Le 17 novembre 2018, Margot Turcat se réveille très fatiguée. Ayant peu mangé la veille, elle pense d'abord à une simple crise d'hypoglycémie. Mais son état se dégrade rapidement. « J'ai bien réalisé qu'il y avait un souci, qu'il fallait que j'appelle les secours parce que tous les voyants s'affichaient au rouge », confie-t-elle. Jeune professeure d'arts plastiques et jeune maman, elle n'imagine pas un instant qu'il puisse s'agir d'un accident vasculaire cérébral (AVC).
Le piège du diagnostic féminin
Au téléphone, la gravité de son cas échappe aux secours. Sa situation de femme en post-partum induit le SAMU en erreur. On lui diagnostique à distance une simple « migraine à aura » et on lui conseille de prendre un ibuprofène, un anti-inflammatoire pourtant contre-indiqué en cas de suspicion d'AVC.
Malgré un mal de tête « supportable », les signaux d'alerte s'accumulent. Margot explique que ses pensées s'emmêlent, elle devient incohérente et le côté droit de son corps commence à se paralyser. C'est grâce à l'insistance de son père que les secours l'envoient réaliser une IRM en urgence : « Entre les premiers symptômes et le moment où je suis arrivée au CHU, il s'est passé 4h30. »
Après l'examen, un AVC ischémique est diagnostiqué : une artère du cerveau est bouchée. La jeune femme rappelle que l'AVC est la « première cause de mortalité chez les femmes », qui restent pourtant sous-diagnostiquées.
Six mois pour réapprendre les gestes du quotidien
Placée en soins intensifs sous surveillance, puis hospitalisée en neurologie, on annonce à cette jeune maman six mois d'hospitalisation complète en centre de rééducation, avec chaque jour des tranches de 45 minutes d'effort à renouveler. « Je suis restée quelques mois en fauteuil à réapprendre à marcher », confie-t-elle. Mais dans cette épreuve, la solidarité est toujours présente. Malgré leurs 50 ans d'écart, sa voisine de chambre s'assoit chaque matin sur son lit pour lui parler et l'encourage à se dépasser.
La plus grande séquelle de Margot est l'aphasie, un trouble du langage qui contraint sa capacité à s'exprimer. À cela s'ajoutent des douleurs neuropathiques, des signaux que le cerveau envoie sans raison. Sur le plan cognitif, la jeune femme souffre de troubles de l'attention et de la mémoire immédiate. « Je souffre d'une énorme fatigue cognitive », explique-t-elle. Cette surcharge cérébrale déclenche régulièrement des crises de mutisme de 12 à 18 heures, la plus longue ayant duré jusqu'à 5 jours. Mais au milieu de ce bouleversement, son fils de 14 mois est devenu son plus beau moteur de résilience. « Mon fils, c'est mon meilleur éducateur. J'ai réappris des choses quand lui les apprenait. »
Se relever
Mais ce témoignage n'est pas seulement celui d'un drame. C'est aussi celui d'une reconstruction. Pendant ses longs mois de rééducation, Margot commence à dessiner pour expliquer à son fils pourquoi sa mère n'est plus à la maison. Peu à peu, ses illustrations deviennent un journal intime, un outil de survie, puis un formidable moyen de sensibilisation à travers son compte Instagram. Sous le nom « mon.petit.avc », elle transforme son expérience en bande dessinée et donne une voix à des milliers de patients confrontés à l'invisible, à l'isolement et à la lente reconquête de soi.
Son histoire met en lumière les failles de la prise en charge de l'AVC, malheureusement fréquent, et l'importance cruciale de la prévention et de la reconnaissance rapide des symptômes. Lorsqu'un accident vasculaire cérébral survient, un ou plusieurs symptômes apparaissent de façon brutale :
- une déformation de la bouche ;
- une faiblesse ou un engourdissement soudain d'un seul côté du visage : impossibilité de sourire, lèvre tombante d'un côté ;
- une perte de force ou un engourdissement du bras ou d'une jambe ;
- une difficulté d'élocution ou de compréhension.
Margot rapporte un récit d'espoir : aujourd'hui, elle mène une vie bien remplie, et comme lui rappelle souvent son conjoint : « Tu as fait plus de choses depuis ton AVC que tu n'en aurais fait sans. »
« Story », c'est tous les lundis à 18h30 sur 20 Minutes TV. Une émission présentée par Lucie Franco, disponible sur le canal 32 de la TNT en Île-de-France, et sur 20minutes.tv.



