En pleine vague de chaleur, la climatisation s’impose dans les logements, les bureaux et les lieux de soins. Mais peut-elle nous faire « attraper froid » et nous rendre malade ? « La clim, en soi, ne rend pas malade », affirme le docteur Julien Astaing, médecin généraliste à Montpellier. L’air froid ne fabrique pas un rhume ou une angine, mais il peut créer un terrain favorable.
Un « coup de froid » qui n’existe pas
Oubliez tout de suite le fameux « coup de froid » : « Il n’existe pas », insiste le médecin auprès de Midi Libre. Le problème vient plutôt de ce que votre climatisation fait à votre environnement intérieur. En refroidissant l’air, elle diminue aussi le taux d’humidité. Résultat : « les muqueuses nasales ou les yeux sont plus secs », précise Julien Astaing. Or, ces muqueuses sont une barrière naturelle. Quand elles sont irritées, les virus ou les bactéries déjà présents dans l’air peuvent pénétrer plus facilement dans votre organisme.
Brassage d’air et propagation des germes
À cela s’ajoute le brassage de l’air. Dans un bureau, un Ehpad, une cabine de bateau ou une salle d’attente, la clim ne se contente pas de rafraîchir : elle fait circuler l’air d’une personne à l’autre. « Il y a un flux d’air qui se crée avec la climatisation », explique Julien Astaing. Si « quelqu’un éternue par exemple dans une salle où se trouvent plusieurs personnes », les germes peuvent se diffuser davantage dans la pièce.
Variations brutales de température et pneumopathies
Les variations brutales de température jouent aussi. Passer d’un extérieur à plus de 40 °C à une pièce refroidie à 20 °C reste éprouvant pour l’organisme. Julien Astaing conseille de garder un écart maximal d’environ « 7 à 10 degrés maximum, pour que ce soit supportable pour le corps » et de régler sa climatisation autour de 24 ou 25 °C, y compris la nuit. Les personnes âgées, les patients fragiles ou porteurs de comorbidités sont les plus exposés. Julien Astaing, qui travaille aussi en post-urgence, explique voir de plus en plus de patients, notamment des personnes âgées, arriver avec des pneumopathies : « c’est la première année où je vois autant de pneumopathies en été », explique le médecin.
Un environnement sain avant tout
Chez les asthmatiques, les allergiques ou les personnes sujettes aux sinusites, l’air brassé peut aussi réveiller des symptômes déjà présents, surtout dans un logement poussiéreux ou humide. « Si on a des murs remplis de moisissures et qu’on climatise, on risque de faire circuler des spores, alerte Julien Astaing. Il faut un environnement sain. »
L’entretien, un point crucial
Reste un point crucial : l’entretien. Un filtre encrassé, de l’eau stagnante, un appareil ressorti du garage après des années sans nettoyage peuvent être des réservoirs à germes. « Ça peut être très dangereux », avertit Julien Astaing. C’est aussi pour cela que certains hôpitaux refusent les climatiseurs personnels : « Si chacun amène sa clim, qu’elle est mal lavée, mal entretenue, elle peut disséminer des germes dans tout un service d’hôpital. La légionelle est d’ailleurs une grande peur. » Que faire alors ? « Nettoyer régulièrement les filtres et entretenir ces climatiseurs assez fréquemment pour éviter que ce soit sale », conseille le médecin.



