Jean-Luc Moudenc : « L’avenir de Toulouse passe par un urbanisme sur mesure »
Jean-Luc Moudenc : « L’avenir de Toulouse passe par un urbanisme sur mesure »

Réélu à la tête de Toulouse et de sa Métropole en mars 2026, Jean-Luc Moudenc entame son dernier mandat. Dans une ville en forte croissance, confrontée à une crise du logement aiguë et persistante, au changement climatique et à des enjeux de mobilité complexes, le maire doit arbitrer entre développement et contraintes environnementales.

Une métropole sous pression

Depuis 2016, avec le cap fixé par « Toulouse 2040 », il défend une approche plus souple de l’urbanisme : construire en fonction des quartiers, plutôt que d’imposer un modèle unique à toute la ville. « Le défi est métropolitain ! Il nous faut continuer à accueillir sans dégrader la qualité de vie », insiste-t-il, alors que la pression démographique ne faiblit pas. Toulouse deviendra d’ailleurs, dès la fin 2026, la troisième ville de France, devant Lyon. À l’heure où l’État demande aux collectivités locales d’intégrer le changement climatique sur le long terme (à l’horizon 2030, 2050, et même 2100), Jean-Luc Moudenc esquisse pour Le Point le visage de la Ville Rose en 2040.

« Toulouse 2040 » : un urbanisme de projet

Le Point : Vous avez lancé dès 2016 la vision « Toulouse 2040 ». Comment cela a-t-il modifié la façon dont Toulouse se construit ?

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Jean-Luc Moudenc : En réunissant tous les acteurs publics et privés, nous avons défini ensemble un urbanisme de projet. Jusqu’ici, on raisonnait de manière globale et souvent trop uniforme. Il est désormais possible de prendre en compte les particularités de chaque quartier. Jamais il n’y avait eu une réflexion urbaine partagée avec les promoteurs et les associations de quartier de cette ampleur. Le résultat est là : je ne sens pas de divorce entre les Toulousains et nos orientations. Il y a aujourd’hui incontestablement moins de controverses et de recours qu’auparavant.

Construire plus haut pour libérer de l’espace au sol

Toulouse est frappée par une crise du logement sans précédent. Avec l’obligation du zéro artificialisation nette (ZAN), faut-il construire des immeubles de plus grande hauteur pour loger les nouveaux arrivants ?

Notre croissance démographique rend la crise plus aiguë ici qu’ailleurs. Pourtant, entre 2024 et 2025, on observe un effondrement de la délivrance des permis de construire dans les communes périphériques. Je vais organiser un grand séminaire avec tous les maires de la métropole, les services et les professionnels pour relancer la machine et lever les freins locaux. Quant à la hauteur, je ne crois pas à la multiplication des tours : cela susciterait une contestation massive. Notre vision, c’est de construire plus haut mais mieux. À La Cartoucherie, par exemple, nous assumons de monter en hauteur sur certains îlots pour libérer un hectare de parc public au sol.

La ligne C du métro va entraîner pourtant la densification de certaines zones pavillonnaires...

L’enjeu est colossal : environ 25 000 logements le long de la ligne. Mais j’ai toujours refusé une urbanisation au « rouleau compresseur ». La densification ne sera pas uniforme : nous préserverons le caractère des quartiers comme la Côte Pavée. En revanche, dans des secteurs sans personnalité, notamment autour des anciens entrepôts comme à Matabiau, nous assumerons un urbanisme beaucoup plus volontariste et dense.

Mobilité : après la ligne C, quels projets ?

La mise en service de la ligne C est prévue pour fin 2028. Quel sera le coup d’après pour désaturer la rocade ?

Le grand chantier à venir est le doublement de la ligne B. J’ai également acté le lancement des études pour le prolongement du téléphérique Téléo, en priorité vers le nouveau quartier de Malepère et ses 7 500 logements. Pour la grande périphérie, les lignes Lineo (bus à haut niveau de service) et les cars express sont l’avenir. La ligne entre Basso Cambo et Muret a vu sa fréquentation tripler en un an !

Qu’en est-il du RER métropolitain rebaptisé SERM ?

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Ce projet suscite une fascination, comme s’il s’agissait d’une baguette magique, mais les chiffres sont têtus. Son coût est évalué à 4,8 milliards d’euros. L’État a lancé l’idée il y a quatre ans, mais n’a toujours pas mis un euro sur la table et refuse de déplafonner le versement mobilité des entreprises, ce qui bloque les collectivités locales. Par ailleurs, dépenser 4 milliards dans le ferroviaire pour gagner seulement 20 000 voyageurs par jour à l’échelle régionale me semble financièrement effrayant. Je crois bien plus au volet routier du SERM porté par la région : des cars express efficaces que l’on peut déployer demain et pas dans vingt ans.

