Dans un entretien accordé au Monde, la biologiste Cléo Bertelsmeier met en lumière un phénomène inquiétant : les espèces animales commercialisées à l’échelle mondiale présentent un risque accru de partager des pathogènes avec l’être humain. Cette découverte, issue de ses recherches en écologie évolutive, soulève des questions cruciales sur les conséquences sanitaires de la mondialisation du commerce animal.
Un lien entre commerce et transmission de maladies
Selon Cléo Bertelsmeier, chercheuse à l’Université de Lausanne, les espèces les plus échangées sur les marchés internationaux, qu’il s’agisse d’animaux de compagnie, de bétail ou d’espèces sauvages destinées à l’alimentation, sont souvent porteuses de pathogènes capables de franchir la barrière des espèces. « Plus une espèce est commercialisée, plus elle a de chances d’entrer en contact avec l’humain et de lui transmettre ses virus ou bactéries », explique-t-elle.
Des exemples concrets
L’étude de Bertelsmeier s’appuie sur l’analyse de bases de données mondiales recensant les échanges d’animaux et les épidémies historiques. Elle cite notamment le cas du commerce de primates, qui a favorisé la transmission du VIH, ou encore celui de la volaille, impliqué dans la propagation de la grippe aviaire. « La mondialisation crée un réseau dense d’interactions entre espèces qui n’auraient jamais dû se rencontrer », ajoute-t-elle.
Des implications pour la santé publique
Ces résultats appellent à une meilleure régulation du commerce animal, selon la biologiste. « Il est urgent de mettre en place des contrôles sanitaires plus stricts et de limiter le transport d’espèces exotiques », insiste-t-elle. Elle recommande également de renforcer la surveillance des marchés où se côtoient humains et animaux, souvent qualifiés de « points chauds » d’émergence de maladies.
Un appel à la coopération internationale
Face à ces défis, Cléo Bertelsmeier plaide pour une approche globale, impliquant à la fois les gouvernements, les organisations internationales et les acteurs économiques. « La prévention des pandémies passe par une réduction des contacts non nécessaires entre espèces, mais aussi par une meilleure compréhension des mécanismes écologiques qui sous-tendent ces transmissions », conclut-elle.



