Verdict : 4 h 11. C’est le temps que passe chaque jour Clara, journaliste dans un quotidien national, sur son iPhone 15 Pro Max. La jeune femme de 26 ans reconnaît ne « jamais être off » et toujours garder un œil sur l’actualité : « Mon métier me demande d’être toujours en veille… Mais je l’accepte complètement », admet-elle.
C’est rive gauche, dans un café de la capitale, que la Niçoise résidant à Paris nous rejoint un soir d’avril sur les coups de 21 heures, juste après son « shift ». Tout juste installée, son téléphone, posé vers nous, s’allume déjà sur une alerte média : « Donald Trump dit prolonger le cessez-le-feu jusqu’à ce que l’Iran “présente une proposition” ». Il faut dire que Clara reçoit, en moyenne, pas moins de 258 notifications chaque jour. Derrière celles-ci s’affiche une photo de New York, son fond d’écran et, selon ses propres mots, « le voyage de (ses) rêves », devenu réalité à l’automne 2024. Elle retourne son iPhone, donnant à voir une coque aux écritures colorées déclarant « You are exactly where you need to be ».
Un métier rythmé par l’adrénaline
« Mon corps carbure à l’actu, et aux pics d’adrénaline qu’elle me provoque. Quand je suis au travail et que je dois couvrir un événement intense, je sens comme des shots de dopamine », explique Clara. Une fois sa journée terminée, s’il s’est passé beaucoup de choses, elle se sent « stimulée ».
Elle reconnaît d’emblée : « Bien sûr, dans mon métier, il y a un filtre entre l’actu et moi. Quand je passe la journée à traiter de la guerre en Iran ou de celle en Ukraine, ou quand je me penche sur des faits divers violents, j’ai complètement conscience de ce qu’il se passe, mais il y a une distance automatique qui se met entre moi et l’événement, pour qu’il reste suffisamment abstrait… » Ce qui ne l’empêche pas d’être parfois « complètement retournée » par un événement – même quand elle ne le traite pas forcément.
Une veille médiatique constante
Pour suivre l’actualité, la journaliste possède pas moins de 15 applications de médias : Le Monde, Le Figaro, France Info, France Inter, Radio France, Le Parisien, La Croix ou encore RTL et BFM côtoient, dans un dossier sobrement nommé « Actualités », Nice-Matin, le New York Times et quelques médias suisses depuis qu’elle a couvert les dramatiques événements de Crans-Montana. C’est ce dossier qu’elle ouvre dès le réveil pour se jeter sur les dernières informations. « Il ne s’écoule même pas une minute entre mon réveil et le fait que je ne déverrouille mon téléphone, enlève le mode avion, et que je reçoive toutes les notifications ! », explique-t-elle.
Depuis son lit, un premier coup d’œil à son écran l’informe sur les événements de la nuit et les informations principales de la matinée. S’en suit une routine presque rituelle, toujours la même : en se préparant, elle lance France Info, qui l’accompagne de son petit déjeuner dans la cuisine à la salle de bains. En parallèle, elle ouvre méthodiquement les mêmes médias : « France Info, puis BFM, puis Le Parisien et Le Monde. » Dans les transports, sur son trajet, elle zieute aussi Twitter et « élargit son périmètre » à d’autres sources médiatiques, de la presse locale à Google News : « C’est une veille hyper active, je retiens tout. Je ne note jamais mes idées d’articles quelque part, sauf si quelque chose me vient en cours de journée », précise-t-elle. Rebelote le soir : « Je regarde le JT ou l’émission Quotidien sur TMC. Et une fois prête à m’endormir, je regarde rapidement si je n’ai pas loupé quelque chose, je vérifie les notifications qui sont tombées, je fais un dernier petit tour ! »
Des vacances jamais vraiment déconnectées
Elle ne sature que lorsque les vacances approchent… Mais ne décroche jamais véritablement pour autant : « J’essaye tout de même le soir à table, avec mon conjoint. En vacances, je ne prends jamais le risque de complètement déconnecter : je sais que si c’est le cas, j’aurais trop de choses à rattraper en rentrant, donc je suis de très loin, je garde un œil sur mes “pushs” (notification envoyée par des médias, NDLR). » Pour son voyage à New York, elle a enlevé toutes ses notifications… Sauf celles du Parisien : « Je ne pourrais jamais être totalement coupée du monde ! »
