Lab Santé Midi Libre : La santé mentale, une urgence sociétale à Saint-Jean-de-Védas
Le jeudi 13 mars 2026, un nouveau Lab Santé, organisé par Midi Libre à Saint-Jean-de-Védas, a rassemblé des professionnels pour discuter de la santé mentale, un sujet crucial qui interroge la prévention et l'accompagnement. Trois tables rondes ont été consacrées à cette thématique pressante, mettant en lumière les défis actuels.
Le burn-out au cœur des débats
La première table ronde s'est concentrée sur la protection des salariés face au stress, au burn-out et à l'anxiété. Le docteur Pascale Clément, psychiatre au CHU de Montpellier et spécialiste des pathologies du stress, a ouvert les échanges en soulignant l'importance des témoignages. Elle a déclaré : "Ce témoignage est formidable parce qu’il dit tout ce que j’entends dans le huis clos des consultations." Dans son unité de soins, 700 nouveaux patients sont accueillis chaque année, dont 80 % pour des burn-out sévères.
Pour la médecin, le problème reste mal identifié, bien que les signaux soient connus. Elle a énuméré :
- Troubles du sommeil
- Irritabilité
- Douleurs diverses
- Troubles digestifs
- Atteintes musculo-squelettiques
- Perte de concentration
- Difficulté à décider
La souffrance psychique s'exprime souvent d'abord par le corps, rendant difficile le lien avec le travail. D'où l'enjeu majeur du repérage précoce, sur lequel le CHU de Montpellier commence à travailler pour développer des programmes de prévention.
Témoignages et profils récurrents
Le témoignage de Claire Roche a illustré la mécanique lente de l'épuisement. Très investie dans son emploi, elle a décrit une organisation devenue incohérente, suivie d'une usure progressive : insomnies, irritabilité, colère, essoufflement, pleurs au travail et dégradation de la qualité de ses missions. "J’étais dans le déni", a-t-elle confié. Après un premier arrêt de dix jours, un malaise en réunion a fait basculer la situation. "Je remercie mon corps d’avoir envoyé un signal." Sa reconstruction a impliqué des soins, l'entourage, une activité de chant retrouvée et l'acceptation d'un traitement.
Le docteur Clément a observé des profils récurrents parmi les patients :
- Professionnels des ressources humaines
- Métiers du soin et de l'aide à la personne
- Managers de la grande distribution
- Enseignants-chercheurs
Les femmes sont majoritaires, avec une surreprésentation après 50 ans.
Chiffres alarmants et paradoxes
Cette montée de la souffrance psychique se reflète dans les statistiques. Nelly Sierra, référente des risques psychosociaux à la Carsat, a rappelé qu'en France, 54 000 accidents du travail par an sont liés aux risques psychosociaux. En Languedoc-Roussillon, leur nombre a progressé de 52 % entre 2022 et 2024. À cela s'ajoutent 1 800 maladies professionnelles reconnues pour affections psychiques.
Chez les chefs d'entreprise, l'alerte est également nette. Laure Chanselme, psychologue du travail à l'Observatoire Amarok, a présenté un baromètre 2025 mené auprès de 1 515 dirigeants de TPE et PME : 89 % déclarent au moins un trouble, alors que 85 % disent être en bonne santé. Un paradoxe qui révèle le déni encore présent.
Le message du docteur Pascale Clément reste limpide : plus le burn-out est repéré tôt, plus il est possible d'éviter l'effondrement. Cette urgence sociétale nécessite une action collective renforcée.



