Jeffrey Moumboghou, âgé de 32 ans et membre de la section boxe thaï du service des sports de la caserne Maridor, a décroché le titre de champion de France le samedi 2 mai 2026 à Créteil, dans la catégorie des moins de 71 kilos. Cette victoire marque un tournant dans la carrière de cet électricien de profession, qui a rejoint la « team Traoré » il y a seulement deux ans et demi. La section, dirigée par Moussa Traoré, compte 200 adhérents et se distingue par ses performances.
Un chemin semé d'embûches
Né au Gabon et arrivé en France à l'âge de 15 ans, Jeffrey Moumboghou confie : « Je ne réalise que depuis hier. J'avais besoin de cette victoire, de ce sentiment d'accomplissement. Cela fait deux ans et demi que je cours après ce titre. » Passionné de boxe depuis son plus jeune âge, il a accumulé une trentaine de combats officiels, des galas aux compétitions. En 2024, il échoue de peu au championnat de Nouvelle-Aquitaine organisé par l'Académie française de muay thaï (AFMT).
Son coach, Moussa Traoré, philosophe : « C'est dans la défaite qu'on progresse. » L'année suivante, Jeffrey remporte le titre régional, s'ouvrant la voie vers le championnat de France, sans toutefois obtenir le sacre espéré. Mais le jeune homme, animé par une détermination sans faille, intensifie son entraînement : trois séances hebdomadaires à Maridor, axées sur le cardio, la technique, la vitesse et la puissance, complétées par des séances spécifiques chez Moussa Traoré. En 2026, il devient champion de Nouvelle-Aquitaine et champion de France. « Il franchit chaque année un nouveau palier, il ne lâche jamais, c'est un bosseur qui se donne à 100 % », souligne fièrement le coach.
Un mental d'acier
Le jour de la compétition, à Créteil, le mental a joué un rôle crucial. Jeffrey confie : « Entre la pesée à 9 heures et le premier combat à 13 h 30, la pression est montée. J'avais en tête la défaite de l'année dernière. Je ne voulais pas perdre devant mon coach deux années d'affilée et je voulais faire plaisir à mon fils. » Lors du premier round de la demi-finale, le stress a divisé son cardio par trois. « On était sur des prises de corps-à-corps, j'avais du mal à faire ma boxe. Moussa l'a senti et a essayé de m'apaiser. » Grâce aux mots de son coach, Jeffrey reprend le dessus dans le deuxième round et domine le troisième. « Les mots du coach résonnaient dans ma tête : je me suis lâché, j'ai gardé la distance et ça a fini par payer », analyse-t-il.
Qualifié pour la finale, le doute l'envahit de nouveau. « Moussa m'a emmené prendre l'air avant mon combat. Il m'a dit : ''Fais ta boxe, donne-toi à fond et fais-toi plaisir.'' C'était les mots qu'il fallait, il me connaît bien, il m'a bluffé ! » Le combat final, trois rounds de deux minutes chacun, a semblé durer une heure. « J'ai eu carte blanche, j'ai boxé comme au club. » Moussa Traoré ajoute : « Il a plus que dominé. J'ai vu le Jeffrey de la salle, qui prend du plaisir à boxer, qui s'amuse et c'est encore meilleur de gagner comme ça. »
Un avenir prometteur
À travers ces victoires, l'équipe souhaite montrer que la boxe n'est pas un sport de brutes. « Mon but est que tous les jeunes se disent qu'à travers la boxe il y a un avenir, ça permet de se recentrer sur soi », explique Moussa Traoré. Pour Jeffrey, l'histoire ne fait que commencer. Il envisage un séjour en Thaïlande, berceau de la discipline, sur les traces de Buakaw Banchamek, l'un des meilleurs boxeurs au monde. Ce projet, en collaboration avec le club de Saucats en Gironde et le Life Fight de Saint-Paul-lès-Dax, où Jeffrey s'est entraîné pendant huit mois avant de rejoindre Mont-de-Marsan, nécessite encore des sponsors. « On partirait pour faire de petits combats, il n'y a rien de sûr encore, il faut trouver des sponsors », précise Moussa Traoré. L'appel est lancé.



