Une crise profonde frappe la médecine rurale dans les Landes et les départements voisins
Le docteur Jean-François Guille, médecin généraliste installé à Gabarret dans les Landes depuis juillet 1992, s'apprête à prendre sa retraite dans un peu plus d'un an. Une situation alarmante, car aucun remplaçant n'est en vue, un scénario qui se répète dans les communes avoisinantes du Lot-et-Garonne et du Gers, plongeant tout un secteur dans une sinistrose médicale.
Un désert médical qui s'étend inexorablement
Le Dr Guille exerce au sein d'une maison de santé pluridisciplinaire, aux côtés de deux autres médecins, un dentiste, un podologue, quatre infirmières et un orthophoniste. Ensemble, ils suivent une file active de 1 700 patients, cumulant près de 4 000 consultations avec leurs confrères, incluant des habitants de Gabarret et des villages environnants. Malgré des annonces diffusées partout, aucun candidat ne se présente, et depuis quinze ans, plus de trente internes en médecine générale formés sur place ont refusé de s'installer.
En 2027, deux des trois médecins de la maison de santé partiront, aggravant une situation déjà critique. Le secteur est désormais classé en zone d'intervention prioritaire (ZIP) par l'Agence régionale de santé (ARS), un statut qui reflète un accès aux soins gravement déficient. Pour tenter d'attirer de nouveaux praticiens, des aides financières substantielles sont proposées : 80 000 euros sur deux ans, une exonération d'impôts pendant cinq ans, et un soutien supplémentaire de la communauté des communes.
Une hémorragie médicale imminente
La réalité des effectifs est préoccupante. Dans les deux prochaines années, sept médecins au total prendront leur retraite dans la région, notamment à Sos en Lot-et-Garonne, à Éauze dans le Gers, et à Saint-Justin dans les Landes. Déjà, les cabinets de Gabarret absorbent un afflux de patients de ces communes, signalant des reports de soins qui alourdissent la charge de travail. « D'ici deux ans, la situation va être très très compliquée », alerte le Dr Guille, soulignant que le problème touche aussi les spécialistes, avec des délais de rendez-vous qui s'allongent dangereusement.
Le manque d'attractivité, un frein majeur
Pourquoi aucun jeune médecin ne souhaite-t-il s'installer, malgré les incitations financières ? Le Dr Guille pointe un manque d'attractivité criant. La région, bien que dotée d'écoles jusqu'au collège, reste isolée, avec un lycée nécessitant l'internat à Mont-de-Marsan. Les conjoints peinent à trouver du travail, et les aspirations professionnelles ont évolué. « On a changé de génération », explique-t-il, rappelant qu'à son installation, il travaillait jusqu'à 120 heures par semaine, disponible nuit et jour, tandis que son épouse gérait le secrétariat et élevait leurs trois enfants.
Aujourd'hui, les jeunes médecins privilégient le salariat, une limitation du temps de travail à quarante heures hebdomadaires, et une vie personnelle épanouie en dehors du métier. La moyenne d'âge des praticiens locaux dépasse 55 ans, accentuant l'urgence de cette crise. Cette désaffection pour la médecine rurale menace directement l'accès aux soins pour des milliers d'habitants, faisant de cette zone un symbole des déserts médicaux qui se multiplient en France.



