En période de fortes chaleurs, à la pénibilité des températures suffocantes s’ajoutent l’irritabilité et la nervosité ambiantes. Mais pourquoi la chaleur influe-t-elle tant sur notre moral ? La tension nerveuse monte-t-elle au même rythme que le thermomètre ? Si vous constatez que votre patience ou votre self-control diminue en période de forte chaleur, c’est tout à fait normal : les températures élevées influent réellement sur notre humeur et notre irritabilité. Pour quelles raisons et comment y faire face ? On vous explique.
Un système d’alerte interne
Lorsque la température grimpe, notre organisme déclenche un mécanisme de survie et libère du cortisol et de l’adrénaline, les hormones du stress. Mais ces substances, initialement produites pour nous aider à faire face à l’effort ou le danger, ont un prix : elles augmentent la tension artérielle, provoquent une accélération du rythme cardiaque et font progressivement passer notre corps en mode « alerte ».
Parallèlement, la chaleur fait baisser notre niveau de sérotonine, un neurotransmetteur qui aide habituellement à réguler l’humeur. À l’arrivée et à contexte égal, notre corps ne réagit plus de la même manière aux stimuli extérieurs et nous devenons plus facilement irritable ou sur le qui-vive.
En cas de forte chaleur, notre organisme va également chercher à prioriser son refroidissement. Pour cela, il va notamment envoyer davantage de sang sous la peau, afin de favoriser la transpiration, au détriment d’autres organes, comme le cerveau ou les intestins. Or, cette baisse de l’afflux sanguin entraîne peu à peu une baisse de l’oxygénation, qui, lorsqu’elle touche certaines régions du cerveau, peut provoquer des réactions plus impulsives ou agressives. L’un des premiers signes du coup de chaleur est d’ailleurs une « agressivité inhabituelle », rappelle l’INPES.
Les actes de violences en hausse
Plusieurs recherches ont chiffré concrètement l’impact de la chaleur sur notre comportement. Dans une étude de l’université de Californie du Sud (UCI Health), 62 % des sondés estimaient ressentir plus de fatigue, de frustration ou d’irritation quand les températures dépassaient les 32 – 34 °C.
Des travaux menés en 2013 par l’université de Berkeley indiquent quant à eux qu’une augmentation de seulement 1 °C au-dessus des normales de saison entraîne une hausse de 4 % des actes de violence dans la population. Une méta-analyse publiée dans Science corrobore ce constat, et associe la chaleur à une progression généralisée des conflits humains. D’ici 2090, des chercheurs estiment même que le changement climatique pourrait être à l’origine d’une augmentation de 5 % de toutes les catégories de crimes au niveau mondial.
Par ailleurs, d’un point de vue clinique, une méta-analyse publiée dans The Lancet Planetary Health en 2023 confirme que les journées très chaudes sont associées à une augmentation des consultations hospitalières et urgentes pour troubles mentaux, suicides ou comportements agressifs. Un enjeu de santé publique, d’autant que canicule et médicaments sont loin de faire toujours bon ménage.
L’efficacité de certains traitements importants utilisés pour traiter les maladies psychiatriques peut notamment être réduite. C’est par exemple le cas du lithium, un stabilisateur de l’humeur très puissant et largement utilisé, fréquemment prescrit aux personnes souffrant de troubles bipolaires, dont l’efficacité est soumise à la température corporelle et au degré d’hydratation du patient. D’autres substances, dont les antipsychotiques, augmentent quant à elles le risque de décès lié à la chaleur.
Le manque de sommeil accentue la pression
Quand les températures restent élevées la nuit, notre corps peine à atteindre la température idéale pour initier et maintenir un sommeil réparateur, située autour de 18 à 20 °C. Résultat : les phases de sommeil profond (celles qui permettent à l’organisme de récupérer physiquement et mentalement) sont perturbées, voire écourtées. Or, ces phases jouent un rôle essentiel dans la régulation émotionnelle.
Plusieurs études ont montré que le manque de sommeil accentuait l’activité de l’amygdale, une région du cerveau impliquée dans la détection des menaces et la réaction émotionnelle rapide, tout en diminuant le contrôle exercé par le cortex préfrontal, responsable de la réflexion, du recul et de la maîtrise de soi. En clair, un cerveau fatigué réagit plus impulsivement aux stimuli, même mineurs, et a plus de mal à relativiser. Cette vulnérabilité émotionnelle se traduit par une plus grande propension aux réactions vives, aux conflits ou à la mauvaise humeur. Dans un contexte déjà tendu par l’inconfort de la chaleur en journée, la privation de sommeil agit comme un amplificateur et nous fait entrer dans un cercle vicieux : plus il fait chaud, moins on dort, moins on dort, plus on est sensible à la chaleur… et aux autres.



