Angélique Traoré a reçu un diagnostic d'autisme à l'âge de 44 ans. Pour elle, ce fut une révélation qui a mis des mots sur un parcours de vie semé de difficultés sociales et sensorielles. Aujourd'hui, elle s'engage auprès d'autres personnes autistes, une démarche qui, selon elle, lui a permis d'assumer pleinement son identité.
Un diagnostic tardif qui change tout
Pendant des années, Angélique Traoré a vécu avec un sentiment de décalage. « Je me sentais toujours en décalage avec les autres, sans comprendre pourquoi », confie-t-elle. Les relations sociales étaient éprouvantes, les environnements bruyants ou lumineux provoquaient chez elle une anxiété intense. Ce n'est qu'à 44 ans qu'un spécialiste pose le diagnostic : trouble du spectre autistique (TSA) sans déficience intellectuelle.
« Ce diagnostic a été une libération. Tout prenait sens : mes hypersensibilités, ma difficulté à comprendre les codes sociaux, mon besoin de routines », explique-t-elle. Selon l'Inserm, environ 1 % de la population française est autiste, mais de nombreux adultes, en particulier les femmes, ne sont diagnostiqués que tardivement, faute de connaissance des formes d'autisme dites « de haut niveau ».
L'engagement comme moteur d'acceptation
Après son diagnostic, Angélique Traoré a commencé à s'investir dans des associations d'entraide pour personnes autistes. « Aider d'autres personnes qui vivent les mêmes difficultés m'a permis de me reconnaître dans leurs récits, et d'accepter qui je suis vraiment », raconte-t-elle. Elle participe à des groupes de parole, anime des ateliers de sensibilisation et accompagne des adultes en situation de handicap invisible.
Cet engagement a transformé son regard sur elle-même. « Avant, je me considérais comme bizarre, voire anormale. Maintenant, je sais que je fonctionne différemment, et c'est une richesse », affirme-t-elle. Elle insiste sur l'importance de la pair-aidance : « Quand on rencontre d'autres autistes, on réalise qu'on n'est pas seul. C'est extrêmement puissant. »
Les défis du quotidien et les solutions
Malgré son cheminement, Angélique Traoré doit encore faire face à des défis quotidiens. Les environnements professionnels restent souvent inadaptés. « Le bruit open space, les réunions improvisées, les consignes implicites... Tout cela est épuisant », décrit-elle. Elle a dû aménager son poste de travail avec un casque antibruit et des plages horaires dédiées.
Elle milite pour une meilleure reconnaissance de l'autisme en milieu professionnel. « Les employeurs doivent comprendre que des ajustements simples peuvent permettre à une personne autiste de donner le meilleur d'elle-même », plaide-t-elle. Selon une enquête de l'Association nationale des centres de ressources autisme (ANCRA), seuls 30 % des adultes autistes ont un emploi stable.
Un message d'espoir
À ceux qui doutent encore, Angélique Traoré adresse un message : « Le diagnostic ne change pas qui vous êtes, mais il vous donne les clés pour mieux vous comprendre et vous épanouir. N'ayez pas peur de consulter, même tard. » Elle espère que son témoignage encouragera d'autres adultes à chercher des réponses.
Son histoire illustre un phénomène croissant : les diagnostics tardifs d'autisme chez les adultes, en particulier les femmes. « Les femmes autistes sont souvent sous-diagnostiquées car elles développent des stratégies de camouflage sociales très élaborées », explique le Dr. Sophie Côte, psychiatre spécialisée. « Le témoignage d'Angélique montre l'importance de l'identification précoce, même à l'âge adulte, pour améliorer la qualité de vie. »