Si cela est rare, elle reconnaît parfois ressentir un sentiment proche de la « Fomo » (« Fear of Missing Out »), cette « peur de rater quelque chose » : « Je pense que ça touche d’autant plus d’autres services que le mien, comme les journalistes spécialisés dans les faits divers, qui cherchent à avoir en exclusivité des informations de terrain… Mais voir qu’un autre média sort avant moi un décryptage ou un angle sur lequel je suis en train de travailler est toujours un peu frustrant ! »
Un rapport aux sources exigeant
Clara explique aussi devoir être réactive si l’une de ces sources lui écrit : « Je leur réponds toujours, même si je suis chez moi à faire autre chose. Si une source est disponible un samedi à 22 heures, je le suis aussi… Sinon, je risque de la perdre », précise-t-elle. La journaliste le reconnaît tout de même : « Le rapport aux sources peut parfois devenir assez malsain : je me suis déjà fait contacter sur Instagram par un homme qui avait témoigné dans un de mes articles. »
La journaliste de 26 ans souligne tout de même qu’un tel lien joue sur sa concentration. Elle retrace : « Le week-end, quand je commence la journée sans écran, je peux lire sans aucun problème pendant une heure d’affilée ou plus sans m’interrompre. Hier soir, impossible de rester concentrée sur mon livre : dès que je reçois une notification, je l’ouvre. »
Pour autant, la Niçoise ne changerait pour rien au monde son rapport à son téléphone : « J’entends beaucoup que j’ai un temps d’écran très élevé, ou que c’est une perte de temps : je ne suis pas d’accord. D’une part, dans mon métier, tout peut devenir un sujet. D’autre part, j’apprends énormément de choses, tout le temps ! »
Les habitudes numériques de Clara
Quelle est l’application que vous utilisez le plus ? Instagram, j’y passe à peu près deux heures par jour. Après, ce sont les messages, WhatsApp, Google Docs pour le boulot, et les applications des médias.
Team scrolling ou pas ? Oui ! Sur TikTok, je scrolle uniquement pour le pro. Sur Instagram en revanche, pas du tout, bien qu’il m’arrive de trouver des idées d’articles dessus. Le plus souvent, je scrolle le soir, sur des contenus en lien avec la décoration, des petits travaux, de la cuisine, ou les dernières activités de personnalités publiques que je suis… Et de l’actu, bien sûr ! D’ailleurs, quand je scrolle le soir, je sens que je perds énormément de temps. Ça m’angoisse beaucoup, et ça m’a poussé à mettre en place une routine où, à partir de 21 heures ou 21 h 30, j’essaye de laisser mon iPhone dans ma chambre.
Si vous perdiez votre smartphone demain, qu’est-ce qui vous manquerait le plus dessus ? La possibilité de communiquer en cas de problème… Et Instagram – je me sens vraiment accro.
Y a-t-il un moment où votre temps d’écran explose ? Non, c’est diffus, étalé sur ma journée.
Votre téléphone est-il en mode avion la nuit ? Oui.
Combien de temps s’écoule entre votre réveil et la première consultation ? Quelques secondes à peine !
Pour communiquer, plutôt notes vocales, appels ou messages écrits ? Jamais de vocaux. Pas mal d’appels avec mon conjoint et sinon, des messages avec mes proches.
Qui est la dernière personne que vous avez appelée ? Mon conjoint.
Avez-vous des applications « plaisir coupable » ? À part Instagram et peut-être Vinted, pas vraiment.
Consultez-vous la météo ? Tout le temps ! Tous les soirs en préparant ma tenue du lendemain, tous les matins avant de partir, et plusieurs fois par jour.
Le consultez-vous à table ? J’évite au maximum !
Et devant un film ou une série ? Oui.
Quelle est la dernière photo que vous avez prise ? C’est une capture d’écran de mes billets pour descendre à Nice. Pour ce qui est d’une vraie photo, ce sont des produits de beauté qu’on m’a recommandés après un soin.



