Ce sportif qui ne va jamais à la salle sans son trépied pour se filmer. Ce pote qui ne se déplace jamais sans sa moitié même quand on avait dit sans les +1. Ces parents qui vous inondent des photos de leurs enfants… L’idée de départ est simple : s’intéresser à ces petits gestes qui nous titillent au quotidien. À ce « sentiment de toute-puissance qui nous fait dire "si je ne le fais pas, l’autre le fera, donc autant le faire moi" », comme le décrit le psychologue Robert Zuili, auteur du Pouvoir des liens (éd. Mango, sept. 2023). Ces petites choses reloues, elles sont légion. Et surtout, surtout, elles nous concernent tous. Car finalement, « nous sommes tous le relou de quelqu’un ». Alors aujourd’hui, on va se pencher sur cette catégorie de relous qui arrivent à obtenir tout ce qu’ils veulent, juste parce qu’ils sont assez relous pour nous faire céder.
Le fait relou
À chaque fois que vous organisez des vacances, c’est la même histoire. Il faut faire attention à Marc. Marc n’aime pas le sud de la France, « il fait trop chaud », il n’aime pas la Normandie, « il pleut tout le temps », il n’aime pas la plage, « le sable, ça colle ». Pour éviter des remarques désagréables, voire des critiques, vous laissez Marc choisir. En fait, parce qu’il a des exigences bien particulières sur lesquelles il ne transige JAMAIS, à la fin, il gagne toujours. Le compromis, Marc ne connaît pas.
Pourquoi c’est relou
C’est évidemment relou parce que si c’est à l’avantage de Marc, c’est au détriment des autres. Pour éviter la confrontation ou des débats interminables, c’est vous qui faites preuve de souplesse, qui laissez votre confort, votre préférence de côté. Arthur* est concerné à chaque fois qu’il organise des vacances avec ses amis. Surtout avec Paulin*, qui « ne propose jamais rien, n’a aucun esprit d’initiative, est tout le temps fatigué, et se plaint du programme ». Alors, « on est forcés de se plier à ses désirs et à sa volonté car si on ne met pas nous de l’eau dans notre vin, la situation part en drama », développe-t-il.
Au travail, ça peut prendre l’aspect d’une tâche que personne n’aime faire mais qu’il faut bien effectuer pour le bon déroulement de la boîte. Alors c’est vous qui vous sacrifiez. Travailler les week-ends, en horaires décalés, faire les déplacements ou des activités ingrates. Vous ne le faites pas par plaisir, mais parce que vous avez le sens du collectif, un peu d’empathie, une once d’altruisme. Mais vous y perdez.
Que disent les relous ?
Aussi agaçant que Marc puisse être, ce n’est pas toujours sa faute. Par exemple si Marc est vegan, c’est un choix de vie qui peut compliquer les repas à plusieurs mais qu’il est difficile de lui reprocher. Si Marc est papa et impose ainsi des restaurants à ses amis qui ont la place d’accueillir des poussettes ou servent des menus enfants, on ne va pas lui en vouloir longtemps. D’ailleurs, même si Paulin fatigue son entourage, à part ça « on l’aime beaucoup », nuance Arthur.
Sylvie* déteste les cuisines japonaise, coréenne et chinoise. Une exception parmi ses potes. Si ça la « met mal », qu’elle a l’impression de « déranger » et que « ça plombe les plans de certains », la jeune femme de 28 ans sait que si elle cède, elle ne passera pas un bon moment. « J’ai du mal avec le concept d’aller au resto, qui est censé être un moment de plaisir, et payer pour manger quelque chose que je n’aime vraiment pas… Alors qu’il existe plein d’autres cuisines qui conviennent à tout le monde », souligne-t-elle.
Ce que dit la Science
Ces personnes ne choisissent pas toujours d’être reloues. Derrière ce comportement « il peut y avoir des peurs sous-jacentes : ''si je lâche, on ne m’aimera plus, on va me trouver faible'' », analyse Kelly Larranager, psychopraticienne. Mais souvent, il peut aussi avoir des difficultés à se mettre à la place des autres, voire « une sorte de manipulation mais pas forcément consciente », ajoute l’experte.
Cette attitude répond par ailleurs à des personnes, en face, qui vont plutôt avoir envie d’éviter le conflit. « C’est plus confortable de céder que d’insister », résume-t-elle. Ça risque alors de créer « une dette émotionnelle » et à force de vouloir tout contrôler, la personne « reloue » peut se retrouver seule, « parfois même sans comprendre pourquoi », poursuit Kelly Larranager.
Comment dire au relou qu’il est relou ?
Si la relation devient trop compliquée à supporter, la communication reste la clef. Avec tact. Tenter de faire comprendre qu’il faudrait rééquilibrer les rapports de force et laisser, parfois, les autres gagner. « Il est important de ne pas entrer dans le jeu de la personne, sinon, ça va créer un schéma récurrent », prévient Kelly Larranager.
Mais avant de dire à qui que ce soit qu’il ou elle est relou, il faut bien garder en tête que vous êtes aussi, très très certainement, le ou la relou de quelqu’un sous certains aspects. Personne n’est parfait.
*les prénoms ont été modifiés.



