Catherine Parguel, une vie de bénévolat à Millau
Catherine Parguel, une vie de bénévolat à Millau

Présidente de l’association des centres sociaux de Millau, Catherine Parguel a toujours choisi de se tenir debout. Pour elle, pour les autres, pour Millau. Et à 70 printemps passés, elle poursuit son chemin dédié tout entier au lien social et à la solidarité. Rencontre.

« Les bénévoles sont le ciment de notre société »

« Les bénévoles sont le ciment de notre société. Leur rôle n’est pas de remplacer les salariés, mais de créer du lien, ce lien indispensable qui fait tenir debout les communautés. Sans eux, la France perdrait son âme. » Dans le bureau du Spot 260, cœur battant des centres sociaux de Millau, le discours inaugural de Catherine Parguel résonne encore. Ancienne assistante sociale, syndicaliste acharnée, bénévole infatigable, la présidente de Spot incarne une forme de résistance douce mais tenace de celles et ceux qui, toute leur vie, ont choisi de se battre pour les autres.

Une vocation née dans l’adversité

Dès son plus jeune âge, elle baigne dans un milieu où l’engagement est une seconde nature. Son père, vice-président du Som football, lui transmet, sans le savoir, le goût de l’action collective. « Il donnait beaucoup de son temps », se souvient-elle, les yeux brillants à l’évocation de ses déplacements, encore gamine, sur les genoux des joueurs. Ce père qui disparaîtra à peine soufflera-t-elle ses 10 bougies. « Un traumatisme », confie-t-elle qui loin de la briser, semble avoir aiguisé sa détermination. Adolescente, elle est marquée par la lutte du Larzac, ses figures tutélaires, son voyage – à 17 ans à peine – dans la capitale pour faire paître les brebis sous la tour Eiffel. Nous sommes le 25 octobre 1972. « J’aurais pu mourir ce jour-là », raconte-t-elle en évoquant la pluie de bombes de gaz lacrymogène… « Mais je me devais y être. »

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Une carrière au service des autres

Son parcours professionnel est un roman à lui seul. Assistante sociale à la MSA (Mutualité Sociale Agricole), elle arpente les cantons de l’Aveyron, polyvalente, proche des gens. « Je connaissais tout le monde : agriculteurs, artisans, salariés, élus… Et toutes les secrétaires de mairie ! » Pendant 15 ans, elle met en place des structures comme l’ADMR ou Famille Rurale, avec cette conviction, « l’individuel renvoie au collectif, et vice versa. » Plus tard, elle revient à Millau, sa ville natale, comme assistante sociale, tout en continuant à créer, organiser, fédérer. « Quand on voit un projet aboutir, c’est une belle réussite. » Et si elle admet avoir parfois regretté de ne pas s’être lancée dans certains combats, elle le dit sans amertume : « Je préfère regarder devant, pas derrière. »

La retraite, une nouvelle page d’engagement

En 2018, la retraite sonne pour elle comme un vide sidéral. « J’allais tous les jours voir mes anciens collègues. Un jour, j’ai compris qu’il fallait que je me prenne en main. » Elle se tourne alors vers le centre social de Millau, d’abord comme membre du conseil d’administration, puis comme présidente. « Le bénévolat, c’est donner son temps pour la société. Mais c’est aussi combler un vide. » Aujourd’hui, elle y consacre une énergie sans limite, aux côtés de Karine Marre, la directrice, à qui elle voue une véritable admiration. « Sans elle, rien ne serait possible. » Ensemble, elles ont mené à bien des projets ambitieux, comme la réhabilitation du Spot, un lieu désormais central pour la vie sociale millavoise. « Voir les gens s’approprier les locaux, c’est une belle victoire. »

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Des convictions ancrées et un tempérament bien trempé

Catherine Parguel n’a pas sa langue dans sa poche – « Je suis directe, parfois trop » – assume ses opinions tranchées : écologie, justice sociale, défense des plus fragiles. « Je suis à gauche, écolo. Pas extrême, mais je crois qu’il faut se soucier de la planète et de l’avenir de nos enfants. » Elle dénonce et regrette aussi l’individualisme croissant, « ce chacun pour soi qui menace la cohésion sociale. » « Les jeunes s’engagent autrement, pour la planète par exemple, mais moins pour les syndicats. Qu’est-ce qu’on a raté ? » Le sourire et la bonne humeur de rigueur, elle avoue ne pas toujours être en accord avec ses actes – « Bien sûr qu’il m’arrive de prendre la voiture par confort ! » – mais elle reste intransigeante sur certains principes. « Amazon ? Jamais. Je n’achète que dans les petits commerces. » Une cohérence qu’elle défend bec et ongles.

Une femme de terrain, de combat et de cœur

Catherine Parguel, c’est aussi une mère, une grand-mère, qui assume ses contradictions. « Mes enfants me disaient : ‘Maman, t’es toujours pressée, jamais là.’ » Elle rit en citant un poème écrit par son fils : « ‘T’es toujours vite, vite, vite… Mais je t’aime quand même.’ » « Ça m’a touchée », avoue-t-elle, émue. Sur ressort, elle aime le théâtre, la marche, les « cabots » (ses chiens, bien sûr). Et croit surtout au pouvoir d’agir des citoyens. « Notre rôle, au centre social, c’est de leur rappeler qu’ils ont ce pouvoir. » Pour elle, l’engagement, c’est aussi redonner aux gens la confiance en eux-mêmes. « Être cohérent. »

À 70 printemps passés, Cathy Parguel ne compte pas s’arrêter. « Il y a encore du boulot. » Elle suit l’actualité avec attention, s’inquiète de la montée des extrêmes, mais garde espoir. « Le pire n’est jamais certain. » Son credo ? « Être cohérent. » Avec elle-même, avec ses valeurs, avec les autres. « Si on ne l’est pas, les choses ne vont pas. » Et quand on lui demande ce qu’elle aimerait laisser derrière elle, elle répond sans hésiter : « Des structures qui tiennent, des gens qui osent, et l’idée que chacun peut faire bouger les choses. »