Communauté éducative, municipalité, centres sociaux, associations et parents se mobilisent pour sensibiliser les élèves de l’école publique de la ZUP bayonnaise à un usage plus équilibré du numérique. Dix jours sans écrans, tel est le défi lancé aux quelque 200 écoliers, âgés de 5 à 10 ans, du groupe scolaire Jean-Pierre Brana à Bayonne. C’est une première dans cette ville pour une école publique depuis que l’opération a été lancée au Pays basque en 2018, sur le modèle québécois créé par feu Jacques Brodeur. Et le pari n’est pas mince, tant les jeunes passent, aujourd’hui, de plus en plus de temps devant les écrans.
Un constat alarmant
« Le chiffre de Santé publique France pour les 6-17 ans, c’est un peu plus de quatre heures par jour devant les écrans de loisirs », annonce Eneko Jorajuria, coordinateur de l’association Dix jours sans écran et instituteur à l’école Sainte-Marie de Biarritz où la même opération a été menée l’an dernier. « Cette année, nous dépassons le chiffre de mille écoles, collèges, lycées et même crèches qui participent à cette opération nationale, c’est une vraie fierté », dit encore l’enseignant basque.
Les élèves de l’école Jean-Pierre Brana ont été invités à enfermer - symboliquement - leurs écrans du quotidien dans une urne. De l’école primaire privée bilingue de Biarritz à celle sise à la ZUP des Hauts-de-Sainte-Croix, il y a quelques kilomètres, mais un vrai bond franchi dans cette initiative éducative et citoyenne où la Ville de Bayonne s’est largement impliquée. Ici, dans une zone d’éducation prioritaire, plusieurs acteurs, Éducation nationale, Réseau d’éducation prioritaire et Cité éducative de la commune, sans oublier les centres sociaux, MVC, associations sportives, comme l’Aviron Bayonnais Rugby, et autres espaces culturels, se sont regroupés pour proposer aux enfants des alternatives à ces dix jours sans écrans.
Le rôle clé des parents
« Cela a demandé beaucoup de préparation en amont pour caler les rendez-vous, coordonner les ateliers avec les associations, sensibiliser les familles, car il est primordial que les parents participent aux activités proposées, ils doivent montrer l’exemple et encourager leurs progénitures », indique Sylvie Mainhaguiet, coordinatrice du Réseau d’éducation prioritaire de Bayonne. « Cette opération à la fois pédagogique et éducative doit servir aussi à revaloriser l’espace public, proposer aux familles du quartier des activités à réaliser en toute sécurité, que l’enfant soit seul ou accompagné », précise Léa Laval, coordinatrice de la Cité éducative de Bayonne.
Parce qu’être trop sur les écrans, ça prend du temps, ça fatigue le cerveau et ça empêche de bien dormir. Pendant dix jours, les écoliers devront éviter d’utiliser téléphone, télévision et jeux vidéo. Pourquoi ? « Parce qu’être trop sur les écrans, ça prend du temps, ça fatigue le cerveau et ça empêche de bien dormir », synthétise Eneko Jorajuria. A contrario, les bénéfices de moins d’écrans sont connus : cela rend « plus heureux, on passe plus de moments en famille, on est plus en mouvements et on peut plus lire », a-t-on pu entendre dans la bouche des divers intervenants, élus, sportifs, artistes, musiciens, etc., qui participent à ces dix jours.
Un défi ludique et éducatif
« Ces enfants doivent pouvoir s’amuser autrement qu’en étant sur une console de jeux ou un téléphone portable, estime ainsi Sandrine Etcheverry, l’inspectrice de l’Éducation nationale. Surtout, il est important qu’on leur montre qu’on n’a pas besoin d’écrans quand on parle, pendant les repas, dans la chambre et avant de dormir. Regarder par la fenêtre, de temps en temps, cela a du bon. »
Les enfants sont équipés d’un badge (pour accéder aux activités gratuites) et d’un guide, témoignant leur engagement dans le projet éducatif citoyen porté par l’établissement. Ils ont symboliquement posé des écrans factices dans une urne. Chaque élève a reçu un carnet dans lequel il note sa progression et les points gagnés : chaque moment sans écran, c’est un point gagné. « Déjà, dit ce papa impliqué, nous allons enlever la télé de la chambre de notre fille de 8 ans, elle pourra gagner plein de points ! » Toutes les classes auront un tableau récapitulatif pour décompter les points, que l’école a symbolisé par des pois chiches ! L’objectif, ambitieux, est de passer le cap des 10 000 et donc de remplir plusieurs vasques de ces petites graines sèches. Chiche ?
Un planning riche en activités
Durant ces dix jours sans écrans, les écoliers de Brana pourront participer, dès ce mardi, à un atelier de musique et écriture de rap. Des lectures seront offertes au jardin de l’école et à la médiathèque de Sainte-Croix. Les enfants jardineront ensemble, feront du sport ou des jeux de société, des rallyes dans le quartier. Ils visiteront le Musée basque, le Musée Bonnat-Helleu et le Muséum d’histoire naturelle de la plaine d’Ansot. Avec le badge Dix jours sans écrans, ils pourront aller gratuitement au cinéma l’Atalante, le lundi de Pentecôte, et à la piscine des Hauts de Bayonne.



