Traque de l'hantavirus en Terre de Feu : des scientifiques à Ushuaïa
Hantavirus : traque des rongeurs à Ushuaïa

Des scientifiques sont arrivés à Ushuaïa pour tenter de déterminer si la souche « Andes » de l'hantavirus est présente parmi les rongeurs de l'île. Cette mission intervient après qu'un foyer d'infection à bord du navire de croisière Hondius a causé trois décès début mai, suscitant une alarme mondiale.

Une mission cruciale pour la sécurité sanitaire

Des biologistes venus de Buenos Aires ont commencé à disséminer des pièges en divers points de l'île australe, a constaté l'AFP. L'objectif est d'analyser si les rongeurs capturés sont porteurs de la souche « Andes » du virus, transmissible d'humain à humain. Ce virus est officiellement absent de Terre de Feu, contrairement aux provinces andines plus au nord comme Rio Negro ou Chubut, situées à 1 500 km.

La mission est devenue cruciale depuis qu'un foyer d'infection à bord du Hondius a causé une alerte mondiale. Le « patient zéro », un Néerlandais, avait séjourné 48 heures à Ushuaïa avant d'embarquer.

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Des pièges installés dans des zones clés

Des journalistes de l'AFP ont observé à la tombée de la nuit des biologistes et du personnel des Parcs nationaux, portant gants et masques, installer des dizaines de petites cages métalliques rectangulaires sur des sentiers à l'extérieur d'Ushuaïa. D'autres pièges ont été disposés dans le Parc national de la Terre de Feu, 70 000 hectares de forêt, lacs et montagnes à 15 km d'Ushuaïa. Jusqu'à 150 pièges au total devaient être placés, selon une source sanitaire locale.

La cible est un rongeur objet d'un débat scientifique : il pourrait s'agir du « raton colilargo », le rat à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus), ou d'une sous-espèce, le colilargo dit de Magellan (Oligoryzomys magellanicus). « Pour certains, il s'agit de la même espèce, pour d'autres d'une sous-espèce, mais l'important est d'analyser si l'un d'eux est infecté par l'hantavirus », explique Juan Petrina, responsable des services d'épidémiologie de la province.

Un rongeur discret et nocturne

Le colilargo est un rongeur menu de 6 à 8 centimètres, mais dont la queue peut atteindre 15 cm. Il vit dans des écosystèmes boisés, de buissons, nichant dans des cavités de troncs, avec des habitudes nocturnes et un régime de fruits et graines. Les pièges sont donc disposés de nuit et relevés au matin.

Une fois les rongeurs capturés, des échantillons de sang et de tissus seront prélevés dans « un centre de traitement aménagé selon des normes strictes de biosécurité », a expliqué le ministère national de la Santé dans un communiqué. Les résultats devraient être connus sous quatre semaines.

Les autorités locales rejettent l'hypothèse d'une infection locale

Depuis 15 jours, les autorités de Terre de Feu se battent contre le soupçon selon lequel l'infection du Hondius a été contractée là. La province martèle qu'elle n'a pas eu de cas d'hantavirus depuis que sa notification est obligatoire, il y a 30 ans, ni avant de mémoire de scientifiques locaux.

Ceux-ci accueillent favorablement la mission du Malbran, institut de référence en infectiologie, pour « évaluer avec plus de certitude la dangerosité potentielle des rongeurs » locaux, selon Guillermo DeFerrari, biologiste du Centre austral d'investigations scientifiques (CADIC). Pour son collègue Sebastian Poljak, expert en mammifères locaux, elle doit permettre « d'éradiquer définitivement l'idée qu'il y a de l'hantavirus ici ». Il rappelle qu'« aucun antécédent » n'existe et souligne que la Terre de Feu est un archipel séparé du continent par « le détroit de Magellan, soit une grande barrière géographique pour les espèces ».

Les scientifiques penchent plutôt pour le scénario d'une infection du patient zéro dans une autre région : le couple néerlandais avait sillonné l'Argentine quatre mois, avec des incursions au Chili et en Uruguay, où l'hantavirus est présent.

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Un enjeu touristique majeur

Les autorités locales prient pour que la mission du Malbran raye définitivement l'hypothèse d'une infection locale et rassure le tourisme. En ce début d'hiver, Ushuaïa vit au ralenti, mais les croisières (de septembre à avril) drainent jusqu'à 200 000 visiteurs par an. Une anxiété que ne partageaient pas les « Fueguinos » approchés par l'AFP. « Zéro inquiétude ! Nous qui vivons à Ushuaïa ne sommes pas inquiets, car nous savons qu'il n'y a jamais eu d'hantavirus ici, et les touristes ne posent même pas de questions », assurait Juan Cores, employé du « Train du Bout du Monde », emblématique train à vapeur offrant un circuit prisé autour d'Ushuaïa.