de faire deux heures de route juste pour courir un 100 mètres ! J'aime rester sur la piste et profiter de l'ambiance. » Une philosophie qui lui réussit plutôt bien, au vu de ses récents exploits internationaux.