Médecins du monde à Bordeaux : le prix du médicament en débat
Médecins du monde : le prix du médicament en débat à Bordeaux

Pour ses 40 ans, la délégation aquitaine de Médecins du monde organise un événement du 26 mai au 6 juin à Bordeaux. En ouverture, une conférence sur la mise en danger de l'accès aux soins en raison du prix prohibitif du médicament.

Un cheval de bataille pour Médecins du monde

Le prix prohibitif du médicament met en danger l'accès aux soins, accentuant une médecine à deux vitesses entre ceux qui peuvent payer et les autres. Pour célébrer son anniversaire, la délégation aquitaine de l'association humanitaire s'est mobilisée pour mettre au point un événement à la fois festif et réflexif. Une première conférence est prévue le 26 mai à Bordeaux avec cette question : « Qui décide du prix du médicament ? L'accès aux soins sous pression. »

Parmi les intervenants, Gaëlle Krikorian, sociologue spécialisée sur la question du médicament face aux droits des minorités, autrice de l'ouvrage « Big bad pharma, ça suffit » (Ed. Eyrolles) qui alerte le grand public sur les enjeux de l'économie du médicament. Ses propos, associés à ceux du professeur Bernard Bégaud, pharmacologue bordelais, auteur d'un livre publié en 2020 « La France malade du médicament » (Ed. L'Observatoire), décryptent une situation jugée inquiétante.

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« Une dérive incontrôlée »

En préambule, Gaëlle Krikorian rappelle ce fait : « En 2025, le LEEM, syndicat de l'industrie pharmaceutique en France, a déclaré que la spirale du déclassement sanitaire de notre pays était enclenchée et sollicitait l'organisation des États généraux du médicament afin de remettre à plat la politique nationale sur cette question... En vain. Le constat est alarmant, on constate une dérive incontrôlée sur l'augmentation des prix qui se traduit par un rationnement auprès des personnes qui en ont le plus besoin. Le fait que les malades n'ont pas accès à ces produits met en danger l'accès aux soins. »

L'état des lieux émis par le professeur Bernard Bégaud n'est pas plus brillant : « On va dans le mur ! commence-t-il. La France est le pays qui consacre la partie la plus importante de son PIB aux dépenses de santé et on ne pourra pas augmenter davantage ces dépenses. Si le prix des médicaments continue de progresser, il faudra bien compenser en retirant d'autres dépenses en santé, réduire certaines prises en charge notamment, arrêter de rembourser des soins pourtant utiles, réduire le remboursement de l'hospitalisation, etc. »

« Le secret des affaires est un verrou inacceptable »

Le scandale des pénuries de médicaments qui monte depuis une dizaine d'années génère de gros problèmes sanitaires en France. La crise s'est aggravée en 2025 et concerne non seulement des médicaments spécialisés en psychiatrie et en oncologie mais également des molécules courantes. À l'origine de ces pénuries, l'économie et la délocalisation. « Il faut changer la façon de négocier avec les industriels, s'insurge Gaëlle Krikorian. La manière dont les prix sont imposés est opaque, quasi mafieuse, s'appuyant sur le fameux secret des affaires qui est un verrou inacceptable parce que c'est l'intérêt général qui devrait primer. Les gros laboratoires qui entretiennent cette notion de secret argumentent sur le fait qu'ainsi, ils peuvent favoriser tel ou tel pays, en baissant les prix, au détriment d'autres. Quelle drôle d'idée : on parle de médicaments qui soignent les gens. Partout. »

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Deux catégories de remèdes

Bernard Bégaud explique qu'il existe deux catégories de remèdes : les médicaments matures, qui ont fait leurs preuves et font partie des indispensables dans l'armoire à pharmacie des familles, soignant les fièvres, les angines, le diabète, l'hypertension. Et les médicaments innovants, issus des biotechnologies. « Les premiers sont souvent ce que l'on qualifie de médicaments de première intention, souvent ce qu'il y a de plus efficace. Ils ne sont pas chers, voire anormalement peu chers, puisqu'un traitement d'un mois peut revenir entre 3 et 5 euros, coût pharmacie, commente-t-il. Déjà, c'est anormal, on a contraint les industries pharmaceutiques à baisser ces prix jusqu'à arriver à un phénomène grave : ces remèdes ne sont plus rentables pour l'industriel donc il ne peut plus les fabriquer en Europe sous peine de perdre de l'argent. D'où la délocalisation en Asie, notamment en Inde, avec toutes les conséquences que l'on subit aujourd'hui. »

Un système « opaque »

Même constat pour les deux spécialistes qui interrogent les nouveaux médicaments, leurs prix au regard de l'intérêt général. Alors que Gaëlle Krikorian dénonce l'opacité du système, l'argent public « injecté dans la recherche », le professeur Bégaud rappelle que les molécules innovantes, plébiscitées par nos gouvernements successifs, sont « anormalement chères, alors même qu'elles sont positionnées sur des maladies très rares et parfois sur des créneaux occupés par ces fameux médicaments matures qui faisaient parfaitement l'affaire. » Il évoque le cas de traitements anticoagulants qui ne coûtaient rien, étaient efficaces, au profit de nouveaux anticoagulants oraux (NACO), puis au profit d'innovations technologiques multipliant ainsi les coûts par plus de dix. « Ces innovations ne sont intéressantes que pour un petit nombre de malades qui présentent des risques très particuliers. On voit exploser des factures, poussées par les biotechnologies, et on ne pourra bientôt plus payer. Ce sera une impasse. »

Quid des progrès en cancérologie ?

Interrogé sur les progrès médicamenteux en cancérologie et les prix parfois inaccessibles des nouveaux traitements, Bernard Bégaud indique : « Les progrès sont énormes certes, pour autant, il ne faut pas se faire enfermer dans un système : certains traitements vont prolonger la vie de quinze jours, peut-on les payer 100 000 euros ? Il faut raison garder. Globalement, on voit bien que la fixation des prix est décorrélée du coût de fabrication. Tout ça est basé sur un pari : qu'est-ce que ce produit peut rapporter au système de santé en termes d'économies ? »

Les deux spécialistes du médicament, l'un pharmacologue et l'autre sociologue, tombent d'accord sur une remise à plat d'un système qu'ils jugent « opaque ». « Les négociations sur le prix des médicaments devraient être réalisées en transparence, dans l'intérêt collectif, en connaissant la réalité des coûts », concluent-ils.

La conférence aura lieu le mardi 26 mai de 19 h 30 à 21 h 30 à la halle des douves à Bordeaux. Le programme complet est à retrouver prochainement sur le site de Médecins du monde de Bordeaux.