Véronique Revert : de l'infirmière à l'hypnothérapeute, un pont entre médecine et inconscient
Rien ne semblait prédestiner Véronique Revert à l'hypnose, du moins en apparence. Formée comme infirmière, elle a débuté sa carrière dans des services parmi les plus techniques et cartésiens : le bloc opératoire, la réanimation, puis l'exercice en libéral. Un quotidien rythmé par les protocoles, les gestes précis, l'urgence parfois. Une médecine du concret et du mesurable, loin des représentations souvent floues ou spectaculaires associées à l'hypnose.
Aujourd'hui, elle travaille toujours en tant qu'infirmière assistante de médecins ophtalmologistes spécialisés dans la DMLA, gardant un pied solide dans le monde médical. C'est en 2014 qu'un premier déclic survient : un médecin avec lequel elle collabore, marqué par un burn-out dont il est sorti grâce à la méditation de pleine conscience, lui suggère de s'intéresser à l'hypnose.
Une révélation fondatrice
Curieuse mais encore sceptique, Véronique accepte à une condition : suivre une formation rigoureuse, encadrée par un médecin formateur. Elle intègre donc l'AFEHM, une association d'hypnose destinée aux infirmiers et professionnels de santé. Là, elle vit une expérience fondatrice : son formateur parvient à lui anesthésier le bras uniquement par l'hypnose, grâce à une technique d'hypnoanalgésie.
Pour cette soignante habituée aux anesthésiques et aux preuves cliniques, l'effet est saisissant. Elle commence alors à s'intéresser sérieusement au cerveau, aux neurosciences et à ce qui se joue réellement dans l'hypnose.
Un parcours de formation approfondi
Ce premier pas ouvre une nouvelle voie. Véronique se forme à l'hypnose médicale à l'IFH, notamment à l'hypnoanalgésie utilisée pour soulager la douleur, une spécialisation qui a nécessité deux années de formation. Mais elle sent qu'elle peut encore approfondir.
Elle poursuit alors son apprentissage dans d'autres écoles, enrichissant sa pratique avec la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), une approche qui permet de comprendre et de modifier les schémas automatiques entre pensées, émotions et comportements. Elle est désormais maître praticienne en PNL.
L'intégration d'un traumatisme personnel
Son parcours personnel joue également un rôle déterminant. Véronique a été personnellement marquée par les attentats de novembre 2015, un événement traumatique qui a durablement bouleversé sa vie. Plutôt que de tenir cette épreuve à distance, elle choisit de l'intégrer à son chemin et se forme alors à l'EMDR.
Cette méthode permet au cerveau de retraiter les souvenirs traumatiques restés bloqués grâce à des stimulations alternées (mouvements des yeux, sons ou tapotements). Elle réactive le mécanisme naturel de traitement de l'information, permettant ainsi d'apaiser l'événement, de l'intégrer comme un souvenir du passé tout en diminuant progressivement la charge émotionnelle qui y était associée.
La création d'un cabinet dédié
Après avoir acquis toutes ces compétences, une évidence s'impose peu à peu : il est temps de créer un lieu dédié à l'accompagnement qu'elle propose. En 2017, elle ouvre son cabinet à Montmartre sous le nom Hypnose Montmartre.
D'abord dans un espace intimiste, puis, depuis 2026, dans un nouveau cabinet, Montmartre Espace Santé, plus adapté au confort des patients et capable d'accueillir d'autres thérapeutes pour favoriser une approche pluridisciplinaire.
L'hypnose comme outil de déblocage
Les personnes qui poussent la porte de son cabinet arrivent souvent en dernier recours. Elles viennent avec un symptôme : douleurs chroniques, céphalées, phobies, insomnies, addictions, difficultés professionnelles, traumatismes… Autant de manifestations visibles d'un blocage plus profond.
Pour Véronique, le symptôme n'est pas le problème, mais le signal. Son rôle est de soulager, sans médicaments, en allant explorer l'inconscient. Elle aime rappeler que nous fonctionnons en grande partie de manière inconsciente.
L'hypnose permet justement d'accéder à cet espace, là où se nichent les automatismes, les mémoires émotionnelles, parfois les blessures anciennes. Contrairement aux idées reçues, l'hypnose n'est pas un sommeil profond : c'est un état de conscience modifiée, proche de celui que l'on connaît en lisant un livre ou en regardant un film.
Le fonctionnement des séances
Lors des séances, Véronique utilise notamment l'hypnose conversationnelle pour stimuler intensément la partie cartésienne du cerveau, correspondant à l'hémisphère gauche, pour le détourner de la douleur et des pensées paralysantes. Le cerveau qui prend les décisions pour nous devient alors accessible.
C'est comme si une porte longtemps fermée s'ouvrait, offrant un accès aux ressources internes. Beaucoup de personnes pensent que l'hypnose ne fonctionne pas sur elles. Mais, en réalité, tout le monde est réceptif à l'hypnose, même les personnes très cartésiennes ou en quête de contrôle.
L'accompagnement qu'elle propose se déroule en plusieurs étapes :
- Un premier rendez-vous pour comprendre le symptôme
- L'élaboration d'un plan personnalisé (hypnose, PNL, EMDR)
- Des séances régulières, en moyenne cinq
- Un bilan pour observer les changements
Une vision intégrative de la santé
Véronique Revert se définit comme une passerelle. Entre médecine et thérapies brèves, entre soin et prévention, entre corps et esprit. Pour elle, l'hypnose ne s'oppose pas à la médecine : elle la complète.
Par son métier d'infirmière, elle connaît de l'intérieur le fonctionnement du système de soins, ses forces, mais aussi ses limites. Elle sait combien certains patients, malgré un suivi médical rigoureux, restent en souffrance.
Par exemple, elle s'intéresse de près à l'accompagnement des personnes en parcours de PMA. C'est souvent dans ces moments-là que l'hypnose trouve sa place. Non pas pour remplacer un traitement ou poser un diagnostic, mais pour agir sur ce que la médecine ne peut pas toujours atteindre : l'inconscient, la mémoire émotionnelle, le vécu subjectif de la douleur ou du traumatisme.
Vers une collaboration médecine-hypnose
L'hypnose permet alors au patient de mobiliser ses propres ressources, de retrouver une forme de pouvoir d'agir et de participer activement à son mieux-être. Elle rêve donc d'un monde où l'hypnose travaillerait main dans la main avec le parcours médical, à travers une collaboration plus naturelle, plus fluide, moins marquée par la méfiance ou la rupture.
Avec son ancrage médical, son expérience du traumatisme et sa vision profondément humaine du soin, elle revendique cette différence qui fait la différence. Une pratique incarnée, au service d'une santé plus consciente.
Une santé qui ne se limite pas à faire disparaître un symptôme, mais qui prend en compte l'histoire de vie, les émotions, les chocs traversés. Une santé plus humaine, où science et écoute, protocole et relation, avancent ensemble.



