Placebo : un livre enquête sur le mystère médical de l'effet placebo
Placebo : enquête historique et scientifique sur un mystère médical

Une opération placebo pour soigner Parkinson ?

La question semble incongrue mais elle ne l’est pas tout à fait. En 2004, des neurochirurgiens américains ont anesthésié des patients, incisé leur cuir chevelu, foré leur crâne puis refermé l’ensemble sans greffer la moindre cellule dopaminergique. Quelques mois plus tard, leurs symptômes avaient régressé autant que ceux des patients réellement opérés. Cette histoire, parmi bien d’autres, est racontée dans Placebo – Enquête historique et scientifique sur un mystère médical, un livre fleuve que viennent de publier aux Arènes Richard Monvoisin, Léo Druart et Nicolas Pinsault.

Un trio d'experts

Il leur aura fallu cinq ans de travail pour écrire ces 368 pages. Ce trio est unique : Richard Monvoisin, chercheur spécialisé en pensée critique à l’Université Grenoble-Alpes, s’associe à Léo Druart et Nicolas Pinsault, deux kinésithérapeutes-chercheurs reconnus comme experts internationaux du placebo. Le ton est donné dès la préface, fictivement signée d’Hippocrate de Cos, qui rappelle, non sans dérision, que « l’autorité, bien administrée, est un puissant excipient ».

Deux notions, une confusion

Mais qu’est-ce, au juste, que l’effet placebo ? Les auteurs distinguent deux notions que tout le monde confond. La réponse placebo – tout ce qu’on observe quand un patient va mieux après un traitement inactif. Un mélange où se côtoient l’évolution naturelle de la maladie, le simple cours du temps et l’enthousiasme du patient – et l’effet placebo proprement dit. Ce dernier, beaucoup plus modeste, désigne strictement la réaction biologique réelle déclenchée dans le cerveau par ce que le patient attend du soin.

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Le bisou magique des parents qui soulage le bobo de l’enfant en est la version la plus pure : pas de molécule, juste un geste chargé d’attentes positives. L’effet placebo agit essentiellement sur les symptômes à composante subjective : douleur (lombalgie, arthrose, douleurs neuropathiques ou postopératoires), fatigue, nausée, anxiété, troubles fonctionnels comme le syndrome du côlon irritable. Et il est amplifié par le soignant qui prescrit. Sa chaleur, son enthousiasme et ses formulations activent l’attente de bénéfice (« vous êtes entre de bonnes mains », « vous devriez sentir une nette amélioration »), nouant ainsi une alliance thérapeutique puissante. La relation soignant-patient n’est pas un décor, c’est un ingrédient thérapeutique à part entière.

Premier mythe à tomber

Les fameux 30 % d’effet placebo attribués au médecin Henry Beecher dans un article paru en 1955. Sauf que Beecher n’a jamais écrit cela. Il avait observé que 35 % des patients sous placebo voyaient leurs symptômes s’améliorer – c’est-à-dire la réponse placebo. Pas l’effet placebo.

Question éthique

Une autre révélation, plus dérangeante encore, concerne une partie de la chirurgie courante qui n’a pas d’effet supérieur à sa version simulée. Pour l’arthroscopie du genou dans l’arthrose, idem pour la chirurgie des ménisques, la vertébroplastie lombaire, la trépanation pour Parkinson. Ces interventions produisent un soulagement réel, mais via un mécanisme contextuel non spécifique. Le bistouri devient alors un rituel coûteux, dont chaque acte expose à des complications parfois graves.

Les auteurs soulèvent une épineuse question éthique : faut-il mentir au patient pour que le placebo fonctionne ? Pendant deux mille ans, la médecine était convaincue que, sans la croyance du patient en l’efficacité du traitement, il n’y avait pas d’effet possible. L’expérience prouve aujourd’hui le contraire. Une étude a montré dès 2010 que des comprimés explicitement présentés comme inertes amélioraient les symptômes du syndrome du côlon irritable. Les auteurs eux-mêmes ont conduit un essai sans ambiguïté : un placebo ouvert, à condition d’être assorti d’une explication solide, fait au moins aussi bien qu’un placebo trompeur.

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Placebos maison

En fin d’ouvrage, chaque auteur livre avec tendresse ses « placebos maison » : Richard et son adhésif sur le nombril des enfants pour les trajets en bus, Léo et son Fisherman’s Friend, Nicolas et le cataplasme de moutarde de sa grand-mère qui répétait : « Si ça pique, c’est que ça marche. » Une formule des auteurs résume tout : un traitement ne naît pas placebo, il le devient. Lisez-le.

Placebo – Enquête historique et scientifique sur un mystère médical, par Léo Druart, Nicolas Pinsault et Richard Monvoisin, éditions Les Arènes, 22 euros. Sortie le 13 mai.