Face à une attente de six à huit mois, les généralistes prennent le relais
Consulter un dermatologue sans adressage d’urgence par un médecin relève du casse-tête et exige une patience considérable. Les délais d’attente oscillent entre six et huit mois. Dans une discipline où l’incidence des cancers de la peau ne cesse d’augmenter, mais où la demande esthétique accapare une grande partie de l’offre, la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) Pays de Lérins, qui regroupe 70 médecins sur 120 professionnels, a décidé d’agir. Pour accroître l’offre de consultations dermatologiques au public, elle mise sur les médecins généralistes. Fin avril, quinze d’entre eux, volontaires, ont reçu un dermatoscope.
Un outil de pointe pour les soins primaires
« Il s’agit d’une lampe grossissante et éclairante qui permet d’observer les lésions cutanées », explique le Dr Renaud Ferrier, président de la CPTS. Cette première consultation pourra, le cas échéant, être complétée par celle d’un spécialiste. « Relié à un smartphone, le dermatoscope permet de stocker des images et de les adresser ensuite à un dermatologue pour avis », poursuit le médecin. Renforcer les compétences dermatologiques en soins primaires, tel est le but de cette initiative, qui répond à un enjeu de santé publique. « On peut espérer dépister plus. Les médecins ont eu une formation en dermatologie au cours de leurs études et sont invités à parfaire leurs connaissances », ajoute le Dr Ferrier.
Un investissement de 13 000 euros pour quinze dermatoscopes
Les participants bénéficieront également de l’intervention d’un médecin généraliste surspécialisé en dermatologie, dont les travaux de thèse ont porté sur l’intérêt de l’utilisation des dermatoscopes en cabinet de ville. Son retour d’expérience permettra aux praticiens d’intégrer efficacement cet outil dans leur pratique quotidienne. L’Agence régionale de santé (ARS) et la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) ont financé ces quinze dermatoscopes pour un montant de 13 000 euros. « L’enjeu sera d’évaluer la portée de ce dispositif sur la population en termes de santé publique avec une étude sur trois ans ». Si le dispositif fait ses preuves, il pourrait être généralisé à d’autres professionnels volontaires. Interrogé sur une éventuelle concurrence avec les dermatologues, le Dr Ferrier répond : « Non, on répartit plutôt le travail. Et cela remet en valeur la qualité du généraliste ».
Un « Centre de la peau » innovant ouvre à Grasse
Les difficultés en matière de consultation dermatologique sont également prégnantes dans le bassin grassois. Là aussi, les professionnels cherchent des solutions. La CPTS Pays de Grasse propose un nouvel espace dédié au dépistage et à l’innovation en dermatologie. Il s’agit d’un « Centre de la peau », hébergé au sein de la clinique du Palais, dont les premières consultations seront possibles dès ce mercredi 20 mai (prise de rendez-vous sur Doctolib). Deux médecins généralistes formés en dermatologie proposeront ces consultations au rez-de-chaussée de la clinique, les jeudis et vendredis.
Cartographie du corps par intelligence artificielle
Ce « Centre de la peau » ambitionne d’améliorer la qualité du diagnostic et de fluidifier la prise en charge précoce des patients. Pour cela, il disposera d’un équipement d’imagerie de pointe : l’intelligence artificielle FotoFinder ATBM master. Cette innovation, intégrant l’intelligence artificielle, élève le dépistage dermatologique à un niveau de précision inédit. « C’est le seul à l’ouest du département », précise Sébastien Le Garf, responsable des projets de la CPTS Pays de Grasse.
Un coût de 100 000 euros
Cette machine permet de réaliser une cartographie complète du corps du patient, d’analyser et d’identifier, de manière fiable, les lésions suspectes, même les plus infimes. « Les médecins pourront les traiter eux-mêmes ou réorienter le patient vers un chirurgien dermatologue pour les cas les plus graves. L’avantage, c’est qu’il sera possible de voir l’évolution de ces lésions », précise Chiara Legall, chargée de communication à la CPTS. Qui a financé cet équipement ultra performant d’un coût de 100 000 euros ? « La région Sud, la CPTS et la Maison médicale de garde », indique Sébastien Le Garf.



