« J'avais 22 ans. J'ai passé vingt-trois jours dans le coma. Mes parents venaient me voir à l'hôpital, sans savoir si j'allais me réveiller, ni comment. Ils étaient complètement perdus, ils ne savaient pas quoi faire à part attendre. Ils imaginaient le pire, sans pouvoir y réfléchir. » Julien Thibault a été victime d'un très grave accident de la route en 2004. Avant ce drame, le tout jeune homme qu'il était ne s'imaginait pas que son existence serait marquée à vie par ce terrible accident. « Mes parents ne savaient pas vers qui se tourner. Ils avaient trouvé la brochure de l'association Victimes et citoyens et ils les avaient appelés pour être accompagnés, pour savoir dans quelle direction aller. » C'est donc assez naturellement que Julien Thibault a pris la présidence de cette association d'aide aux victimes, dont la quasi-totalité des membres ont été eux-mêmes accidentés.
Des vies brisées par un accident
Depuis un peu plus de vingt ans, Victimes et citoyens entend les mêmes témoignages de vies bousillées par un crash qui n'a duré que quelques secondes mais laisse une empreinte éternelle. Et les mêmes questions qui reviennent à chaque fois. Comment se faire indemniser ? Comment savoir où en est l'enquête ? Quoi faire si l'auteur est en fuite ? « Personne n'est préparé à ça. Parce que personne ne veut trop y penser. On est perdus. En France, on apprend à conduire mais on n'apprend pas comment réagir en cas d'accident », regrette Julien Thibault.
Un guide pratique pour les victimes
Mobilisée sur la prévention routière, son association a donc fait le choix d'éditer un « Code de la sortie de route » recensant de nombreux conseils pour les victimes ou même témoins d'accident. Un guide pratique censé aiguiller toutes celles et ceux qui sont perdus. « Ce sont des réponses à des questions que l'on espère ne jamais avoir à se poser. Car l'accident peut avoir des répercussions sur la vie professionnelle, la vie personnelle. C'est un choc pour tout le monde », détaille le président de Victimes et citoyens. En France, les accidents de la route font plus de 3.000 morts et 250.000 blessés chaque année.
Des conséquences dévastatrices
Des divorces, des emplois perdus… Spécialiste en droit du dommage corporel, Me Cécile Bigre est habituée à défendre les victimes d'accidents de la circulation. « Les conséquences sont parfois très graves. Dans un tiers de mes dossiers de traumas crâniens graves, je vois la cellule familiale exploser. Les conséquences sont telles qu'elles peuvent conduire à des divorces, des pertes d'emploi. Même quand on n'est pas blessé, le préjudice psychologique peut être très important. On a des mamans qui perdent leur enfant. Les séquelles sont là à vie. »
L'importance d'être accompagné
Pour être bien défendu, l'avocate rennaise conseille de se faire accompagner, notamment dans la réalisation des expertises médicales. « Quand la personne y va seule, elle peut se faire bouffer par l'expert médical. Il intervient comme médecin de l'assurance donc il n'est pas là pour vous aider. Quand les dossiers sont mal ficelés, on est souvent bien moins indemnisé », constate Me Cécile Bigre. L'avocate conseille aussi aux victimes de solliciter un accompagnement psychologique pour « ne pas rester avec ça ». « En général, les victimes veulent reprendre une vie normale et passer à autre chose. Mais il ne faut pas garder un trauma enfoui en soi. »
Un livret de 60 pages
En 60 pages, le livret de Victimes et citoyens tente d'aborder toutes ces questions. L'association a reçu le soutien de l'École de conduite française, qui a promis de sensibiliser ses élèves à ces questions. Elle porte désormais l'espoir que ces questions soient intégrées à la préparation des examens du Code de la route ou du permis de conduire.



