Un ex-dentiste de Lozère jugé pour mutilations et escroqueries
Lozère : procès d'un dentiste pour mutilations dentaires

« C’est pas de la chirurgie, ça, c’est de la boucherie charcuterie ! » Au tribunal correctionnel de Mende, la colère des anciens patients du dentiste José Pereira Mendes est palpable. Ce mercredi 6 mai, l’audience a basculé dans l’horreur lorsque les premières victimes de cet ancien praticien, qui a exercé entre 2018 et 2021 à Badaroux, près de Mende, sont venues témoigner.

Des témoignages accablants

Mohamed, 41 ans, avait consulté pour un simple abcès dentaire. « Je suis sur le siège, il m’arrache les dents, je vois le visage de l’assistante qui a l’air prise de nausées, et qui détourne la tête devant le carnage et lui qui me sort ma canine après avoir tiré de toutes ses forces, et me la montre avec un grand sourire », raconte-t-il. Résultat : onze dents arrachées et onze implants posés en deux interventions, pour un coût de plus de 11 000 euros, avec un reste à charge de plus de 7 000 euros. « J’ai un implant directement posé sur le palais, je mange avec des vis qui sortent de mes gencives. On m’a retiré toute une part de ma dignité qu’on ne pourra jamais me rendre », ajoute-t-il.

Jean-Claude, 66 ans, se souvient : « À l’époque, je l’appelais docteur, mais c’est pas de la chirurgie, ça, c’est de la boucherie-charcuterie. Il m’a posé 16 implants dans la même journée, de cinq heures à neuf heures du soir. Je vous dis pas la souffrance. J’ai contacté d’autres chirurgiens-dentistes, aucun ne veut reprendre la suite de ce chantier. Les implants sont dispersés un peu partout, ce n’est pas rattrapable. » Depuis, il ne peut manger qu’avec une prothèse esthétique. « Quand on m’invite au restaurant, je trouve une excuse pour ne pas y aller. On s’est laissés embarquer par sa gentillesse, mais c’est une catastrophe. »

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Des victimes nombreuses et traumatisées

Au total, une cinquantaine de personnes se sont constituées partie civile. L’ancien dentiste, arrêté en janvier 2021 et radié en 2022, encourt jusqu’à dix ans de prison pour « violences ayant entraîné une mutilation, escroquerie et blanchiment ». Christophe, 54 ans, raconte : « Il m’a arraché sept dents et il m’a mis sept implants dans la bouche le même jour. Ce sont des vis qui vont dans l’os de la mâchoire. Une semaine après, il m’a mis un appareil provisoire, et quand je suis revenu, il y avait les scellés sur la porte. Depuis, je suis sans dent. Je n’ai rien, je suis sur gencives et bouts de ferraille. » Cuisinier de profession, il ne peut plus croquer un saucisson ou un burger. « J’ai honte, je ne rigole plus à grande bouche comme avant. »

Amal, à qui le dentiste a arraché « toutes les dents du haut en deux séances », a dû emprunter 22 000 euros à des amis pour se faire soigner au Liban. Jean-Yves, 76 ans, a erré de Béziers à Montpellier, Marseille et Clermont-Ferrand avant d’être opéré sous anesthésie générale, pour un coût de 22 000 euros.

Le prévenu dans le déni

Face à ces témoignages, José Pereira Mendes, maigre, chancelant, au visage émacié, tient des propos lunaires. Interrogé sur les dents saines arrachées par dizaines, il compare : « Quand on dit euthanasie, vous comprenez ce que je dis ? Là c’est pareil, on enlève une ou deux dents, pour faire un bridge d’un côté à l’autre, et ça donne une nouvelle vie au patient. » Le président s’agace : « Mais c’est irréversible ! Il faut nous expliquer ! » Le prévenu répond : « Je l’ai fait en accord avec les enseignements que j’ai appris au Brésil. »

Pressé, il finit par concéder : « Je peux avoir un cas ou deux où j’ai fait une erreur et j’enlève des dents. Je continue à voir dans ma tête que 80 % des soins que j’ai faits sont bien faits. » Il se vante d’avoir été « le meilleur dentiste de la Lozère », affirmant avoir soigné des gens très riches comme des pauvres, et travaillé avec la police judiciaire à Porto. Une magistrate lui rappelle le cas d’un patient à qui il a enlevé toutes les dents du bas sans solution de remplacement. « Pendant trois mois, il a mangé comment, ce monsieur ? » « Comme son dentiste », répond-il en riant, affichant un grand sourire édenté. « Moi non plus, je n’ai plus de dents en bas depuis un mois », ajoute-t-il avant de reconnaître : « C’est difficile. »

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