L'Institut Thomas More, think tank proche de la droite, a publié un rapport accablant sur la gestion des hôpitaux publics, accusant le gouvernement de mauvaise gestion et de gaspillage. Cependant, plusieurs experts et professionnels de santé estiment que ce rapport repose sur des données biaisées et des interprétations erronées.
Des accusations controversées
Le rapport intitulé « Hôpital : le grand gâchis » affirme que les dépenses hospitalières ont augmenté de 3,5 % par an entre 2010 et 2019, sans amélioration notable des services. Selon l'Institut, cela serait dû à une bureaucratie excessive et à un manque de réformes structurelles. Mais pour le Dr. Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, ces chiffres masquent la réalité : « L'augmentation des dépenses est en grande partie liée à la hausse des coûts des technologies médicales et des médicaments, pas à du gaspillage. »
Des données contestées
L'Institut Thomas More s'appuie sur des données de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques) pour étayer ses propos. Cependant, une analyse plus fine montre que le nombre de lits d'hôpitaux a diminué de 10 % sur la même période, tandis que le nombre de patients a augmenté de 15 %. « C'est une simplification abusive de dire que l'argent est mal dépensé », explique le professeur Didier Houssin, ancien directeur de l'Agence régionale de santé. « La réalité est que l'hôpital doit faire face à des défis démographiques et épidémiologiques majeurs. »
Un procès idéologique
Pour de nombreux observateurs, ce rapport est avant tout un outil politique visant à déstabiliser le gouvernement. « L'Institut Thomas More a une ligne éditoriale très marquée, favorable à la privatisation du système de santé », souligne le sociologue Michel Castra. « Leur critique de l'hôpital public est un cheval de bataille idéologique, pas une analyse objective. »
Le ministère de la Santé a réagi en rappelant les investissements massifs dans le plan « Ségur de la santé » (19 milliards d'euros) et les revalorisations salariales des soignants. « Nous sommes conscients des difficultés, mais nous agissons concrètement », a déclaré un porte-parole.
Un dialogue nécessaire
Malgré les polémiques, le rapport a le mérite de relancer le débat sur la gestion hospitalière. « Il faut reconnaître qu'il y a des marges de progression, notamment en matière de gestion des ressources humaines et d'organisation des soins », admet le Dr. Hamon. « Mais pointer du doigt sans proposer de solutions constructives ne fait pas avancer les choses. »
L'Institut Thomas More, de son côté, maintient ses positions et appelle à une « refonte en profondeur » du système hospitalier. Une position qui divise, mais qui alimente la réflexion nécessaire sur l'avenir de l'hôpital public.



