Congé menstruel : l'UNSA lance une pétition pour briser les tabous
Congé menstruel : pétition de l'UNSA pour une loi

Alors que deux propositions de loi ont été rejetées à ce jour, le congé menstruel pour les femmes fait encore l'objet de tergiversations. L'UNSA a lancé une pétition en ligne pour que la loi s'empare de ce sujet de santé publique.

Le quotidien difficile des femmes souffrant de règles douloureuses

Christelle, 38 ans, élève seule ses deux enfants et travaille dans une administration bordelaise. Deux jours par mois, elle se rend au travail à reculons, souffrant de règles douloureuses. « J'ai l'impression d'avoir du plomb dans les reins, les antalgiques habituels n'ont pas beaucoup d'effet ou pas longtemps, commente la jeune femme. Ces journées sont des parenthèses terribles, je serre les dents du matin au soir, sans parler du stress lorsque je perds du sang en telle quantité que je tache mes vêtements. C'est la honte. On vit dans un monde où ça, les règles abondantes et douloureuses, n'existe pas. Comment rester concentrée sur mon travail, alors que mon corps est en ébullition ? » Elle appréhende la période de ses règles et met en place son système D pour traverser ces deux jours de boulot : télétravail lorsque c'est possible, ou pose d'une RTT ou d'un jour de congé.

Un sondage de l'UNSA révèle un large soutien

« Stop à ce genre de situation. Allons-nous enfin prendre en compte la réalité biologique des femmes ? » tempête Jessica Gouinaud, conseillère à l'égalité professionnelle en charge des discriminations à l'Unsa (Union nationale des syndicats autonomes). Cette organisation vient de réaliser un sondage confirmant que 52 % des salariés hommes et femmes sont favorables au congé menstruel, encore plus chez les jeunes entre 18 et 24 ans, qui sont 85 % à voter pour. Or, le cadre juridique ne fait que reculer pour faire de ce projet une loi. À deux reprises, les propositions de loi ont été rejetées, face à une division tenace de la classe politique. Les vieux tabous ont la vie dure.

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Les collectivités locales face à l'illégalité

Jessica Gouinaud rappelle comment les préfets ont retoqué, en 2024 et 2025, les initiatives de nombreuses collectivités locales qui venaient de mettre en place ce congé menstruel. En Gironde notamment, la ville de Léognan, précurseure, avait adopté en juin 2024 l'instauration d'un tel congé pour les agentes municipales. Deux mois plus tard, la préfecture sommait la mairie d'abroger, prétextant ces autorisations spéciales d'absence (ASA) « irrégulières » au regard de la loi. D'autres collectivités locales ambitieuses ont subi le même assaut des préfectures : « De fait, précise Jessica Gouinaud, entre la fin 2025 et le début 2026, plusieurs tribunaux administratifs ont confirmé l'illégalité de ces dispositifs locaux, faute de base légale nationale. Résultat : les congés menstruels accordés par des collectivités pionnières ont été suspendus. Y compris dans des grandes villes comme Strasbourg, ou des universités. Et lorsque les entreprises privées mettent en place ce congé, elles sont dans l'illégalité. Par ailleurs, cela crée des disparités par rapport aux entreprises qui n'osent pas le faire, et même entre celles qui le proposent, puisque les modalités de prise de congé sont fluctuantes. »

Une pétition pour accélérer le mouvement

Ce recul face à un projet de loi qui ressemble fort à un serpent de mer a provoqué l'ire de l'Unsa. Elle vient de publier une pétition en ligne, déjà signée par près de 90 000 personnes. L'idée est d'accélérer le mouvement pour, à nouveau, présenter un projet à l'Assemblée nationale, en vue d'une proposition de loi claire et calibrée. « Les raisons de ce recul sont floues, mais la désorganisation au travail semble mise en avant, ou bien une inégalité de traitement entre les hommes et les femmes, observe Jessica Gouinaud. Dans cette pétition, l'Unsa demande la constitution d'une loi arrêt de travail avec prise en charge par la Sécu sans jour de carence. On sait qu'aujourd'hui dans la fonction publique, au-delà des jours de carence, on perd 10 % de son salaire au bout d'un arrêt d'une semaine. »

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Un cadre médical pour la prévention

La mise en place de ce congé pourrait se faire à partir d'une déclaration sur l'honneur ou bien après un avis médical, sur prescription : « On préfère cette deuxième version, reprend la conseillère à l'égalité professionnelle, parce qu'on se situe sur un problème de santé publique. L'errance diagnostique pour les femmes souffrant d'endométriose pèse lourd. Cet avis médical pourrait être l'occasion de faire de la prévention pour la santé des femmes, en permettant de repérer certaines maladies plus tôt. »

Des exemples à l'étranger

À ce jour, d'autres pays ont définitivement adopté le congé menstruel et ne s'en plaignent pas. Nos voisins espagnols depuis 2023, mais aussi le Portugal, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l'Indonésie et la Zambie depuis 2015, un congé qu'ils nomment joliment « Fête des mères ».