Depuis un rassemblement à Toulouse début juin, les réseaux sociaux sont inondés de vidéos de femmes marchant sur des braises ou brisant une flèche sur leur cou, sur la musique de Sia I'm unstoppable. Ces images, accompagnées de messages de développement personnel, ont suscité interrogations et moqueries, devenant une « trend » reprise par des marques comme Castorama ou Citroën. Mais derrière la mise en scène se cache une réalité moins souriante.
Un séminaire à 1.997 euros
Ces vidéos sont issues d'un séminaire de quatre jours baptisé « Spartacus », organisé par Michel Destruel, ancien sportif de haut niveau et « Top Leader MLM mondial ». Le programme vise à former des femmes au marketing de réseau (MLM) et propose des activités comme marcher sur des braises présentées comme étant « à plus de 1.000 degrés » pour « dompter ses peurs » et briser une flèche pour « libérer sa puissance intérieure ». Bénédicte, 25 ans, auto-entrepreneuse, a participé et témoigne : « Cela m'a permis de prendre conscience que certaines limites sont souvent mentales. » Elle a payé 1.997 euros le tarif public.
Des dérives sectaires selon les spécialistes
Philippe Miller, journaliste chez Trading Warning, spécialisé dans les escroqueries, qualifie Michel Destruel de « vieux routier du MLM, ancré dans une tendance vraiment trash de l'arnaque ». Il compare ces séminaires aux grandes messes évangéliques américaines importées en France, où « les gens se lâchent et tout est valorisé à l'extrême ». Selon lui, « 95 % des gens vont perdre leur argent, mais comme le système les responsabilise individuellement, s'ils échouent, ils sont vus comme des loosers ». Seuls les hauts de la pyramide s'enrichissent.
Signalements à la Miviludes
La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) confirme avoir reçu des demandes d'informations et signalements au sujet de Michel Destruel et de ses séminaires. « Après analyse et échange avec les requérants, les éléments rapportés ont été communiqués aux services de l'Etat compétents », précise l'organisme. Le ministère de l'Intérieur alerte également sur son site : « Méfiez-vous des promesses d'enrichissement facile ! »
Un public cible : des quadragénaires en quête de reconnaissance
Outre les activités phares, Bénédicte décrit des journées rythmées par des « activités de groupe, des enseignements axés sur le leadership et le dépassement des croyances limitantes ». Si elle fait partie des plus jeunes, les stages visent surtout des quarantenaires isolées à la recherche de reconnaissance et des femmes en reconversion professionnelle. Le programme vante : « Arrête de passer inaperçu, la visibilité ça s'apprend. »



