Pour la prévention du VIH, la prophylaxie pré-exposition (PrEP) reste « peu connue et inégalement accessible », a déploré lundi le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS). Dans un communiqué, l'instance appelle les pouvoirs publics à élargir les opportunités de proposer ce traitement préventif à « toutes et tous ».
Un outil crucial mais sous-utilisé
Les traitements préventifs PrEP sont destinés aux personnes séronégatives, c'est-à-dire qui n'ont pas contracté le VIH. Ils sont devenus cruciaux dans la lutte contre l'épidémie de sida, car ils fonctionnent très bien pour éviter une infection. La personne qui suit ce traitement prend des antirétroviraux afin d'éviter une contamination par le VIH lors de rapports sexuels sans préservatif.
Disponible en France depuis 2016, la PrEP est intégralement prise en charge par l'assurance maladie. Pourtant, son recours « reste insuffisant », note le CNS. Ainsi, près de la moitié des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) pour lesquels elle serait indiquée ne l'utilisent pas, notamment les plus jeunes. D'autres populations très exposées, comme les migrantes d'Afrique subsaharienne, les HSH migrants, les travailleurs et travailleuses du sexe, les personnes trans, celles en situation de précarité ou éloignées des grands centres urbains, la méconnaissent ou l'utilisent très peu.
Changer le regard sur la PrEP
Le CNS juge que cette option « demeure trop souvent perçue de façon restrictive et négative, comme un outil d'abord "destiné aux gays" et réservé aux personnes très exposées qui "échoueraient" à utiliser les autres moyens de prévention ». L'instance appelle donc à « changer le regard sur la PrEP, par une mobilisation de tous les professionnels de santé et par une communication inclusive et positive », également à destination du grand public.
L'arrivée de la PrEP injectable longue durée
Cette évolution est d'autant plus nécessaire, selon le CNS, avec l'arrivée de PrEP injectables à longue durée d'action. Ces traitements sont « susceptibles de lever certains freins propres à la PrEP orale », plus contraignante, et ont une efficacité apparaissant « particulièrement élevée chez les femmes ». Un tel traitement, le cabotégravir (commercialisé sous le nom Apretude par ViiV Healthcare, filiale du groupe britannique GSK), considéré comme une grande avancée par les associations et les spécialistes qui l'attendaient depuis près de deux ans, est accessible en France depuis fin février.
Un appel à un accès équitable
Le CNS appelle aussi les pouvoirs publics, notamment avant la prochaine feuille de route sur la stratégie nationale de santé sexuelle, à « garantir un accès réel et équitable à la PrEP ». Cela « suppose d'aller vers l'ensemble des personnes susceptibles d'en bénéficier », et d'en faire un outil de première ligne dans la palette de prévention.



