Une nouvelle analyse ADN des ossements conservés à Maastricht, attribués au célèbre mousquetaire d'Artagnan, n'a pas permis de lever le mystère sur leur identité. L'étude, menée par des chercheurs de l'université de Maastricht, a comparé l'ADN mitochondrial des restes avec celui de descendants potentiels, mais les résultats restent ambigus.
Des ossements controversés depuis 2007
Les restes avaient été découverts en 2007 lors de travaux de rénovation dans une église de Maastricht. Rapidement, une légende locale les a associés à Charles de Batz de Castelmore, plus connu sous le nom de d'Artagnan, mort lors du siège de Maastricht en 1673. Depuis, leur authenticité est débattue.
L'étude ADN, publiée dans la revue Journal of Archaeological Science, a analysé des échantillons prélevés sur les ossements. Les chercheurs ont tenté de les comparer à l'ADN de deux descendants présumés, mais les profils génétiques ne correspondent que partiellement. Selon le professeur Jan van der Heiden, co-auteur de l'étude, « les correspondances sont insuffisantes pour confirmer ou infirmer l'identité. Le mystère reste entier. »
Un contexte historique complexe
D'Artagnan, immortalisé par Alexandre Dumas, a réellement existé. Il est mort à 62 ans lors du siège de Maastricht, commandé par Louis XIV. Les ossements découverts proviennent d'une tombe collective où plusieurs soldats français ont été inhumés. L'analyse anthropologique indique qu'il s'agit d'un homme âgé de 50 à 70 ans, ce qui correspond à l'âge de d'Artagnan. Cependant, aucun marqueur génétique spécifique n'a pu être isolé.
Les chercheurs ont également rencontré des difficultés techniques : l'ADN ancien est souvent dégradé, et les échantillons prélevés sur les ossements étaient de mauvaise qualité. « Nous avons dû travailler avec des fragments d'ADN très courts, ce qui limite la précision des comparaisons », explique le Dr. Sophie Lefèvre, généticienne à l'université de Liège.
Des critiques sur la méthode
Certains historiens remettent en cause la démarche elle-même. Pour l'historien Pierre de la Chapelle, spécialiste du XVIIe siècle, « attribuer des ossements à un personnage historique sur la seule base de l'ADN est risqué. Il faudrait des preuves archéologiques solides, comme une inscription ou un objet personnel. » Il rappelle que d'Artagnan n'a pas de sépulture connue, et que les récits de sa mort varient.
Le débat n'est pas près de s'éteindre. La ville de Maastricht continue d'exposer les ossements au musée de l'Histoire locale, attirant des curieux du monde entier. Une nouvelle campagne de fouilles est envisagée pour retrouver d'autres tombes de soldats français, qui pourraient fournir des éléments de comparaison.
Un impact sur le tourisme local
Malgré l'absence de certitude, l'affaire a relancé l'intérêt pour le siège de Maastricht. Le musée a enregistré une augmentation de 30 % des visites depuis l'annonce de l'étude ADN. « Les gens sont fascinés par le mystère, même si on ne peut pas trancher », observe la directrice du musée, Anna Visser.
En attendant, les ossements restent étiquetés comme « probablement d'Artagnan », une formule prudente qui laisse place à l'imagination. Les chercheurs espèrent que les progrès de la génétique permettront un jour de résoudre l'énigme. « Nous n'abandonnons pas, mais il faudra peut-être attendre de nouvelles technologies », conclut le professeur van der Heiden.



