Lutte contre la processionnaire du pin : pièges à phéromones et mésanges
Lutte contre la processionnaire du pin : pièges et mésanges

Chaque année, la processionnaire du pin provoque son lot de réactions allergiques. Au printemps, c'est contre l'insecte au stade de papillon que la Communauté de communes du Bassin de Marennes bataille. Ne dérangez pas Pascal Forgit, il est juché en haut de son échelle. À trois mètres d'altitude, l'agent technique de la Communauté de communes du Bassin de Marennes fixe des équerres métalliques pour y suspendre des pièges à papillon thaumetopoea pityocampa, plus connu sous le vocable de processionnaire du pin.

C'est en ce moment que ça se passe. À cette période où ce papillon dépourvu d'atours particuliers – il est gris et doté de deux bandes sombres sur les ailes – s'en va batifoler à la recherche d'une compagne. Imbibé de phéromones, le petit récipient de plastique aimante les mâles qui ne peuvent plus en ressortir et y passent de vie à trépas. « C'est un procédé ultra-sélectif, seuls les mâles de la processionnaire sont attirés. Un mâle en moins, ce sont des fécondations en moins et donc des pontes en moins », justifie Cyril Vanderbach, le responsable des services techniques de l'établissement public.

Un fléau en expansion

L'enjeu n'est pas mince. S'il fait moins parler que d'autres bestioles comme le frelon asiatique ou le moustique tigre, l'insecte historiquement originaire du pourtour méditerranéen ne cesse de commettre des dégâts. De 2012 à 2019, 1 300 cas de réactions allergiques ont été signalés aux centres anti-poison en France, ce qui augure un nombre bien plus important de personnes touchées. Les animaux domestiques, tels que chats, chevaux et surtout chiens sont aussi des victimes potentielles de la processionnaire et de ses soies urticantes. Chez le chien, un contact peut occasionner des lésions oculaires graves et une nécrose de la langue, voire la mort.

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Le problème est d'autant plus sérieux que la processionnaire grignote vers le nord à la faveur du réchauffement climatique. En France métropolitaine, seule une poignée de départements du Nord et de l'Est est à ce jour épargnée par le fléau. Depuis un décret daté de 2022, la processionnaire figure dans la liste des espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine.

Intervention ciblée dans un centre de loisirs

À Marennes-Hiers-Brouage, l'endroit de l'intervention n'est pas choisi au hasard. C'est dans l'enceinte du centre de loisirs Le Château des enfants, à deux pas de la plage de la commune, que le duo officie. On y dénombre sept pins maritimes, l'une des essences les plus exposées à l'infestation. Le danger pour les enfants est écarté à cette époque de l'année. C'est au stade de la chenille, à la fin de l'hiver, que l'animal est doté de poils urticants et allergènes. Il quitte alors les cocons cotonneux que l'on aperçoit dans le houppier des pins et descend en procession le long des troncs pour s'enterrer non loin et se transformer en chrysalide, puis en papillon. D'où son nom et la curiosité aux conséquences cruelles qu'il suscite, en particulier chez les enfants.

Suivre le cycle des saisons

En Charente-Maritime comme ailleurs en France, la délégation départementale du réseau Fredon centralise le savoir, les bonnes pratiques et l'équipement contre le nuisible. « La lutte doit impérativement suivre le cycle des saisons. Les particuliers disposent des pièges pour les chenilles à leur descente de l'arbre. Mais ils négligent très fréquemment le stade actuel, la période d'accouplement des papillons », déplore Laurent Lay, son directeur. Il convient également d'intervenir au début de l'automne, quand les larves de processionnaire sont fixées aux aiguilles des pins. « On pulvérise du bacille de Thuringe, une bactérie insecticide complètement naturelle. On a eu 93 % de réussite cette année », ajoute-t-il.

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À Marennes-Hiers-Brouage, Cyril Vanderbach et Pascal Forgit respectent scrupuleusement le protocole complet, à ceci près que la majorité des pins cinquantenaires du centre de loisirs s'avèrent trop hauts pour être pulvérisés à l'automne. Le problème est ailleurs. Tout autour. « On ne peut traiter que les pins dans l'espace public, ici à Marennes au centre de loisirs et au dojo, et en bordure de la zone du Riveau à Bourcefranc. Mais regardez les pins chez les particuliers. Si ceux-ci ne sont pas sensibilisés à l'utilité de la lutte, on diminue forcément son efficacité. Il y a des résidences secondaires dans le lot. Quand les chenilles descendent, il n'y a souvent personne », décrit le responsable.

Le froid insuffisant, les prédateurs naturels en renfort

Contaminée depuis des décennies, la Charente-Maritime est surtout concernée là où les pins maritimes sont légion, dans la presqu'île d'Arvert comme en Haute-Saintonge. Il n'y a aucune chance que l'évolution du climat atténue le fléau, bien au contraire. Avec les épisodes de canicule, les pontes ont tendance à avancer dans le calendrier, comme les descentes des arbres. Et les pics de froid sont trop modérés désormais pour entraver la prolifération. « La dernière vraie vague de froid remonte à février 2012. Cet hiver, on a observé des processions à Royan dans la semaine qui a suivi le gel et la neige en janvier », indique Laurent Lay.

Face à cette menace, le meilleur allié des hommes niche au sein du monde animal. La mésange (bleue, huppée et charbonnière) peut dévorer des quantités gargantuesques de chenilles. D'où l'importance des nichoirs, dont le centre de loisirs de Marennes s'est doté. Un autre oiseau, la huppe fasciée, préfère jeter son dévolu sur les chrysalides. Quant aux chauves-souris, elles boulottent les papillons. Ironie de la classification très décriée des animaux « nuisibles » – selon les desiderata humains – le renard roux, lui-même « nuisible », ne dédaignerait pas une dégustation de processionnaire du pin.

Le réseau Fredon en appui

Établie dans les locaux de la Chambre d'agriculture, à La Rochelle, la Fredon Charente-Maritime est un réseau qui coordonne la lutte contre des animaux considérés comme nuisibles. La processionnaire du pin fait partie des priorités de santé publique, mais l'organisme s'attaque aussi au frelon asiatique, aux rongeurs aquatiques comme le ragondin et le rat musqué, aux rongeurs commensaux de l'homme comme le rat et la souris, au pigeon des villes, à la taupe, aux corvidés, etc. La Fredon 17 vient en appui des communes comme des particuliers, à condition que leur commune soit adhérente du réseau.