À Saint-Jean-de-Védas, le Lab Santé de Midi Libre a réuni experts, soignants et acteurs publics autour d’un enjeu devenu central : l’impact du climat sur notre santé. Qualité de l’air, allergies, canicules, vulnérabilités, écoresponsabilité : trois tables rondes ont exploré les risques et les réponses à bâtir.
Qualité de l’air, polluants intérieurs, allergies et moustiques vecteurs
La première table ronde du Lab Santé de Midi Libre a posé le décor : le climat n’est plus seulement une question d’environnement mais aussi de santé publique. Pollution atmosphérique, allergènes, fumées, pesticides et moustiques vecteurs dessinent une même réalité : les expositions se multiplient. Pour Dominique Tilak, directrice d’ATMO Occitanie, l’évolution des connaissances oblige à revoir les repères. « Les connaissances scientifiques ont amené l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à réviser ses recommandations sanitaires par rapport à l’air ambiant. » Une évolution traduite par une nouvelle directive européenne adoptée fin 2024, en train d’être déclinée en droit français, avec l’objectif de baisser les concentrations de particules, d’oxydes d’azote et d’autres polluants. Sur le terrain, ATMO Occitanie suit les polluants réglementés. « Parmi les principaux polluants réglementés que nous suivons en continu avec ATMO Occitanie, il y a les particules fines qui viennent des dispositifs de chauffage au bois et du trafic routier. Nous mesurons aussi les oxydes d’azote et l’ozone. » La tendance est à l’amélioration, avec une baisse des concentrations et du nombre de personnes exposées. Mais l’Occitanie, « deuxième en surface agricole, première en surface viticole », appelle une attention particulière sur les pesticides dans l’air et les perturbateurs endocriniens.
La prévention, une priorité
Camille Travert, docteure en pneumologie et en onco-hémétologie, a élargi le sujet aux lieux de vie. « Il y a des expositions dont on pense facilement comme la pollution atmosphérique, les allergènes mais on pense moins aux pollutions de l’air intérieur. » Pour les patients souffrant de maladies respiratoires chroniques, les effets sont déjà établis. « Le problème du changement climatique, c’est qu’il y a, par exemple, plus de feux de forêt, donc plus de fumées, donc encore plus de polluants. » Les pics de pollution augmentent les épisodes respiratoires aigus et leur gravité. Pour l’ARS, l’enjeu est d’agir avant la maladie. Betty Zumbo, directrice adjointe de la Santé Publique chargée de la prévention et responsable du pôle santé environnement à l’ARS d’Occitanie, l’a résumé ainsi : « La prévention est notre priorité, un investissement nécessaire, elle doit être adaptée aux populations. » L’agence travaille avec les acteurs locaux pour décliner les priorités nationales au plus près des territoires. Enfin, Frédéric Simard, entomologiste médical à l’IRD, a rappelé que le vivant circule aussi avec les mobilités et le climat. « Dans l’air, il y a des êtres vivants, en particulier des moustiques qui transmettent des maladies. » Les maladies vectorielles deviennent emblématiques du lien environnement-santé. « Le changement climatique rend des environnements favorables à l’installation de ces vecteurs, la mondialisation des échanges a eu un rôle majeur dans cette invasion de nos contrées. »
Canicules, vulnérabilités : comment protéger les plus fragiles ?
La deuxième table ronde a interrogé la capacité des acteurs de terrain à protéger les populations. Les canicules, plus longues et plus intenses, obligent les acteurs de terrain à repenser leurs pratiques. Pour Jean-Marc Castadere, médecin URPS Médecin Occitanie et président de CPTS, les médecins libéraux ont une place essentielle. « Nous vivons au milieu de nos patients. On a la capacité de percevoir et partager avec eux, de prévenir aussi. » Cette proximité permet d’identifier les fragilités avant que la situation ne bascule. « Notre rôle par rapport à ce changement climatique est essentiellement dans la prévention », insiste-t-il. Cette exposition concerne aussi les travailleurs en plein air. Julie Rouanet, infirmière de santé au travail à la MSA, rappelle que « les agriculteurs travaillent dehors quelles que soient les conditions ». Dans l’Hérault, ils sont 31 000, dont environ 9 000 viticulteurs. Les saisonniers, moins sensibilisés aux risques, sont particulièrement vulnérables. « On dénombre six décès a priori liés à la chaleur en 2025 dans la viticulture héraultaise », souligne-t-elle. Ces épisodes à répétition pèsent aussi sur « la santé physique et psychologique des agriculteurs ». Dans les résidences seniors Domitys, Ludovic De Barros, directeur support opérationnel, insiste sur le repérage. Les résidents sont autonomes, mais certains peuvent traverser une période de fragilité. « Un contact par jour auprès de nos résidents, détaille-t-il. Les équipes sont attentives aux signaux faibles : fatigue inhabituelle, absence au restaurant, désorientation, bouche sèche. » Pour Betty Zumbo, l’enjeu est collectif. « L’ensemble des acteurs est mobilisé dans cette prévention. » Face aux vagues de chaleur, la réponse de l’État, coordonnée par le préfet, vise à « n’oublier personne ».
Transition écologique : les établissements passent à l’action
Hôpitaux, cliniques et entreprises cherchent à réduire leur impact sans toucher aux soins. Le secteur de la santé soigne, mais il consomme aussi beaucoup d’énergie. Comment concilier exigence sanitaire, contraintes budgétaires et transition écologique ? Pour Marie-Ange Peridont-Fayard, directrice RSE et directrice adjointe du site Lapeyronie-Arnaud de Villeneuve au CHU de Montpellier, « la première des choses est la volonté institutionnelle et la responsabilité de nous tous dans le domaine de la santé. » Au CHU, cette orientation s’est traduite dans la politique stratégique de l’établissement, avec un premier défi clairement identifié : la décarbonation de l’hôpital. À l’échelle du Centre mutualiste neurologique Propara, Jérôme Saint-Léger, son directeur, insiste sur la méthode. « L’idée a été d’élaborer un diagnostic collectif. Les axes de travail portent notamment sur la maîtrise de nos énergies en allant vers l’autoconsommation ou encore sur la prise en charge médicamenteuse. On ne peut pas remettre en question la qualité et la sécurité des soins. La démarche écoresponsable s’inscrit dans un cercle vertueux : moins d’émissions, un environnement plus sain, donc moins de maladies. » Les pratiques évoluent aussi sous l’effet de la réglementation. Marie-Ange Peridont-Fayard cite l’exemple d’un gaz anesthésiant polluant, interdit depuis le début de l’année et remplacé par un produit moins émetteur, sans dégrader la qualité des soins. Côté déchets, Pascal Thevenet, de Veolia, observe une attente croissante des établissements sur la valorisation : déchets de soins, ordures ménagères, papiers, cartons ou plastiques. Betty Zumbo souligne enfin le rôle de l’ARS : mettre en lien les acteurs pour partager les expériences, comme ces maternités passées aux biberons en verre.



