Ablation des amygdales : quand l'opération partielle remplace la totale
Ablation des amygdales : opération partielle ou totale ?

Chez l'enfant, l'obstruction respiratoire et les angines fréquentes sont les deux principales raisons qui conduisent à une opération des amygdales. Depuis quelques années, les techniques privilégient l'ablation partielle, une méthode bien moins douloureuse.

Deuxième opération la plus pratiquée chez l'enfant

L'ablation des amygdales, ou amygdalectomie, est la deuxième intervention chirurgicale la plus courante chez l'enfant après la circoncision. Ses indications ont évolué. Autrefois destinée principalement à stopper les angines à répétition, elle est aujourd'hui au cœur du traitement des troubles du sommeil et de la respiration nocturne. À l'hôpital Lenval de Nice, établissement de référence qui réalise plus de 350 interventions par an, le Dr Sonanda Bailleux, responsable du service ORL, fait le point sur les critères actuels.

Troubles du sommeil : le premier motif d'ablation

Situées au fond de la gorge, les amygdales agissent comme un bouclier pour défendre l'organisme contre les agressions extérieures. Mais lorsqu'elles deviennent problématiques, leur ablation s'impose dans deux indications médicales strictes. « Le motif devenu largement majoritaire concerne l'obstruction respiratoire », explique la spécialiste. Des amygdales trop volumineuses créent un obstacle physique bloquant le passage de l'air la nuit. À Lenval, cela représente environ 80 % des indications. Le second motif, infectieux, concerne environ 20 % des interventions. L'opération peut être indiquée en cas d'angines à répétition : plus de sept angines sur une année, plus de cinq par an durant deux ans, ou au moins trois par an sur trois années consécutives.

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Un quotidien lourdement impacté

Ces dysfonctionnements pèsent lourdement sur le quotidien. Sur le plan respiratoire, la lutte pour l'oxygène déclenche des apnées du sommeil, caractérisées par des interruptions répétées de la respiration pendant la nuit. Chaque arrêt entraîne des micro-éveils incessants. « Le calcul est vite fait : à raison de cinq apnées par heure sur une nuit de dix heures, c'est comme si vous vous réveilliez 50 fois dans la nuit ! », illustre le Dr Bailleux. Ce sommeil morcelé génère une intense fatigue diurne et des troubles du comportement. Plus handicapant encore, cet épuisement freine le développement physique de l'enfant, car les micro-éveils désorganisent les phases de sommeil et perturbent la sécrétion d'hormone de croissance. Par ailleurs, le volume des amygdales complique les repas en gênant la déglutition ou en provoquant des fausses routes. À cela s'ajoute le versant infectieux : l'enchaînement des angines épuise l'organisme et enferme l'enfant dans une spirale de traitements antibiotiques.

Un dépistage sur mesure avant d'opérer

Si le nombre d'angines bactériennes à répétition reste un critère d'intervention, l'évaluation médicale se concentre surtout sur le dépistage des troubles respiratoires, avec un protocole dicté par l'âge. Passé deux ans, l'ORL s'appuie sur l'interrogatoire des parents pour repérer les signes d'obstruction et sur des questionnaires validés : forts ronflements, tête rejetée en arrière ou sommeil agité. Pour les nourrissons, le protocole est plus strict : avant deux ans, un enregistrement du sommeil à l'hôpital est obligatoire.

Réduire les complications

Aujourd'hui, la chirurgie privilégie l'ablation partielle des amygdales. Contrairement à la méthode totale qui retire toute la glande et laisse le muscle à vif, le chirurgien se contente de raboter le volume excédentaire. Cette approche réduit drastiquement le risque majeur de l'ablation totale : la chute d'escarre. En cicatrisant, une croûte se forme au fond de la gorge. Lorsqu'elle se détache, entre le 5e et le 10e jour, elle peut provoquer un saignement secondaire important nécessitant une nouvelle intervention. Le risque de récidive est un peu plus élevé avec l'ablation partielle (4 à 6 % contre 1 à 2 % pour une totale), mais ce faible surrisque est largement compensé par la sécurité et la baisse de la douleur. Fini l'époque où la douleur intense forçait la réhospitalisation d'enfants refusant de s'alimenter. Désormais, la plupart des enfants n'ont besoin que d'un peu de paracétamol et d'anti-inflammatoires et reprennent l'école au bout de quelques jours.

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