De notre envoyé à Roland-Garros, comment qualifier un adolescent de 17 ans capable de sauver quatre balles de match au troisième tour d'un Grand Chelem en faisant preuve d'un sang-froid effrayant devant 10 000 personnes en ébullition ? Insouciant ? Inconscient ? Inébranlable ? Sans doute un peu tout ça. Moïse Kouame quitte Roland-Garros après sa défaite en quatre manches contre Alejandro Tabilo, mais il laisse derrière lui l'image d'un joueur dont la précocité rend déjà fous les meilleurs de son sport.
Un adversaire exténué
Il fallait voir le Chilien s'effondrer de joie sur le dernier point du match comme s'il venait de gagner le tournoi pour comprendre à quel point Moïse Kouame l'a fait suer à grosses gouttes. Qu'est-ce que ça aurait été si Tabilo n'avait pas joué cette partie avec seulement 1h53 de tennis dans les pattes ? Il avait bénéficié de l'abandon de Vacherot au tour précédent.
Kouame regrette de ne pas avoir pu embarquer Tabilo dans un cinquième set
Pousser le 36e joueur mondial dans ses retranchements en convoquant d'un doigt sur la tempe la folie du court Suzanne Lenglen à un si jeune âge n'a rien d'anecdotique. « J'avais vraiment envie d'essayer un autre match en cinq sets, surtout que je sentais que le public commençait à me hyper de plus en plus. J'essayais de prendre leur énergie positive. Ce n'est pas passé loin, ça n'a pas fonctionné, mais pour le futur c'est bon à savoir », a-t-il déclaré.
Les éloges des responsables
Dans les couloirs du court Suzanne Lenglen, le responsable du haut niveau à la FFT, Ivan Ljubicic, est conquis par la solidité du bonhomme. « La manière dont il a vécu l'expérience, les moments chauds, tout ça, c'est vraiment très difficile. Normalement, tu as besoin de beaucoup de temps pour apprendre, tu as besoin de vivre cette émotion avant de comprendre comment jouer dans les moments chauds. Et tout ça, lui, il l'a », a-t-il souligné.
On avait promis au début du tournoi de ne pas s'enflammer, mais ces prédispositions à résister aux hauts vols nous ramènent à 2017 et l'éclosion d'un jeune footballeur originaire de Bondy du côté de l'AS Monaco. L'entraîneur de Kouame, Liam Smith, évoquait il y a deux jours le « talent mental » de son protégé, et ce dernier semble en être parfaitement conscient. « J'ai toujours su que j'étais quelqu'un qui avait un bon mental, j'ai toujours su que j'étais quelqu'un qui n'abandonnait jamais, que je renversais des matchs, parce que je l'ai fait beaucoup de fois dans ma jeunesse. Je savais que je pouvais le refaire à Roland-Garros. Ce n'est pas passé loin. Je sais que c'est une arme secrète que je peux utiliser », a-t-il confié.
Des axes d'amélioration identifiés
C'est une bonne base, la plus importante, sans aucun doute au très haut niveau, sur laquelle se reposer. Mais elle n'immunisera pas le jeune homme au travail. Contre Tabilo, il y a eu, entre l'excellente entame et la fin héroïque, des errances techniques préjudiciables : peu de premières balles (61 %), encore moins de points gagnés derrière la seconde (45 %) et beaucoup trop de double-fautes (11). « Le service m'a peut-être fait défaut dans ce match à un moment. Mon coup droit aussi, forcément, j'ai fait deux ou trois fautes à certains moments où je n'aurais pas dû », a reconnu Kouame. Ivan Ljubicic partage le constat : « Il peut se déplacer mieux, il peut servir mieux. Mais ça, ce sont des choses qu'il va apprendre, qu'il va améliorer. »
« Passer de Roland-Garros à Lyon ne sera pas dur »
Moïse Kouame aurait aimé se qualifier pour la deuxième semaine de Roland-Garros, mais il se contentera de ce troisième tour qu'il n'a pas l'intention de ruminer. Sa tête est déjà à Lyon, où il jouera son prochain tournoi, sans aucun risque de redescente après les deux immenses shots d'adrénaline qu'il s'est envoyés sur le Lenglen. « Quand je suis passé de Monaco à un 25 000 dollars, on m'avait dit : est-ce que la transition n'est pas un peu dure ? J'avais dit que non, et j'ai gagné le tournoi. Passer de Roland-Garros à Lyon ne va pas être une transition qui va être dure parce que je joue chaque match comme si c'était le dernier », a-t-il expliqué.
À la fin du tournoi, le Val d'Oisien sera classé autour de la 214e place mondiale. On ne serait pas étonné d'apprendre dans les prochaines semaines que son calendrier soit amené à évoluer, eu égard à tous les enseignements physiques (il est capable d'enchaîner deux matchs de quatre heures en 48 heures), techniques et psychologiques qu'il a tirés de son Roland. « Sa carrière est en train de décoller, je pense qu'il le comprend, conclut Ljubicic. Il a compris qu'il mérite et qu'il fait partie de ce circuit. » Bienvenue Moïse. On est là pour t'accompagner.



