Déshydratation des seniors : mythes et réalités avec un gériatre
Déshydratation des seniors : mythes et réalités

Les fortes chaleurs majorent le risque de déshydratation, en particulier chez les personnes âgées. Quelles sont les raisons de cette fragilité, comment en reconnaître les premiers signes, quels sont les réflexes à adopter ? Le Dr Romain Landes, gériatre et chef du service de gériatrie de l’hôpital Sainte Musse à Toulon, répond à ces questions à travers un test vrai/faux.

La sensation de soif diminue avec l’âge

Les personnes âgées ont plus souvent soif. FAUX. « Avec l’âge, la sensation de soif diminue, indique le Dr Landes. Les osmorécepteurs, des petits capteurs présents dans le cerveau pour analyser le taux en sel et en eau dans le sang, fonctionnent moins bien. Or ce sont eux qui alertent en déclenchant la sensation de soif. » Les personnes âgées ont donc moins soif, mais leurs besoins en eau ne diminuent pas. Elles sont également « plus sensibles à la chaleur et la régulent moins bien ».

Des réserves en eau réduites

Les personnes âgées stockent moins d’eau. VRAI. « Avec l’âge, on a moins de muscles, or c’est là que l’organisme stocke l’eau. Les réserves sont donc moins importantes quand on vieillit. » Cela vaut aussi pour toute personne subissant une fonte musculaire importante, comme « un patient malade du cancer ». Le vieillissement du rein, qui filtre moins bien l’eau, et les défaillances de certaines hormones contrôlant le taux en eau contribuent également à ce moins bon stockage.

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Le goût et les pathologies en cause

La perte du goût peut jouer un rôle. VRAI. « En vieillissant, les capteurs du goût situés sur la langue peuvent être moins efficaces. Les aliments peuvent paraître fades, insipides, y compris l’eau. »

Les pathologies du sujet âgé n’entrent pas en ligne de compte. FAUX. « Certaines maladies neurodégénératives (Alzheimer) ou psychologiques (démences) font que les patients oublient de boire, prévient le Dr Landes. D’autres, comme Parkinson ou les suites d’AVC, rendent le geste plus compliqué ou génèrent des troubles de la déglutition. Dans ce cas, les liquides sont les aliments les plus difficiles à avaler. » Enfin, certains médicaments, diurétiques et laxatifs en particulier, font perdre de l’eau. « Plus généralement, et c’est valable pour tous, une maladie avec de la fièvre entraîne un risque accru de déshydratation. »

L’isolement aggrave le risque

La solitude est un facteur de risque. VRAI. L’isolement social et le manque de sollicitations pour boire augmentent le risque de déshydratation de la personne âgée.

Reconnaître les signes de déshydratation

Il n’y a pas de signes visibles pour détecter la déshydratation. FAUX. Les yeux enfoncés, les cernes, une fatigue importante, la confusion et/ou l’agitation provoquées par le manque d’eau dans le cerveau sont des signaux d’alerte, tout comme une tension artérielle plus basse. Un test simple permet de vérifier si la personne est déshydratée : la peau reste « pincée » quand on la presse (délicatement) au creux de l’épaule (pas sur la main : les plis liés à l’âge sont trompeurs).

Paradoxe provençal

« Dans notre région, constate le Dr Landes, les gens ont l’habitude de la chaleur et pensent à s’hydrater. Mais ils boivent moins l’hiver. C’est paradoxal, mais c’est hors saison que nous constatons le plus d’hospitalisations pour déshydratation chez des patients âgés qui oublient de boire ou qui sont fiévreux. »

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Consignes pour protéger les seniors

  • Boire (ou faire boire) régulièrement : « La soif est le signal d’alerte, rappelle le gériatre. Il ne faut pas attendre de la ressentir pour s’hydrater. »
  • Pour absorber plus facilement la quantité d’eau nécessaire, environ 1,5 litre par jour, « fractionner les apports en buvant, par exemple, un verre d’eau toutes les heures ».
  • Varier les apports : boire aussi des tisanes, des soupes, manger des légumes riches en eau. « Melons, pastèques, concombres, courgettes et tomates : le régime provençal et de saison est tout à fait adapté. »
  • En cas de troubles de la déglutition, privilégier l’eau gazeuse (les bulles de gaz stimulent les sensations et aident à mieux avaler) ou passer à l’eau gélifiée. Pour les difficultés gestuelles liées à un handicap, penser aux verres adaptés, à l’usage de la paille.
  • Surveiller la tension et poser au médecin la question de l’adaptation des traitements anti-hypertenseurs et/ou diurétiques s’il fait très chaud : « on peut diminuer les doses de médicaments ou augmenter la consommation d’eau, toujours en demandant l’avis du médecin ».