Une nomination historique à l'Institut Bergonié
En succédant à Nicolas Portolan, Céline Etchetto devient la première femme directrice générale adjointe de l’Institut Bergonié, centre régional de lutte contre le cancer, en mai 2024. À son actif, une solide expérience de terrain et des qualités pragmatiques et humanistes. Elle se dit prête à accompagner la mutation de l’établissement.
On dit DGA. Comme directrice générale adjointe. Céline Etchetto, 48 ans, deux enfants, est la première femme à occuper ce poste clé à l’Institut Bergonié. À la suite du départ de son prédécesseur Nicolas Portolan, parti vers d’autres responsabilités en Corrèze, elle a suivi le processus de recrutement classique, parmi d’autres candidatures. Son parcours parfait n’aurait pas suffi à faire la différence. Certes, elle est dotée de solides références universitaires, une formation bouclée par un diplôme de l’École des hautes études en santé publique. Certes, elle a déjà une carrière hospitalière riche, occupant des fonctions de poids dans différents hôpitaux jusqu’au CHU de Bordeaux, où on la retrouve en pleine pandémie de Covid, animant les cellules de crise en tant que directrice du pôle gestion des risques. Elle aurait pu se satisfaire de ce poste taillé pour elle, à l’Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, comme directrice déléguée à l’organisation de l’offre de soins et la préparation aux situations sanitaires exceptionnelles dans la région. Mais non, tout cela ne suffisait pas à faire la différence.
Un choix fondé sur une vision commune
« Nous l’avons choisie elle, ose le professeur François-Xavier Mahon, directeur général de Bergonié, parce que je savais, d’expérience, d’intuition, que nous avions une vision commune. Il se trouve qu’elle est une femme, mais ce n’était prioritaire, car il y avait d’autres candidates avec de beaux parcours aussi. Céline Etchetto a fait la différence grâce à son expérience de terrain, sa capacité à être à l’écoute et à prendre des décisions pragmatiques, une efficacité qui ne se départit pas d’humanisme. Nous allons travailler en binôme. Moi, je suis un médecin, quand je commence mes phrases, je sais qu’elle saura les terminer. La complicité et la complémentarité entre nous sont deux éléments essentiels. Et nous sommes très heureux que Bergonié accompagne ce mouvement qui met en avant des femmes. »
De fait, les 19 autres directeurs du groupe Unicancer, qui fédère les 20 centres de lutte contre le cancer en France dont l’Institut Bergonié de Bordeaux, sont des hommes. « On évolue, mais lentement », constate le professeur Mahon. Eu égard à son parcours exemplaire et à cette dernière nomination, Céline Etchetto vient d’être élue lauréate du programme « Talentueuses » dispensé par l’Institut national du service public et la Direction interministérielle de la transformation publique. Modeste mais juste, Céline Etchetto ne s’emballe pas pour autant : « C’est un programme qui intègre pour la première fois des femmes de la fonction publique hospitalière, avec dans l’idée de les accompagner dans leur position de leader, d’exploser un peu le plafond de verre pour qu’enfin elles osent y aller. »
Une philosophie de partage et d'organisation
Elle, son truc, c’est diriger, pas pour régner, mais pour partager, organiser, évoluer. « Je souhaitais aller vers un poste à responsabilité, admet-elle, et Bergonié porte une philosophie et des valeurs humanistes, de solidarité et d’excellence en même temps. J’ai envie de poursuivre dans cet esprit, et d’élargir les missions de l’Institut, hors les murs. Avec les mêmes valeurs. »
Un défi à relever pour l'Institut Bergonié
L’Institut Bergonié a un gros défi à relever dans les quinze années à venir. Les thérapies évoluent, le nombre de patients ne cesse de croître. Pour preuve, « Bergo » est passé de 800 salariés en 2009 à plus de 1 200 en 2023. L’établissement est devenu trop étroit, le professeur Mahon qualifie cette explosion de « cure de croissance ». « L’activité médicale évolue tout le temps, apprécie la nouvelle directrice adjointe, nous devons aujourd’hui accompagner la prise en charge des patients en ambulatoire et à domicile, en utilisant les outils modernes, numériques, pour que même hors les murs les patients ne se sentent pas seuls. »
« Bergonié sera la tour de contrôle, ajoute le professeur Mahon. Des discussions sont en cours pour désenclaver l’établissement du centre-ville, mais pas avant une dizaine d’années. » « En attendant, reprend Céline Etchetto, il faut penser l’organisation des soins. Nous ne lésinerons pas sur la qualité, ni sur la surveillance de l’évolution des pathologies des patients. Nous travaillons à la mise en place d’une relation hôpital-ville avec les médecins généralistes, les infirmiers, les kinés et en coopération avec les autres établissements de soins. La coordination des parcours sera assumée par Bergonié. » Quant au patient, il est désormais qualifié de « pilote » ou de « partenaire », une véritable révolution. Le paternalisme médical n’a plus cours, les soignants apprennent l’art du décryptage, de la pédagogie et de l’accessibilité.



