Un métier de rêve aux multiples facettes
2 600 euros net d’impôt. Tel est le salaire mensuel moyen de Gabriel, personnel navigant commercial (PNC), plus couramment appelé steward, au sein d’une compagnie aérienne européenne. Âgé d’une vingtaine d’années, ce membre d’équipage opère sur des vols long-courriers : tout au long de l’année, il sillonne les quatre coins du monde, de l’Amérique du Sud à l’Asie, de l’Europe à l’Afrique. Un métier de rêve pour beaucoup, heureux mariage du travail et du voyage.
« J’adore l’idée de ne pas avoir de routine, de rencontrer des personnes différentes tous les jours, de découvrir des pays… Et c’est très personnel, mais j’aime travailler en horaires décalés », confie-t-il avec un sourire. À bord, Gabriel s’acquitte d’une multitude de tâches : accueillir les passagers, veiller à leur sécurité comme à leur confort, et assurer un service aux standards exigeants de la compagnie qui l’emploie.
Bien plus qu’un simple serveur dans les airs
Et gare à ceux qui oseraient qualifier Gabriel de « serveur dans les airs » : « C’est la partie du métier que les gens voient le plus. Mais le service commercial ne représente qu’une fraction de notre activité. Notre cœur de métier, c’est la sécurité et la sûreté. » Il rappelle qu’une part importante de sa formation est consacrée aux premiers secours, aux procédures de gestion des accidents, d’évacuation et d’incendie, ainsi qu’à la résolution des problèmes de sécurité.
« C’est un métier physiquement éprouvant : décalages horaires, promiscuité des cabines, nombre de passagers côtoyés, contraintes propres à l’environnement aérien… L’altitude elle-même use les corps, le taux d’oxygène y est moins élevé qu’au sol, ce qui accélère la fatigue. »
Une reconversion réussie
Rien ne prédestinait pourtant Gabriel à cette carrière. Étudiant en économie à la sortie de l’adolescence, il s’est orienté vers une formation de steward après avoir compris, lors d’un stage, que la vie de bureau ne lui correspondait pas. Le moment était propice : à la reprise du trafic aérien post-Covid, les compagnies européennes multipliaient les recrutements de PNC. Le jeune homme a franchi le pas après avoir obtenu son certificat de membre d’équipage de cabine, le CCA, sésame indispensable pour exercer au sein de l’Union européenne.
Il a depuis été qualifié sur le Boeing 777, un long-courrier gros porteur biréacteur capable d’accueillir plus de 300 passagers sur des distances excédant 11 000 kilomètres. Chaque mois, il effectue environ trois allers-retours vers des horizons lointains, avec des escales pouvant s’étendre d’une journée à six jours. « Les frais de logement sont entièrement pris en charge par la compagnie, qui dispose d’un réseau d’hôtels couvrant l’ensemble de ses destinations. S’agissant des frais de bouche, nous percevons une indemnité de repas calculée en fonction du coût de la vie à destination. À San Francisco, par exemple, où le niveau de vie est très élevé, l’indemnité allouée pour un repas avoisine la cinquantaine d’euros », explique-t-il.
Une rémunération attractive et des avantages fiscaux
La rémunération de Gabriel s’articule en plusieurs composantes. La base s’élève à environ 1 800 euros nets par mois, soit 2 300 euros bruts. Viennent ensuite les primes de vol, qui gonflent rapidement la fiche de paie : environ 30 euros par heure de vol. Sur six vols mensuels, à raison parfois d’une dizaine d’heures par trajet, ces indemnités représentent une part substantielle du salaire. S’y ajoutent les indemnités de frais de mission.
« Les meilleurs mois, je perçois 3 300 euros nets, et je ne descends jamais en dessous de 2 000 euros », précise-t-il. Trois rotations par mois représentent six jours effectifs de travail. « Le mois dernier, en incluant les temps de repos à l’hôtel, j’ai été mobilisé dix jours », illustre le PNC. Mais ce chiffre dissimule des journées particulièrement longues et éprouvantes. « Pour un vol vers Los Angeles, je dois être à l’aéroport une heure trente avant le départ, le vol dure plus de dix heures, et à l’arrivée, il faut encore au moins une heure jusqu’à l’hôtel. Ce sont des journées qui dépassent aisément les douze heures… » Le reste du mois, il est en repos, une situation qu’il reconnaît volontiers confortable.
Sur le plan fiscal, son métier recèle également de précieux avantages : grâce à l’ampleur de ses frais professionnels déductibles, Gabriel échappe à l’imposition. « C’est un métier soumis à un régime fiscal particulier. On peut déduire énormément, du fait de l’activité à l’étranger. En général, les dix premières années de carrière, on ne paie pas d’impôts », se félicite-t-il.
Un budget maîtrisé et des projets d’avenir
Ce surcroît de pouvoir d’achat lui assure un niveau de vie confortable. Parisien, il loue un deux-pièces d’une trentaine de mètres carrés pour 960 euros. Viennent s’y ajouter les charges d’électricité de 80 euros par mois, « bien que je doive bénéficier d’un rattrapage en ma faveur, étant souvent absent », commente-t-il, 25 euros d’internet, 20 euros d’assurance habitation, 15 euros de forfait téléphonique, 25 euros d’abonnement à une plateforme de streaming vidéo, sans oublier le passe Navigo : 90,80 euros par mois.
À cela s’ajoutent environ 200 euros consacrés à l’alimentation et 100 euros en restaurants ou bars. Peu enclin à la dépense, il place le reste de ses revenus sur des livrets d’épargne, avec un objectif clair : constituer un apport en vue d’accéder à la propriété. « Pas évident à Paris, mais je l’envisage », glisse celui qui s’estime bien loti.
Un équilibre de vie possible
Au bout du compte, Gabriel s’épanouit pleinement dans sa vie professionnelle. « C’est un peu une vie rapide, mais on s’y adapte », assure-t-il. Et il tient à le souligner : le métier de PNC est tout à fait compatible avec une vie de famille. « C’est une question d’organisation. Et je pense que les horaires décalés permettent aussi de partager des moments avec ses enfants là où d’autres parents sont au travail. Quand je vois mes collègues concilier ce rythme avec leur vie de famille, je sais que des arrangements sont possibles. »
Loin de se dépeupler, la profession ne cesse donc d’attirer les vocations, comme Gabriel. Et le secteur aérien compte bien dessus : il faudrait recruter plus de 900 000 nouveaux PNC d’ici à 2045 pour absorber la croissance de la flotte mondiale.



