Ultra-trail : Marmissolle brise le tabou du syndrome RED-S et des troubles alimentaires
Marmissolle brise le tabou du RED-S et des troubles alimentaires

Benat Marmissolle dénonce huit années de souffrance

Le coureur d'ultra-trail Benat Marmissolle, vainqueur de la Diagonale des Fous en 2022, brise le silence sur les troubles alimentaires et le syndrome RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport) qui ont marqué sa carrière. Dans un entretien accordé à Midi Libre, l'athlète basque de 45 ans raconte comment son entraîneur l'a poussé à adopter un régime cétogène destructeur, le privant de glucides pour atteindre une silhouette jugée idéale. Cette quête de minceur extrême a engendré des crises d'hyperphagie boulimique et un déficit énergétique chronique, le plongeant dans une dépression sévère.

Un engrenage destructeur dès 2018

En 2018, Marmissolle rencontre celui qui deviendra son entraîneur pendant trois ans. Ce dernier lui impose immédiatement un régime cétogène, visant à priver l'organisme de glucides pour puiser dans les réserves lipidiques. L'objectif affiché : atteindre la silhouette idéale du traileur de haut niveau en perdant du poids rapidement. Le sportif amateur, prêt à quelques sacrifices pour devenir professionnel, se plie à ce régime, évitant les repas familiaux et les fêtes. Les premiers résultats sont encourageants, mais rapidement apparaissent fatigue, irritabilité et troubles du sommeil, qu'il ignore.

Les premières crises d'hyperphagie boulimique

Quelques mois plus tard, Marmissolle subit sa première crise d'hyperphagie boulimique, ingérant de grandes quantités de nourriture et prenant quatre kilos en quelques jours. « Sauf que j'ai une course qui arrive, donc je me mets à la diète totale et je fais un tiers du parcours, à l'agonie », confie-t-il. Son entraîneur le traite alors de « faible », ce qui l'enfonce davantage. Les crises se répètent tous les deux mois, avec des épisodes durant parfois quatre semaines. « Je prenais 12 kilos en dix jours, c'était abominable », ajoute-t-il.

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Une dépression et une hospitalisation en 2020

En 2020, en pleine dépression, Marmissolle passe douze jours en clinique. Seuls ses parents sont au courant, et il leur fait promettre le secret. À sa sortie, les crises s'intensifient, survenant tous les quinze jours. « Combien de fois j'ai dû annuler des choses, mentir », souffle-t-il. Sa victoire à la Diagonale des Fous en 2022 est qualifiée de « miracle » sans « aucune gloire », car elle survient après une crise et une diète sévère de cinq à six jours sans féculents.

L'échec à l'UTMB 2023 et le diagnostic de RED-S

En 2023, avant l'Ultra Trail du Mont-Blanc (UTMB), Marmissolle ne s'arrête plus de manger. « Au bout de 20 kilomètres, je suis en surrégime, j'ai envie de vomir, le ventre explosé », raconte-t-il. Il abandonne au 80e kilomètre, souffrant de lésions musculaires et rénales. Il frôle l'arrêt de sa carrière. Après de multiples consultations, il rencontre le chirurgien Gilles Reboul, qui évoque le syndrome de déficit énergétique (RED-S). « Personne n'avait évoqué le RED-S, alors que ça faisait des années que j'appelais au secours », regrette l'athlète.

Un suivi pluridisciplinaire et un retour progressif

Aujourd'hui, Marmissolle est suivi par le médecin du sommeil Pierre Broussin et le docteur en psychologie Pierrick Laulan, chercheur à l'université de Lausanne. Ce dernier explique : « Le déclencheur a été ce régime cétogène qui a coupé le carburant, entraîné un contrôle très rigide de l'alimentation, en parallèle de volumes d'entraînement très intenses. Il était complètement vidé, c'est ça le RED-S. » La discipline valorise la souffrance et l'extrême, ce qui est problématique selon lui. Marmissolle a accepté de reprendre du poids et se sent « une nouvelle personne » depuis septembre. Vainqueur en mai de l'Ultra-trail Snowdonia (163 km, 9 200 m de dénivelé), il prendra le départ de l'UTMB fin août. « Si je ne suis pas totalement sauvé, aujourd'hui j'ai trouvé tous les outils pour m'en sortir », conclut-il.

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