Radars routiers : les élus craignent un transfert de charges déguisé dès 2027
Radars routiers : les élus craignent une arnaque en 2027

À partir du 1er janvier 2027, la loi autorisera les maires et les départements à installer eux-mêmes des radars sur leurs routes. Une mesure que beaucoup d'élus assimilent à un transfert de charges sans contrepartie suffisante, car l'État conserve actuellement 80 % des recettes des amendes.

Un coût élevé pour les collectivités

Actuellement financés et entretenus par l'État, les radars routiers pourraient bientôt être en partie pris en charge par les communes et les départements. Le gouvernement leur offrira, à partir du 1er janvier 2027, la possibilité de financer et d'installer à leurs frais des radars sur leurs routes, après avis du préfet. Cette mesure figure dans la loi « 3DS » (différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification de l'action publique locale), promulguée en février 2022, mais le décret d'application ne sort que quatre ans plus tard.

Si cette possibilité relève du volontariat et ne modifie pas le mode de gestion national des radars déjà existants, elle a des relents d'entourloupe pour nombre d'élus. L'achat d'un radar coûte entre 70 000 et 120 000 euros, auxquels peuvent s'ajouter plus de 100 000 euros de frais d'installation selon les modèles et les aménagements nécessaires. Cela représente quasiment le budget annuel d'une commune de moins de 500 habitants.

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Un sujet impopulaire

« Quand on voit le coût d'un radar, la fréquence des dégradations sur ces appareils et la faible marge des amendes reversées actuellement aux communes (20 %), j'imagine que peu d'élus se lanceront dans ces investissements, surtout sur un sujet qui provoque une profonde aversion de la population », prédit Philippe Vidal, maire de Cazouls-lès-Béziers et vice-président du Conseil départemental de l'Hérault en charge des routes. « La politique de développement des radars a sans doute fait baisser l'accidentologie mais, revers de la médaille, depuis sa mise en service, il n'y a jamais eu autant de gens qui conduisent sans permis », estime l'élu biterrois. « Le seul intérêt de la mesure annoncée pour 2027, c'est qu'un élu pourra faire installer un radar sur sa commune si la population pousse en ce sens. Mais c'est bien que la gestion des radars relève toujours de l'État. »

Un fonds de dotation réclamé

« On nous dit à vous les libertés, à l'État les recettes. Il ne peut pas y avoir de charges sans compensation financière », appuie Frédéric Cuillerier, en charge de la commission mobilité de l'Association des maires de France. « Nous souhaitons un dialogue constructif avec l'État sur ce sujet. »

Une procédure longue et coûteuse

Installer un radar sur une route de sa commune ne se fera pas en un claquement de doigts pour un maire. « Il lui faudra faire réaliser une étude d'accidentologie sur sa commune par son personnel ou en externalisant pour ensuite passer devant la commission départementale de sécurité routière qui donnera ou non son feu vert », précise Nicolas Gou, président de la Ligue contre la violence routière de l'Hérault. Outre le coût d'installation du radar (plus de 200 000 €), la commune devra aussi assumer les frais d'entretien annuels estimés à 4 000 €, sans compter les possibles dégradations.

Les associations de lutte contre la violence routière sont elles aussi partagées sur l'utilité de cette délégation partielle. « Techniquement, c'est intéressant car en ville les radars nouvelle génération permettraient de lutter efficacement contre le téléphone au volant, un véritable fléau qui fait l'objet de trop peu de contrôles », estime Nicolas Gou. « Mais il faudrait qu'une part des recettes liées au radar alimentent un fonds de dotation pour les communes car cela ressemble aussi à une façon de l'État de se désengager d'un dispositif encombrant, coûteux et très peu populaire. »

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Des chiffres alarmants

Les près de 4 000 radars déployés en France rapportent à l'État près de deux milliards d'euros par an. Les défenseurs de la sécurité routière craignent que cette mesure dilue une politique gouvernementale déjà pas assez volontaire, alors que les statistiques d'accidentologie plafonnent autour de 3 200 victimes par an après des années de baisse. « Dans l'Hérault, le nombre de morts sur les routes a augmenté de 25 % l'an dernier et au national on a aussi observé une légère augmentation », déplore Nicolas Gou. « Depuis 10 ans, nous régressons en matière de sécurité routière, nous sommes désormais dépassés par des pays comme l'Espagne et l'Italie car nous n'avons pas de politique publique assez volontariste. Plus on va déléguer cela aux communes, plus cela va diluer les actions en la matière. Alors que les études le montrent : 1 % de vitesse en moins, c'est 4 % de blessés en moins. »

Radars intelligents : un retard à l'allumage

Ils sont la hantise des automobilistes en mal de points sur leur permis : les radars capables de détecter l'utilisation du téléphone au volant ou le non-port de la ceinture ne sont pas encore déployés en France. Un décret autorise pourtant leur utilisation depuis 2023. Pourquoi ce retard à l'allumage ? Aucun de ces systèmes qui fonctionnent à base d'intelligence artificielle n'a tout simplement été homologué, selon nos confrères de La Dépêche. Aucune mise en service en 2026 n'est d'ailleurs programmée.

Autre dispositif novateur : les radars embarqués à bord de voitures privées qui contrôlent la vitesse en circulant. Depuis son expérimentation en 2018, le dispositif a été étendu à l'ensemble du pays, à l'exception notable de la Corse et de l'Île-de-France. Environ 300 véhicules circulent sur les routes, jusqu'à six heures par jour, mais uniquement sur les axes où la limite autorisée dépasse 70 km/h. Les radars embarqués, invisibles et sans flash, peuvent verbaliser dans les deux sens mais laissent aux véhicules une marge de 10 % supérieure à la limite autorisée.