Un Ehpad de Montpellier s'attaque au tabou de la sexualité au grand-âge
"On n'imagine pas la sexualité des parents, et encore moins des grands-parents"… cette réflexion résume le silence qui entoure souvent la vie intime des personnes âgées. À Montpellier, la Maison de retraite protestante, un Ehpad, a décidé de briser ce tabou en lançant des formations pour son personnel et ses résidents sur la sexualité au grand-âge. Cette initiative intervient alors que la Haute autorité de santé (HAS) s'est emparée de la question en mars 2026, publiant des recommandations pour accompagner la vie affective et sexuelle dans les établissements médico-sociaux.
Des formations pilotes pour lever les barrières
Il y a 18 mois, deux formations pilotes ont démarré au sein de l'Ehpad montpelliérain, sous la responsabilité de la sexologue Charlotte de Buzon. Ces sessions, d'abord destinées aux salariés, seront bientôt étendues aux résidents. La HAS souligne que ce sujet reste tabou, notamment en Ehpad, où persiste l'idée que les personnes âgées n'ont pas de sexualité. Les professionnels manquent souvent de formation et sont isolés face à des situations complexes, aggravées par la vie en collectivité.
Elsa Ballanéda, directrice de l'établissement, explique que la sexualité, comme la mort et la maladie, a toujours été une préoccupation. Elle a saisi l'opportunité de faire appel à une experte extérieure, Charlotte de Buzon, pour aborder la question différemment. "Le rapport au corps est différent, mais les résidents sont aussi dans une compétition de séduction", constate-t-elle, ajoutant que la sexualité fait partie intégrante de la vie, même si elle est contrainte par l'âge, le regard des proches ou les a priori.
Témoignages et défis au quotidien
Parmi les résidents, les avis varient. Bernard, 70 ans, célibataire, confie que sa vie sexuelle est "en berne" et ne le gêne pas. Daniel, 85 ans, veuf, évoque des aventures passées mais se dit sans envie actuelle. Cependant, la directrice rappelle des cas difficiles, comme des enfants retirant leur mère de l'établissement après une aventure, illustrant les tensions familiales possibles.
Arthur Crinot, animateur ayant suivi la formation pilote en 2024, souligne que les couples se forment rarement en Ehpad. Il a été confronté à des situations délicates, comme découvrir un couple en pleins ébats. Il plaide pour un cadre plus ouvert, suggérant même des ateliers avec des sex-toys pour libérer la parole et réduire les frustrations. "Les plaisirs de la vie sont avant tout sensuels et sexuels !", affirme-t-il.
Une approche progressive et inclusive
La formation débute par une présentation où les participants, comme Justine, ménagère de 60 ans, ou Ingrid, aide-soignante de 34 ans, sont invités à partager leur rapport au corps et au sexe. Charlotte de Buzon insiste : "On ne peut pas parler de sexualité des aînés sans parler de son rapport à la sexualité". Elle prévoit d'aborder des cas concrets, tels que les érections pendant la toilette ou les attouchements, en posant toujours la question : "Qu'est-ce qui est acceptable ou non ?"
Cette initiative de l'Ehpad de Montpellier s'inscrit dans un mouvement plus large de réflexion engagé par la HAS, visant à normaliser et accompagner la sexualité des seniors, souvent négligée dans les politiques de santé. En brisant les tabous, elle ouvre la voie à une meilleure qualité de vie pour les résidents, dans le respect de leur intimité et de leur dignité.



