Covid long : une énigme médicale persistante malgré les recherches
Plus de cinq années se sont écoulées depuis le début de la pandémie de Covid-19, et le syndrome du Covid long demeure une énigme médicale majeure, toujours dépourvu de traitement efficace. Cette pathologie, qui se caractérise par des symptômes durables après l'infection initiale – fatigue intense, troubles respiratoires persistants, douleurs musculaires invalidantes – continue de handicaper des milliers de personnes à travers le monde.
Un manque de reconnaissance et de solutions thérapeutiques
Les associations de patients expriment une frustration grandissante face à ce qu'elles perçoivent comme un manque de reconnaissance de la part des institutions sanitaires et une insuffisance de pistes concrètes offertes par la recherche. « En 2026, c'est inacceptable de psychologiser ça », s'indigne Ryan, atteint d'un Covid long depuis quatre ans, lors d'une récente manifestation devant l'Hôtel-Dieu à Paris. Cette colère est partagée par de nombreuses organisations, comme Winslow Santé publique, à l'origine du rassemblement.
Selon les estimations prudentes de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), environ 6% des personnes ayant contracté le Covid-19 ont développé une forme prolongée de la maladie. Cependant, il reste difficile d'établir un chiffre précis, les définitions variant concernant le délai à partir duquel on peut parler de Covid long.
Des recherches intensives mais des résultats limités
Pourtant, le Covid long a généré un volume de recherches sans précédent dans le domaine des syndromes post-infectieux, bien plus que pour des pathologies similaires comme la maladie de Lyme. Plusieurs mécanismes physiologiques sont activement étudiés par la communauté scientifique internationale : la persistance résiduelle du virus SARS-CoV-2 dans l'organisme, une inflammation chronique des tissus, ou un dérèglement auto-immun où le système de défense s'attaquerait à lui-même.
« Il y a plus d'une dizaine d'essais thérapeutiques cliniques qui sont lancés à travers le monde, mais on est en échec total », regrettait récemment Mireille Laforge, chercheuse au CNRS, lors d'une conférence de presse. Pour elle, cet échec s'explique par une mauvaise cible : il existerait probablement plusieurs formes de Covid long, relevant de processus physiologiques distincts et non d'un mécanisme unique.
La thèse psychologique : un débat houleux et marginal
C'est dans ce contexte d'incertitude scientifique qu'une école de pensée dissidente, principalement portée par certains chercheurs français, redonne de la voix à l'hypothèse psychologique. Dans une tribune publiée fin 2025 dans le journal Le Monde, le psychiatre Cédric Lemogne et d'autres signataires appelaient à se concentrer sur « une science des symptômes » plutôt que sur la seule quête de causes physiologiques.
Cette position a immédiatement suscité une vive opposition des associations de patients et de nombreux autres chercheurs, y voyant une résurgence de la thèse d'un Covid long essentiellement psychosomatique. Le profil de Cédric Lemogne irrite particulièrement, celui-ci étant impliqué dans un parcours de soins à l'Hôtel-Dieu accordant une large place à la psychothérapie.
« Le facteur déclenchant est souvent physique mais pas forcément les facteurs de perpétuation des symptômes », avance le psychiatre. « Parmi ces mécanismes, il y en a qui sont d'ordre psychologique, mais c'est un terme parfois vécu comme stigmatisant, donc je pourrais dire cognitifs ou cérébraux ». Il souligne que seules les psychothérapies et la rééducation physique ont montré des effets, bien que modestes, pour améliorer la qualité de vie des patients, selon une étude parue en 2025 dans le BMJ.
Une hypothèse minoritaire dans la littérature scientifique
Malgré ces affirmations, la thèse psychologique reste extrêmement marginale au niveau international. Deux synthèses majeures publiées en 2024 dans The Lancet et Nature Medicine n'évoquaient que des pistes physiologiques. L'épidémiologiste Ziyad Al-Aly, auteur de l'étude dans Nature Medicine, précise : « L'anxiété et la détresse psychologique peuvent constituer des manifestations parmi d'autres. Mais dire que les troubles psychologiques sont une conséquence de la maladie, ce n'est pas du tout comme affirmer qu'ils sont la cause des symptômes ».
Il estime que mélanger ces deux aspects nuit aux patients et observe que l'hypothèse psychologique trouve paradoxalement plus de soutien institutionnel en France qu'ailleurs. Le débat, loin d'être clos, oppose ainsi une minorité de chercheurs défendant une approche intégrant des facteurs psychosociaux à une majorité de patients et de scientifiques insistants sur la nécessité de poursuivre les recherches sur les causes organiques de ce syndrome invalidant.



