PMA 2025 : explosion des demandes des femmes seules et couples de femmes
PMA 2025 : demande des femmes seules et couples de femmes explose

Alors que la natalité est en baisse en France, la demande d’aide médicale à la procréation (PMA) augmente et les dons de spermatozoïdes et d’ovocytes demeurent insuffisants, constate l’Agence de biomédecine dans son rapport de l’année 2025. Le Dr Nicolas Chevalier, gynécologue-obstétricien à la clinique Saint-Roch de Montpellier, décrypte le bilan.

Mobilisation des donneurs mais insuffisances des dons

Le Dr Nicolas Chevalier, gynécologue à la clinique Saint-Roch de Montpellier et expert de sociétés savantes sur l’aide médicale à la procréation, revient sur les données de 2025. Les naissances baissent en France, mais les demandes de PMA restent élevées, notamment en Occitanie où 700 personnes étaient en attente d’une tentative de fécondation in vitro fin 2025. En France, 8 700 personnes sont encore en attente d’un don de spermatozoïdes, même si ce chiffre baisse.

Les couples hétérosexuels sont moins nombreux à vouloir un enfant, mais ils ont de plus en plus recours à la PMA, dont l’activité reste importante et est même en hausse. “Quand on souhaite un enfant, on a plus de mal à en avoir : les maternités sont plus tardives, et les facteurs environnementaux, ou l’endométriose, font qu’il est plus difficile pour une femme de tomber enceinte”, explique le Dr Chevalier. Les délais d’attente sont trop longs, variables selon les territoires : très longs à Montpellier, moins longs à Nantes ou Nancy où ils sont inférieurs à un an.

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La levée de l’anonymat pour le don de spermatozoïdes n’a pas freiné le don. “Non, parce qu’on a une génération de nouveaux donneurs”, précise le médecin. Mais les dons restent insuffisants au regard de la demande.

Explosion des demandes des femmes seules et couples de femmes

Le Dr Chevalier est surpris par l’ampleur des demandes de PMA de la part des femmes seules et des couples de femmes. “On ne s’attendait pas à ce qu’il y ait autant de demandes, le phénomène a été complètement sous-estimé”, confie-t-il. Les délais d’attente sont très longs, et certaines femmes partent encore à l’étranger pour réaliser leur projet parental.

Les femmes se sont également emparées de la possibilité d’autoconservation de leurs ovocytes, ouverte par la révision de la loi en 2021, sans nécessité médicale. Cette activité a engorgé les centres publics d’aide médicale à la procréation, seuls habilités à la réaliser, sauf exceptions comme à Perpignan où le privé a une habilitation. “Le législateur a eu peur d’une marchandisation, alors que nous sommes soumis à la même réglementation”, déplore le Dr Chevalier. Le délai d’attente pour une autoconservation peut atteindre deux ans.

Témoignage : Clémence, 32 ans, face à l’attente

Clémence, une Montpelliéraine de 32 ans, a commencé à se pencher sur l’autoconservation d’ovocytes il y a six mois. “Mon horloge biologique avance, je suis consciente du temps qui passe, alors que je ne suis pas en couple”, explique-t-elle. Elle a d’abord pris rendez-vous dans le privé, sans savoir que la démarche n’y est pas autorisée. Après un bilan de fertilité, la médecin lui a dit qu’il fallait s’arrêter là pour laisser des créneaux aux urgences médicales.

Dans le public, ses appels sont restés sans réponse. Elle a fini par obtenir un rendez-vous à Marseille, mais a dû annuler car elle ne résidait pas dans les Bouches-du-Rhône. Finalement, elle a un rendez-vous au CHU de Montpellier en décembre 2027, soit 22 mois d’attente. “Quand on se réveille à mon âge, on est presque en retard compte tenu des délais”, s’inquiète-t-elle. Des amies sont allées au bout de la démarche en Espagne, où elle s’est elle-même installée. L’une d’elles est devenue maman sans FIV ni PMA. Clémence conserve ses gamètes comme une “assurance”, pour ne pas avoir à faire un enfant en urgence avec quelqu’un qui n’en a pas envie, et pour ne pas se pénaliser en cas d’opportunité de carrière.

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Conséquences et perspectives

Les femmes partent à l’étranger, notamment quand elles ont 35 ans et qu’on leur annonce deux ans d’attente, sachant que la limite d’âge pour l’autoconservation est de 37 ans. Paradoxalement, à l’étranger, elles peuvent engager la démarche dans le privé et l’Assurance maladie prend en partie le remboursement, jusqu’à 2 000 euros.

Le Dr Chevalier appelle à une révision de la loi. La révision des lois de bioéthique, prévue tous les cinq ans, devait avoir lieu en 2026 mais a pris du retard. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) doit rendre un rapport en septembre, mais pour la loi, il faudra attendre après la présidentielle. Sur le fond, le médecin propose d’ouvrir à tous les centres la possibilité d’autoconservation médicale de ses gamètes, d’ouvrir l’accès à la PMA post-mortem (peu de demandes), de répondre à la demande croissante des couples de femmes (don d’ovocytes par l’une, portage par l’autre), et d’élargir l’accès au diagnostic préimplantatoire pour évaluer la qualité des embryons, ce qui réduirait les transferts d’embryons, les échecs et les fausses couches.

Enfin, l’intelligence artificielle est de plus en plus utilisée pour la reconnaissance des embryons et les modèles de prédiction de réussite, mais on n’en est qu’au début.