La voiture individuelle sera-t-elle bannie du centre-ville d’ici quinze ans ?

Je crois en une évolution progressive des mentalités plutôt qu’à des interdictions autoritaires. Son usage diminue déjà : aujourd’hui, 70 % des déplacements dans Toulouse se font autrement. Sa place va continuer à se réduire.

Grand Matabiau : un quartier exemplaire

Le quartier Grand Matabiau – Quai d’Oc incarnera-t-il l’avenir de Toulouse ?

Ce quartier sera exemplaire : point névralgique de la région qui connectera la LGV, deux lignes de métro et les réseaux régionaux, il ne se résumera pas à un hub de transport. Il sera un véritable morceau de ville. Sur l’ancienne avenue de Lyon, totalement minérale, nous allons créer de grands espaces verts. À terme, on y trouvera aussi 3 000 logements, dont 60 % abordables, et 50 000 mètres carrés d’activités. Je crois à un encadrement de la production plutôt qu’à celui des loyers, et ce projet en est l’illustration.

Végétalisation : planter 200 000 arbres, un défi d’ingénierie

Météo-France anticipe pour Toulouse un climat proche de Séville d’ici la fin du siècle. Planter 200 000 arbres supplémentaires suffira-t-il à rendre la ville vivable ?

Planter est une nécessité absolue. Mais nous entrons dans une phase beaucoup plus complexe. Si végétaliser les nouveaux quartiers comme Borderouge était aisé, faire entrer la nature dans les rues étroites et minérales du centre-ville est un défi d’ingénierie. Il faut détourner les réseaux souterrains, installer d’énormes caissons en bois quand la pleine terre est inaccessible, et surtout convaincre les riverains de sacrifier des places de stationnement. Le coût est faramineux. Nous inciterons les promoteurs privés à prendre leur part. C’est une véritable révolution : aujourd’hui, un promoteur n’organise pas une cérémonie pour poser la première pierre, mais pour planter le premier arbre.

Grand Parc Garonne : baignade dans le fleuve en 2040 ?

Le projet Grand Parc Garonne est l’autre grand pilier vert. En 2040, les Toulousains pourront-ils se baigner dans le fleuve ?

C’est un projet majeur à l’échelle de sept communes de la métropole, avec l’Île du Ramier en fer de lance. Des accès bucoliques ont déjà été créés à Saint-Jory et Blagnac. Mais concernant la baignade, je reste d’une prudence de Sioux. La Garonne est un fleuve capricieux et les études montrent que la qualité de l’eau peut varier en quelques heures. Garantir une baignade sécurisée sans risque de contamination demanderait des infrastructures comme des cuves filtrantes au coût exorbitant pour une capacité limitée. Je préfère ne pas mentir aux Toulousains en annonçant une offre de baignade qui s’avérerait instable, dangereuse et peu attractive.

Aéronautique : l’avenir de la filière

Avec les impératifs de décarbonation de l’aviation, Toulouse restera-t-elle la capitale mondiale de l’aéronautique en 2040 ?

J’en suis profondément convaincu. C’est pour cela que nous avons bataillé à Paris pour obtenir un assouplissement du ZAN et ainsi préserver les réserves foncières d’Airbus ou de Safran. En sécurisant ces terrains via le dispositif des projets d’envergure nationale ou européenne (PENE), nous avons garanti la souveraineté industrielle de la France et l’avenir de nos emplois pour les vingt prochaines années.

Adapter la ville à +4 °C

En 2040, les Toulousains auront-ils changé leur mode de vie et avez-vous un modèle de ville en tête ?

Les comparaisons avec d’autres métropoles sont difficiles. Nous mesurer à Barcelone ou Hambourg n’a pas de sens, Toulouse gardera sa singularité. L’objectif reste simple : faire en sorte que l’on vive mieux demain qu’aujourd’hui. Les services publics devront s’adapter aux nouveaux modes de vie. Toulouse restera une ville agréable, attractive et protectrice.

Comment garantir que votre vision pour l’avenir ne dévie pas après la fin de votre mandat ?

En tant que démocrate, j’accepte par définition l’alternance politique. Espérer figer la ville dans le marbre serait irréaliste. Mon rôle est de préparer les conditions pour qu’après mon départ en 2032 ou 2033, quelqu’un partageant cet idéal de construction équilibrée assure la continuité de ma philosophie municipale, tout en l’adaptant.