Tramway Nice-Cagnes : 65 millions déjà dépensés pour la ligne 4
Tramway Nice-Cagnes : 65 millions déjà dépensés

Le sujet avait agité les municipales 2026 : la métropole Nice-Côte d'Azur révèle que 65 millions d'euros ont déjà été dépensés pour la future ligne 4 de tramway. Le projet, qui doit relier Nice à Cagnes-sur-Mer en passant par Saint-Laurent-du-Var, n'a pas les faveurs du nouveau maire de Cagnes. Mais sa réalisation est déjà très avancée.

Un projet coûteux et controversé

Imaginée il y a plus de quinze ans, cette ligne devait entrer en service en 2026, mais du retard a été pris. En 2019, le coût du tracé est estimé à 247 millions d'euros. Il grimpe à 328 millions en 2022, puis à 350 millions en 2025. Outre la Covid, « ça s'explique très simplement par l'inflation et l'augmentation des matières premières », arguait en novembre 2025 Louis Nègre. L'ex-maire de Cagnes et ardent promoteur de ce projet promettait une mise en service en 2031, alors que les travaux préparatoires venaient de commencer.

Mais les élections municipales ont rebattu les cartes. Louis Nègre (LR) a été battu par Bryan Masson (RN), qui a fait campagne sur l'abandon de cette ligne 4, jugée trop chère. Éric Ciotti (UDR), allié au RN, a été élu maire de Nice et président de la Métropole, laquelle a la charge d'organiser les transports. Durant la campagne, ce dernier est toutefois resté flou sur l'avenir de la T4, malgré le contre-pied de son allié Bryan Masson.

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Des ajustements budgétaires contestés

Lors du conseil métropolitain du 24 avril, le sujet a été abordé au détour d'une question de la cheffe de file des opposants écologistes. Juliette Chesnel-Le Roux a relevé « une diminution d'1,5 million d'euros du budget d'investissement mettant en danger le projet de la future ligne 4 ». « Sous l'influence de vos alliances politiques avec l'extrême droite, les priorités changent. (...) Remettez-vous en cause ce projet structurant pour notre territoire, ou pouvez-vous garantir devant cette assemblée que la ligne 4 verra bien le jour ? »

« C'est sans doute une surinterprétation de votre part, vous extrapolez avec des conclusions très audacieuses, lui a répondu Éric Ciotti, un peu piqué au vif. Il y a 500 millions d'euros d'autorisation de programme sur la ligne 4. Nous bougeons 1,5 million de crédit de paiement pour financer le parking de Tzarewitch, où il manquait un peu. C'est un ajustement comptable. Malgré notre efficacité que vous allez découvrir, on ne va pas consommer 400 millions d'euros de crédit d'ici la fin de l'année. » Avant de révéler, l'air de rien : « Je précise que sur cette ligne 4, il y a quand même 65 millions d'euros de crédits de paiement qui ont déjà été mandatés. 65.303.239 euros très exactement. On ne touche pas aux 500 millions d'euros d'autorisation de programme, et il nous reste aujourd'hui 424 millions d'euros d'autorisations de programme sur cette ligne. Budgétairement, ce que vous dites est faux. »

Le suffrage universel en jeu

Et d'enchaîner : « Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas un débat politique, qui relève du choix démocratique des habitants de notre territoire, et notamment de Cagnes-sur-Mer. Bryan Masson a gagné les municipales, ne vous en déplaise – moi, je m'en félicite. Il a fait des choix dans son projet, qui manifestement ont été plus que salués car il a été élu au premier tour. Et la campagne électorale à Cagnes s'est essentiellement focalisée sur ce sujet. Il y a quand même une expression du suffrage universel qu'on ne peut ignorer. »

Alors, ligne 4 ou pas ligne 4 ? « Nous allons travailler avec les maires de Cagnes et de Saint-Laurent pour savoir comment nous adaptons ce projet, d'intérêt général. À quel rythme, de quelle façon, si nous le maintenons intégralement, si nous en limitons la portée, si nous étudions d'autres modes de déplacements, d'autres tracés ? Nous arrivons depuis un mois, le maire de Cagnes a pris des options, je les respecterai, et je vous demanderai de les respecter, a déclaré Éric Ciotti, un brin sibyllin. On va travailler dessus, c'est un sujet important. La création d'un centre international de cardiologie sur l'institut Arnault-Tzanck, qui sera utilisé à l'automne, amènera beaucoup de trafic ; je suis assez favorable à ce qu'on desserve cette institution, qui sera une institution phare de notre territoire métropolitain. »

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Gaël Nofri, ancien vice-président estrosiste en charge des transports à la Métropole, est intervenu pour signaler que « l'autorisation de programme à laquelle vous faisiez référence de 500 millions d'euros ne concerne pas la T4, mais la T4 et la T5. Ça a son importance d'être précis sur les chiffres ». Et Éric Ciotti de répondre : « Ça ne change pas l'esprit du raisonnement, de toute façon, les deux lignes, c'est a minima 1 milliard [d'euros]. »

Un milliard ou 700 millions ?

« Ce sont des propos d'estrade », nuance Gaël Nofri, contacté lundi 27 avril, estimant plutôt le coût des deux lignes à près de 700 millions d'euros. La ligne 4 se fera, l'ancien grand manitou des transports en est persuadé : « Les choses sont déjà lancées, les acquisitions foncières, les déviations de réseaux, la destruction de la passerelle de Saint-Laurent ont déjà eu lieu. Se retirer maintenant coûterait extrêmement cher parce que des contrats ont été passés et attribués, et en cas d'annulation, il faudrait les indemniser. La T4 est aujourd'hui dans sa phase de réalisation, toutes les enquêtes publiques ont été validées. Si demain, on devait changer pour un BHNS (bus à haut niveau de service), ou même simplement modifier le tracé, c'est toutes les enquêtes publiques qu'il faudrait reprendre, et on repartirait pour trois ou quatre ans de procédure. C'est une donnée majeure. »