La parité municipale : un défi de taille pour les villages français
Dans les communes de moins de mille habitants, constituer une liste municipale relevait déjà de l'exploit. Avec la loi du 21 mai 2025, qui impose désormais une stricte parité sur toutes les listes électorales, la tâche devient un véritable parcours du combattant pour près de 70% des communes françaises concernées.
Une obligation qui transforme le paysage politique local
« Le mot 'galère' est faible », ironise Jean Minvielle, maire de Verlus, une petite commune du Gers d'une centaine d'habitants. Malgré la taille modeste de sa municipalité, l'édile doit désormais composer avec cette nouvelle obligation légale qui bouleverse les habitudes électorales.
« Dans le temps, j'ai eu plus de femmes que d'hommes sur ma liste mais depuis quelques années, ça s'est inversé », explique le maire gersois qui célébrera bientôt ses cinquante ans au conseil municipal. « Avec cette obligation de parité, j'ai dû anticiper depuis le mois de novembre et parfois ça s'est mal passé. »
Des stratégies parfois contraintes pour respecter la loi
Jean Minvielle a dû prendre des décisions difficiles, se séparant parfois d'adjoints masculins au profit de femmes. « J'ai demandé à certains hommes s'ils pouvaient être remplacés par leurs épouses ou leurs filles. J'ai beaucoup insisté auprès d'elles pour qu'elles acceptent », confie-t-il.
Cette situation crée des tensions inédites dans le monde rural. Dans certains villages voisins de Verlus, des hommes évincés au profit de femmes « l'ont tellement mal pris qu'ils ont lancé une liste parallèle », rapporte le maire.
La difficile acceptation d'une nouvelle réalité
« Ça a été compliqué de faire comprendre à certains que la loi nous y obligeait et qu'on devait la respecter », confirme le maire d'une commune ardéchoise d'un peu plus de 500 habitants, qui préfère garder l'anonymat avant les élections.
Pourtant, ce même élu reconnaît le bien-fondé de la mesure : « C'est une très bonne chose ! Dans ma commune, les femmes s'investissent dans les associations et les comités mais trop peu en politique malheureusement. Cette loi nous oblige tous à changer les choses à notre niveau. »
Des motivations variées chez les nouvelles candidates
Le maire ardéchois nuance cependant son enthousiasme : « Les femmes qui ont accepté l'ont fait surtout pour me rendre service plus que par réel engagement... Je ne doute pas qu'elles seront à la hauteur mais j'aurais souhaité qu'elles viennent par envie et pas par obligation. »
Comme son homologue du Gers, il a dû se tourner vers des proches pour « remplir les quotas », avouant avoir dû « faire des courbettes à des amies ou des compagnes de mes proches pour y arriver ».
Le témoignage d'une nouvelle élue
Angélique, récemment installée à Cézac, une commune de 182 habitants dans le Lot, s'est rapidement investie dans la vie locale. Après des difficultés du candidat à réunir des femmes, elle a intégré la liste municipale.
« Le maire s'est rapproché de moi en me disant qu'il cherchait des femmes pour sa liste. Je me suis renseignée avant de dire oui : quelles seront les missions ? Tout le monde aura-t-il vraiment sa place au conseil ? Mais j'ai fini par dire oui car l'objectif commun est le bien-être de la commune », explique cette directrice de crèche.
Une dynamique nouvelle pour les villages
À Cézac, la parité est plus qu'atteinte avec une femme supplémentaire sur la liste. Angélique s'en réjouit : « Il y a des dossiers qui m'intéressent particulièrement et sur lesquels je pourrais avoir du poids comme des mini-crèches en restructuration. Nous sommes une jeune liste également avec une moitié d'entre nous qui avons moins de 50 ans. Cela va permettre d'ouvrir les choses, de dynamiser la commune. »
Vers une nouvelle ère politique
À quelques semaines du premier tour des élections municipales du 15 mars, les villages français ont globalement joué le jeu de la parité, malgré les difficultés rencontrées. Cette obligation légale, aussi contraignante soit-elle, pourrait bien ouvrir la voie à une véritable politisation des femmes dans les territoires ruraux.
Le paysage municipal français s'apprête ainsi à vivre une transformation profonde, où la parité n'est plus une option mais une réalité imposée par la loi, bousculant des traditions parfois séculaires dans les plus petites communes de l'Hexagone.