Donneurs de voix : les passeurs invisibles du plaisir de lire
Donneurs de voix : les passeurs invisibles du plaisir de lire

L'assemblée générale de la Bibliothèque sonore de Millau Aveyron-Lozère s'est tenue samedi matin dans la cité du gant, offrant l'occasion de mesurer le chemin parcouru par une association aussi discrète qu'indispensable. Depuis sa création en 1972 sous l'impulsion du Lions Clubs International, le réseau n'a cessé de rendre accessible la lecture à ceux que la vie en a privés : malvoyants, personnes à mobilité réduite, scolaires en difficulté ou simples amateurs de livres pour qui tenir un ouvrage est devenu un défi.

Une progression continue

À Millau, une vingtaine de bénévoles, donneurs de voix ou donneurs de temps, perpétuent cette mission avec abnégation. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En Aveyron, le nombre d'audiolecteurs atteint 122 bénéficiaires, une progression spectaculaire quand on se souvient qu'ils n'étaient que 28 en 2017. "C'est une montée continue, pas un simple ajustement", souligne Josette Roucouly, présidente sortante, qui laisse désormais sa place à Françoise Nespoulous, jusqu'ici secrétaire. Face aux troubles spécifiques du langage et des apprentissages (les Dys), les scolaires sont eux aussi de plus en plus nombreux à s'approprier ce service. Ils sont 277 cette année contre 226 l'an dernier, preuve que le besoin ne concerne pas seulement les aînés. "On voit que ça répond à quelque chose d'essentiel. Les gens en redemandent", confirme-t-elle.

Un catalogue bien fourni

Derrière cette apparente simplicité – un livre audio prêté pour deux ou trois mois, un catalogue local de 3 732 titres en MP3, plus de 26 000 disponibles au niveau national – se cache un travail de fourmi. "Pour deux heures d'écoute, il y a au moins quatre fois plus de temps passé à l'enregistrement", explique Jean-Claude Coulon, donneur de temps infatigable. Les donneurs de voix, ces 1 000 bénévoles à l'échelle nationale, sont les artisans invisibles de ce catalogue. Leur mission : donner vie aux mots, avec patience et précision, pour que chaque audiolecteur puisse s'évader, apprendre ou simplement se laisser porter par une histoire. "Sans eux, il n'y aurait pas de contenu", rappelle-t-il.

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Mais le défi ne s'arrête pas là. Si la plateforme numérique a pris son essor – 36 000 téléchargements en 2021 –, les CD continuent de circuler, notamment en Aveyron, où les personnes âgées, moins à l'aise avec le numérique, préfèrent souvent recevoir leurs livres au format MP3 par la poste.

"Rien n'est jamais acquis"

"On ne peut pas imposer le progrès. Il faut s'adapter", reconnaît Josette Roucouly, qui mise sur la communication pour toucher de nouveaux publics. "Si on ne va pas vers les gens, ils ne savent pas qu'on existe", insiste-t-elle. À ce titre, une campagne nationale a permis à l'antenne millavoise de recruter quatre nouveaux donneurs de voix sur 36 candidats. Un début. Gouvernance collégiale, décisions partagées, l'association vit bien, se félicite Josette Roucouly, qui ferme le chapitre de neuf années de présidence. "Le contact avec les bénéficiaires, c'est ce qui nous motive. Savoir qu'on apporte quelque chose de concret, surtout aux personnes âgées ou isolées, ça n'a pas de prix", avoue-t-elle.

Pourtant, les défis restent nombreux : recruter de nouveaux bénévoles, développer l'accès aux ressources via des partenariats comme celui envisagé avec les médiathèques aveyronnaises, tout en continuant de convaincre de la nécessité des Bibliothèques sonores. "Rien n'est jamais acquis", rappelle Jean-Claude Coulon. Mais l'avenir s'annonce serein. "Tant qu'il y aura des besoins, on sera là. Et vu l'évolution des chiffres, ce n'est pas près de s'arrêter."

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