Delphine Le Turioner, patiente partenaire à l'ICM de Montpellier, transforme son expérience du cancer en soutien
Delphine Le Turioner, patiente partenaire à l'ICM, soutient les malades

Delphine Le Turioner, patiente partenaire à l'ICM de Montpellier, transforme son expérience du cancer en soutien

À l'Institut du Cancer de Montpellier (ICM), Delphine Le Turioner accueille les patients avec une question simple mais profonde : "Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?". Cette Montpelliéraine de 53 ans, elle-même confrontée à un mélanome diagnostiqué en 2013, occupe un rôle encore confidentiel mais essentiel : celui de patiente partenaire. Elle met ses savoirs nés de l'expérience au service des 42 500 malades suivis chaque année dans ce centre, dont 13 700 nouveaux patients.

Un pont entre deux mondes

"Le soignant est là pour soigner. Il n'a pas vécu le quotidien avec la maladie", explique Delphine Le Turioner. Son rôle consiste précisément à faire le lien entre les patients et le corps médical, deux univers qui peinent parfois à se comprendre. Trois récidives de son cancer de la peau l'ont conduite à suivre un protocole de soins au CHU de Montpellier, une expérience qui fonde aujourd'hui son action.

Dans l'unité de soins de supports de l'ICM, inaugurée en 2021, elle propose des échanges sans rendez-vous autour de thèmes variés :

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  • La nutrition et l'activité physique
  • La gestion des douleurs
  • L'impact sur la vie sociale et professionnelle
  • Les questions d'intimité et de fatigue

Une approche humaine et personnelle

"J'accueille comme j'aimerais avoir été accueillie", insiste Delphine Le Turioner. Son approche se veut dénuée des étiquettes souvent associées à la maladie. "Avoir une maladie, c'est avoir beaucoup de pertes", rappelle-t-elle, évoquant les bouleversements qu'entraîne un diagnostic de cancer. Ces échanges, parfois intenses mais brefs, parfois prolongés sur plusieurs semaines, répondent à un besoin croissant d'accompagnement personnalisé.

Le métier de patient partenaire s'inscrit dans le vaste mouvement de la démocratie sanitaire, né en France dans les années 1990. Bien que la Haute Autorité de Santé recommande d'ouvrir les centres anticancéreux à ces nouveaux profils, la profession reste peu développée. Un premier diplôme universitaire d'éducation thérapeutique a vu le jour en 2010, que Delphine Le Turioner a obtenu à la faculté de médecine de Montpellier.

De l'expérience personnelle à l'accompagnement collectif

Lorsque son oncologue lui a suggéré pour la première fois de témoigner de son vécu devant des soignants, Delphine Le Turioner a hésité : "Je ne vois pas ce que je peux apporter aux malades". La réponse de son médecin fut sans appel : "Vous savez tout". Aujourd'hui, les patients lui expriment leur gratitude pour ces "moments de chaleur humaine".

Parce qu'elle "s'en est sortie", elle reconnaît qu'elle incarne une forme d'espoir pour ceux qui traversent l'épreuve du cancer. Son parcours, marqué par un diagnostic inattendu alors qu'elle était "au top de son activité professionnelle de formatrice" et mère d'un enfant de cinq ans, lui donne une légitimité unique.

À quelques jours de la journée mondiale de lutte contre le cancer du 4 février, le témoignage de Delphine Le Turioner rappelle l'importance de ces accompagnements humains face à une maladie qui touche désormais plus de 400 000 nouveaux patients chaque année en France, avec une progression constante des chiffres et un rajeunissement des personnes concernées.

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