Corruption au port de Saint-Tropez : les habitants entre sérénité et résignation
Dix personnes renvoyées devant le tribunal de Draguignan, deux millions d'euros de pots-de-vin estimés sur trois saisons : l'affaire de corruption autour du port de Saint-Tropez alimente les conversations. Mais sur le port comme sur la place des Lices, les Tropéziens se disent sereins quant à l'avenir.
Au comptoir d'un café, en pleine partie de pétanque sur la place des Lices ou en balade le long de la digue, la discussion revient naturellement à la surface ce week-end. « Tu as vu, il y a quand même dix personnes qui sont envoyées au tribunal de Draguignan en novembre », indique Roger à l'un de ses amis, avant de siroter son café dans un bistrot situé non loin des quais tropéziens. Après les dernières révélations sur l'affaire de corruption autour du port, où deux millions d'euros de pots-de-vin ont été estimés en trois saisons par l'enquête judiciaire, les discussions vont bon train dans la cité du Bailli et chaque habitant a son opinion sur le sujet.
Des histoires anciennes sur le port
« Des histoires sur le port, on en a toujours entendu ici. Ça existe depuis des décennies ! À l'époque, c'était des francs et il n'y avait pas le système de réservation via Internet », commente Alain, posté avec ses amis sur le mythique banc des mensonges où plaisanciers et pêcheurs prennent plaisir à se retrouver tous les matins. « Ni la ville, ni le port n'ont été volés dans cette situation. Cependant, cet argent aurait dû être déclaré. C'est regrettable d'en arriver là car ça ternit l'image de notre belle enceinte où plusieurs mondes cohabitent », ajoute André, un ex-professionnel de l'activité maritime. Selon eux, ce problème ne se limiterait pas uniquement à Saint-Tropez : « Notre village est renommé mais il n'est pas le seul sur la Côte d'Azur à disposer de cette clientèle luxueuse ! Nous ne serions pas étonnés que des actions similaires se passent ailleurs... »
« Ce sera vite oublié »
Concernant le devenir de cette procédure, désormais entre les mains des juges, les Tropéziens interrogés se disent « confiants ». Que cela soit après la vaste réorganisation interne survenue il y a un an au sein de la capitainerie ou sur les récentes décisions prises par la municipalité. Et pour cause, la Ville a été reconnue « victime » dans cette procédure et s'est immédiatement constituée partie civile pour défendre « ses intérêts et ceux des usagers du service public portuaire » et obtenir une réparation « du préjudice subi en termes d'images ». « Oui le montant estimé est colossal et peut choquer mais cela n'empêchera pas la saison de se faire », estime Alain. « Ça risque de faire parler jusqu'au procès mais ce sera vite oublié après ça. L'image du port ne sera pas dégradée longtemps, je n'ai pas de craintes sur ça », intervient Claude avant que chacun ne retourne voguer à ses occupations.



