Françoise Mouraille est enseignante dans une école nîmoise et présidente de l’association nationale de Défense des serviteurs de la République. Dans une tribune, elle alerte sur les dangers qui menacent l’école de la République.
Une institution affaiblie
Voilà bientôt 30 ans que j’enseigne en REP +. J’ai pu y observer l’évolution qui a conduit l’École à ce qu’elle est devenue : une institution qui ne transmet plus correctement les savoirs. Cet effondrement progressif du niveau des élèves est confirmé par les derniers classements Pisa. Si la France se situait encore dans la moyenne des pays de l’OCDE en 2025, la chute vertigineuse du niveau de lecture et de mathématiques remonte à 2006.
Des élèves moins éduqués
Mais l’École a-t-elle les moyens d’instruire quand elle doit préalablement éduquer ? Enseigner auprès d’élèves en manque de cadre, de parents d’élèves en perte de confiance et de respect devient de plus en plus difficile. Nous avons de fait face à nous des élèves de moins en moins capables d’apprendre parce qu’ils n’ont pas été suffisamment éduqués. Si la majorité des familles continue de nous accorder leur confiance et de nous respecter, la minorité qui ne le fait pas grandit. Beaucoup d’enfants grandissent seuls, livrés aux réseaux sociaux, sans avoir reçu au sein de leur famille ou dans leur environnement les bases de la socialisation et de la communication.
Le harcèlement scolaire en est l’effet le plus visible. Il est devenu tristement banal. Un sondage IFOP d’avril 2026 nous révèle que le milieu scolaire est le premier lieu d’exposition au racisme et à l’antisémitisme. Au point que l’Éducation Nationale a imaginé les cours d’EVAR (Education à la vie affective et relationnelle) pour tenter – on ne sait trop comment – d’insuffler aux élèves le sentiment humain le plus fondamental : la compassion.
Des moyens insuffisants
Pour faire face à la multiplication de comportements problématiques tant du point de vue de la communication que de la relation humaine, les moyens pourtant nombreux en REP + semblent dérisoires. Ils arrivent de toute façon trop tard. Devant des familles qui semblent souvent se sentir tous les droits, mais aucun devoir, des parents d’élèves qui se déchargent de leur responsabilité éducative sur les enseignants et se désinvestissent, que peut-on ? Dans l’école où j’enseigne, un tiers des rendez-vous proposés par les équipes éducatives pour le suivi et l’orientation des élèves ne sont pas honorés par les parents convoqués et ce, sans aucune excuse. Les menaces et les insultes peuvent fuser au quotidien, pour un oui ou pour un non.
Une crise massive
La crise est installée, massive. 56 % des enseignants déclarent s’autocensurer et ne pas traiter la totalité de leur programme de crainte de représailles. Notre École est très affaiblie. Peinant à transmettre, elle échoue à former des esprits libres et des citoyens responsables. Les idéologues, ennemis de nos valeurs de liberté et d’égalité, islamistes en tête, se frottent les mains. Mission de transmission perdue, autorité mise à mal, l’École est devenue une instance d’accompagnement social, un guichet de services gratuits à la carte. Gare à ceux qui imaginent pouvoir remplir dignement leur fonction : le souvenir de Samuel Paty, de Dominique Bernard et de tous nos collègues morts d’avoir été enseignants viendra les tarauder.
Un sentiment d’abandon
De nombreuses situations dramatiques de professeurs désemparés, victimes de violences ou de menaces, placés durablement en congé maladie, ou déplacés à leurs frais sur un nouveau poste non choisi sont passées sous silence. Jusqu’à présent, la réponse de l’institution reste insuffisante. L’association Défense des serviteurs de la République que nous avons créée avec le professeur de philosophie Didier Lemaire cherche à pallier ce manque. Ces situations traitées au cas par cas s’avèrent trop nombreuses pour ne pas faire l’objet de procédures solides. Pour assurer la sécurité et le soutien social et psychologique des professeurs menacés, leur permettre de poursuivre leur carrière ou de se reconvertir, il est indispensable d’agir rapidement, clairement, efficacement, avec l’appui sans faille de l’institution. Il reste beaucoup à faire sur ce point pour remédier au sentiment d’abandon des enseignants. Mais il faudra aussi repenser notre système scolaire pour que celui-ci soit digne de notre démocratie et que l’École redevienne un sanctuaire et un lieu d’émancipation pour chaque élève.



