Immersion en Ehpad pour combattre la pénurie de soignants face au vieillissement
Les filières de la santé humaine et de l'action sociale, confrontées à une tension permanente, misent désormais sur l'immersion des candidats pour faire tomber les représentations négatives et les a priori. Il faut agir rapidement, car le défi démographique s'annonce colossal.
Le pic de 2030 et l'urgence des recrutements
« Le pic démographique sera atteint en 2030 », alerte avec insistance Annie Messina, vice-présidente du Département. À cet horizon, l'institution financera 1 000 Allocations personnalisées d'autonomie (APA) supplémentaires, s'ajoutant aux 5 000 actuellement versées. Cette projection illustre l'ampleur du vieillissement de la population, qui se heurte de plein fouet à une pénurie de main-d'œuvre généralisée touchant tous les métiers du soin et de l'accompagnement.
Ces professions souffrent souvent d'une image dégradée, entraînant des difficultés chroniques de recrutement pour les structures de santé et d'action sociale. Pour tenter d'inverser cette tendance, le Conseil départemental et France Travail ont noué un partenariat innovant, permettant aux candidats de s'immerger directement en entreprise pour se forger une opinion réaliste des métiers.
L'exemple concret de l'Ehpad Emeis Tour de Pujols
Ce partenariat a été présenté à l'Ehpad Emeis Tour de Pujols, situé à Villeneuve-sur-Lot. Cette résidence de 80 places emploie 56 équivalents temps plein (ETP). « C'est une PME qui n'emploie que des locaux », précise son directeur, Xavier Delaitre, soucieux de défendre la réputation des Ehpad. « Nous y accueillons un public spécifique avec des moyens adaptés », ajoute-t-il.
L'immersion semble porter ses fruits. « Nous avons eu plus d'intéressés qu'il n'y avait d'offres. Car on est parvenu à faire tomber les représentations », se réjouit Didier Geneteaux, directeur départemental de France Travail. Un parcours sur 8 jours, combinant immersion en établissement et accompagnement, a été mis en place pour évaluer l'adaptabilité des candidats.
Évolution des conditions et défis persistants
Ébranlée par plusieurs scandales, la filière peine toujours à recruter et à fidéliser ses effectifs. Cependant, les temps ont changé, assure Xavier Delaitre. Le Ségur de la santé a notamment amélioré les rémunérations : « Une aide-soignante était payée au Smic il y a 10 ans. Aujourd'hui, en sortie de diplôme, elle perçoit 1 960 euros bruts, auxquels s'ajoutent primes et avantages. »
Samira et Laëtitia, deux aides-soignantes de l'Ehpad, reconnaissent ces progrès tout en soulignant la noblesse de leur mission : « On accompagne les résidents dans tous leurs gestes, du matin au soir. Nous travaillons en binôme avec les auxiliaires de vie. Nous sommes les plus proches, les plus intimes. »
Le métier ne se limite pas aux soins corporels et à l'aide aux repas. « Les représentations qu'ont les gens des Ehpad ne sont pas forcément bonnes, poursuit Xavier Delaitre. D'où l'importance de l'immersion, car il faut accepter le vieillissement, la dépendance, les décès… »
Un bassin d'emploi dynamique mais tendu
Les conditions de travail ont également évolué, les établissements étant particulièrement attentifs à conserver leur personnel, sujet à un turn-over important. Les chiffres de France Travail sur le bassin d'emploi villeneuvois sont éloquents.
« Les filières santé, grand âge, social, handicap et petite enfance représentent 25 % des recrutements de notre zone d'emploi. Il y a à ce jour 56 offres en cours », détaille Benoît Sfiligoï, directeur de l'antenne locale de France Travail. Les recrutements ont bondi de 14 % en un an. Ces filières représentent 13 % de l'emploi salarié, réparti sur 167 établissements.
« Quand on sait que la mobilité est un frein important, il y a des opportunités à saisir », conclut-il, soulignant le potentiel de ces métiers essentiels face au vieillissement inéluctable de la population.



