L’association La Vigie citoyenne de La Grande-Motte, créée il y a dix ans pour défendre l’œuvre de l’architecte Jean Balladur et l’environnement, monte au créneau contre le projet Ville Port. Alors que les travaux ont démarré, les 200 membres adhérents expriment un mécontentement général, porté par des inquiétudes sur les paillotes, les nuisances sonores et l’impact du projet sur le paysage urbain.
Paillotes et nuisances sonores : des riverains exaspérés
Annie Bianchi, secrétaire et membre du conseil d’administration de l’association, réside au douzième étage de la grande pyramide. Elle témoigne : « Je veux vendre mon appartement, je n’en peux plus ». Selon elle, les propos du maire Stéphan Rossignol dans nos colonnes au sujet des paillotes ont été la goutte d’eau. Elle explique : « Dans l’association, beaucoup de membres font partie de ses électeurs, ce n’est pas une affaire d’opposition politique, mais on ne peut pas le laisser mettre en avant une soi-disant utilité sanitaire des paillotes. Ces restaurants et buvettes de plage n’accueillent dans leurs toilettes que leurs consommateurs. C’est un argument spécieux. Il y avait d’ailleurs des toilettes et des douches aux plages du Levant et du Couchant, la mairie les a supprimés… »
L’argument selon lequel les restaurants de plage favoriseraient l’agriculture en circuit court ne convainc pas davantage les riverains. Ils dénoncent également une montée en puissance sonore : « Le soir et le week-end, il y a des animations avec des DJ, j’ai appelé la police municipale plusieurs fois », ajoute Annie Bianchi. Le développement des bars festifs et des terrasses dotées de baies vitrées coulissantes, très bruyants en été, est aussi pointé du doigt.
Projet Ville Port : une vision globale difficile à obtenir
La Vigie citoyenne s’est constituée lors du premier projet Ville Port. Jean-Paul Cavitte, membre de l’association et résident secondaire, se souvient : « Nous avions constitué une chaîne humaine pour montrer, physiquement, l’emprise de ce projet sur la plage ». Malgré des recours ayant conduit la ville à revoir sa copie, la grogne persiste. « Ville Port 2, c’est Ville Port 1 en réduction. La commune modifie le PLU par petites touches, on a beaucoup de mal à avoir une vision globale, on ne sait rien sur les choix techniques », déplore cet ancien ingénieur.
L’association, qui a pour mission de « protéger l’œuvre de Jean Balladur », s’inquiète des 244 logements prévus à proximité de la grande pyramide. « La Grande-Motte, c’est un chef-d’œuvre d’urbanisme, dont la grande pyramide est la clé de voûte, le signal. Bâtir 250 logements tout contre, cela va complètement changer la perspective. Balladur s’interdisait de construire des tours, il l’a écrit », affirme Jean-Paul Cavitte.
Risques climatiques et montée des eaux
Jean-Paul Cavitte évoque également la non-prise en compte du réchauffement de la Méditerranée et de la modification du trait de côte. « Le port n’est pas protégé par un PPRI digne de ce nom, quand on voit ce qui s’est passé à Valence en 2024 avec un phénomène de lame. Il peut arriver la même chose ici », prévient-il. En ce début de saison estivale, les adhérents de la Vigie voient des nuages à l’horizon.
La mairie promet le respect de la « continuité balladurienne »
Sollicitée par Midi Libre, la mairie explique que si l’autorisation environnementale et la déclaration de projet n’ont porté que sur le volet portuaire, l’étude d’impact soumise à enquête publique couvrait l’intégralité du projet, y compris « la Colline » où sont prévus les 244 logements. La Colline n’est pas soumise à autorisation environnementale, mais à une mise en compatibilité du PLU. Une réunion publique sera organisée à l’automne pour présenter sa révision générale.
La mairie promet de travailler « dans la continuité balladurienne », et assure que « la hauteur des émergences de la Colline a été travaillée dans un souci de conserver les cônes de vue depuis la Grande Pyramide ». Dans l’axe sud-ouest de la Grande Pyramide, l’émergence concernée ne dépassera pas plus de 3 niveaux. Quant à l’élévation du niveau de la mer, « les nouvelles constructions seront calées à la cote de 2,4 mètres pour le premier plancher et la hauteur des nouveaux quais ainsi que la digue Ouest relevée ».



