Une chaleur intense totalement inédite pour la période frappe la France : plusieurs départements sont placés en vigilance rouge en raison d'un « dôme de chaleur » qui recouvre l'Hexagone. Des températures atteignant 36 °C dans le Sud-Ouest et des records de 33 à 35 °C en Bretagne sont enregistrés. De mémoire de météorologue, la France n'avait jamais connu un tel épisode de chaleur aussi précoce dans l'année. Cet événement suscite une vive inquiétude pour l'avenir.
« Cette vague de chaleur en Europe est un rappel brutal des conséquences en spirale de la crise climatique, tant humaines qu'économiques », a réagi Simon Stiell, responsable de l'ONU Climat, face à ces températures anormales.
Les risques physiologiques bien connus
Les principaux dangers liés aux fortes chaleurs sont documentés depuis des décennies : déshydratation, maux de tête, nausées, crampes musculaires, et même décès. Cependant, d'autres effets plus insidieux peuvent également survenir.
La santé mentale fortement impactée
Au-delà de l'impact physiologique, la hausse excessive des températures peut perturber nos capacités psychiques en créant un déséquilibre hormonal. « Notre humeur est biologiquement chamboulée par les vagues de chaleur. La température du corps régit tous les fonctionnements de l'organisme, y compris la régulation de certaines hormones comme la sérotonine et la dopamine. Cette hausse des températures modifie largement ces processus », explique Kévin Jean, épidémiologiste et chercheur à l'ENS, spécialiste des liens entre changement climatique et santé, auteur du livre A notre santé ! La lutte contre le changement climatique n'est pas celle que vous croyez.
En cas d'hyperthermie, le corps privilégie l'oxygénation des organes vitaux comme le cœur, au détriment du fonctionnement cérébral et de la régulation hormonale. Ce phénomène « peut favoriser les actes de violence envers autrui ou envers soi-même, ainsi que le déclenchement de pathologies mentales telles que les troubles de l'humeur, les troubles anxieux ou la schizophrénie », détaille Kevin Jean. Des études récentes confirment une augmentation d'environ 1 % du risque de survenue de troubles mentaux pour chaque degré Celsius supplémentaire de température ambiante locale.
Les longues périodes de chaleur plus risquées
Les alertes canicule, qui concernent actuellement 17 départements en France, visent à prévenir les populations et à mettre en place des mesures de protection. Pourtant, ces épisodes ne représentent que 3 à 5 % de chaque période estivale, mais concentrent environ 30 % des décès liés à la chaleur. La majorité des décès survient donc en dehors des pics caniculaires.
« Les décès par chaleur sont en réalité des décès invisibles. Sur les certificats de décès, il n'est jamais écrit 'cause : coup de chaleur', mais plutôt 'arrêt cardiaque' ou 'défaillance respiratoire'. Tout cela est favorisé par la chaleur », expose l'épidémiologiste. Les longues périodes de chaleur, plus fréquentes que les pics, sont ainsi associées à davantage de décès. Au total, sur l'ensemble des décès attribués aux fortes chaleurs en été, deux tiers surviennent en dehors des seuils de canicule. « Très souvent, il existe déjà un terrain fragile ou une insuffisance chez les personnes victimes de la chaleur », précise Kévin Jean.
D'importants risques de malnutrition
Le corps humain n'est pas le seul à être perturbé par les épisodes caniculaires. Les fruits et légumes sont également fragilisés. « Il n'y a pas que la quantité d'aliments produits qui diminue avec les températures. Avec la hausse de la concentration de CO2 dans l'air due aux fortes chaleurs, on observe une baisse de la valeur nutritive d'une partie des plantes : elles sont moins riches en protéines, en fer et en zinc. Certaines peuvent même accumuler davantage de polluants, notamment de l'arsenic », alerte Kévin Jean.
Si l'excès de soleil peut être bénéfique pour certaines récoltes, l'accélération de la croissance de certaines plantes joue en réalité en leur défaveur, et par ricochet, en la nôtre. « Les plantes disposant de plus de CO2 peuvent croître plus rapidement. Mais cette croissance rapide se fait au détriment de l'absorption des nutriments essentiels, ce qui peut ensuite entraîner des carences dans notre alimentation », explique l'épidémiologiste.
Ces carences pourraient, à terme, rendre les personnes les plus vulnérables encore moins résistantes face à certaines pathologies infectieuses.
À lire : Kévin Jean, A notre santé ! La lutte contre le changement climatique n'est pas celle que vous croyez, Ed. Payot, 224 p. En librairie depuis mars 2026.



